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HADES

 
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marie moal


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MessagePosté le: Ven 14 Déc - 13:39 (2012)    Sujet du message: HADES Répondre en citant

HADES, les Grecs et la mort




Intro : - « Il se fait rendre de terribles comptes, le Prince des morts, là-bas sous terre, et dans son grand livre, son œil vigilant ne laisse rien perdre » Les Euménides d'Eschyle
        • Hadès est le souverain des morts mais pas la mort elle-même
        • Le monde des Enfers n'est pas un endroit clairement situé et décrit, les informations et les interprétations sont donc différentes selon les sources, et les façons qu'a chaque individu de se représenter l'au-delà
        • pb : Comment les Grecs se représentent-ils la mort, et plus particulièrement Hadès ?
        • Hadès est un dieu à part, mal-aimé mais craint, gouvernant sur les Enfers : les Grecs se rassurent, en créant un monde souterrain remplaçant le vide de l'au-delà inconnu
          I/ Hadès, un dieu à part.

A/ Son identité, sa généalogie.


Pour bien appréhender la personnalité d’Hadès, et analyser en quoi réside sa spécificité, il faut tout d’abord bien comprendre les dieux de façon plus générale.
A la fois humains et surhumains, les dieux grecs sont liés chacun à la fonction qu’on leur prête et qui fait le fond de leur personnalité. La plus importante de ces fonctions est d’assurer la stabilité et l’harmonie de l’univers.
Les dieux vivent dans l’Empyrée, qui est la partie la plus élevée du ciel.
Il nous faut distinguer les dieux ouraniens, c’est-à-dire du ciel, comme Zeus, des dieux chtoniens, de la terre, comme Hadès.
Hadès est issu de la deuxième génération de dieux. La première vient de l’union entre Gaïa (la terre) et Ouranos (le ciel), qui haït ses enfants, c’est pourquoi il les cache dans le sein profond de la terre-mère. Toutefois, un de ses fils Cronos se démarque par son courage et l’émascule.
Lui-même, par son union avec sa sœur Rhéa, craint qu’un de ses enfants ne le destitue, c’est pourquoi il dévore ses enfants (Hestia, Déméter, Héra, Hadès et Poséidon). Lasse, Rhéa cache Zeus sur terre et donne à Cronos un leurre qu’il dévore. Il grandit, confié à des nymphes, et crée un mélange qui fera vomir son père et régurgiter ses frères et sœurs.
S’opère ensuite un partage de l’univers entre les trois dieux plus puissants : Zeus, Poséidon et Hadès. Certains pensent que la répartition s’est opérée par tirage au sort, laissant ainsi entrer une part de contingence, tandis que d’autres considèrent qu’il s’agirait en fait d’un don des Cyclopes en guise de remerciement aux dieux d’avoir éliminé les Titans ; ils auraient donc attribué la foudre à Zeus, le trident à Poséidon et le casque invisible à Hadès.
Par ce qui précède, il est bien clair qu’Hadès est bel et bien un dieu, mais il est toutefois à part.
Sa première spécificité réside dans le fait qu’il soit le maître incontesté des Enfers et du monde souterrain. Il est tout-puissant, et peut-être comparé à Zeus ; d’ailleurs Homère le décrit comme étant « le Zeus des profondeurs ». Ainsi, il est le monarque des morts, et le seul qui ne craint ni insubordination ni désobéissance, puisque son autorité est reconnue universellement.
Ce dieu possède différentes dénominations, qui marquent bien la pluralité des facettes de son identité ; il est appelé l’Invisible, car il porte le fameux casque qui le soustrait des regards, et qu’il a prêté à de nombreuses reprises, à Athéna, Hermès ou Persée par exemple. Ce nom montre bien l’imprévisibilité qui est associée à la mort, et qui suscite une certaine crainte, c’est pourquoi il est nommé par antiphrases.
On l’appelle également Pluton, ou Ploutos, ce qui signifie « le Riche ». En effet, il est souvent représenté avec la corne d’abondance, qui soit dit en passant aurait orné le front de la chèvre qui nourrit Zeus dans son enfance, ou aurait été arrachée par Héraclès à Achéloos (il s’agit du dieu-fleuve) qui aurait pris la forme d’un taureau lors d’un combat pour obtenir Déjanire, qui aurait été finalement la dernière épouse d’Héraclès). Sa richesse se doit aux ressources du sol dont il est le maître, comme les cultures ou encore les mines, et à son peuple innombrable ; on comprend ainsi pourquoi Homère le nomme « le seigneur de beaucoup d’hôtes ».
Il est également nommé « Hadès aux illustres coursiers », car il est parfois présenté comme ayant un char tiré par des chevaux immortels. Toutefois, on a ici un paradoxe, car Hadès est réputé pour ne pas sortir chercher ses victimes ; c’est Hermès psychopompe qui en a la charge.
La particularité principale d’Hadès réside donc dans le fait qu’il reste presque toujours dans son royaume, et ne sort quasiment jamais, il paraît donc totalement coupé du monde. Il ne cependant pas négliger quelques exceptions, comme les quelques fois où il sort pour enlever des femmes (ce que l’on verra plus en détail par la suite) ou pendant la guerre d’Ilion. Durant ce conflit entre les dieux, Hadès émerge des Enfers dans la crainte que Poséidon ne fasse éclater la lettre et ne révèle aux yeux de tous son effroyable demeure.
De même que son royaume, le dieu des Enfers est connu pour être effroyable : ses principaux traits de caractère résident dans le fait qu’il soit impitoyable, inflexible, cruel et indomptable, ce qui explique bien pourquoi il est détesté par les hommes et par les dieux.


B/ Hadès le mal-aimé.
Hadès est donc un dieu particulier aux yeux des autres, détesté de tous.
Il est donc peu souvent l’objet de peintures ou de sculptures, car il est également un dieu horrifiant physiquement. Les quelques témoignages qui nous sont parvenus ne montreraient donc qu’une image idéalisée du dieu (il est d’ailleurs souvent remplacé par Charon).
On lui attribue cependant quelques caractéristiques, comme une barbe épaisse, un air sévère, un casque, un trône, un sceptre, les clés de l’Enfer ou auprès d’un cyprès symbolisant la mélancolie et la douleur. Tous ces éléments illustrent bien son rôle et sa fonction.
Il ne faut toutefois pas passer sous silence l’existence de sculptures où il figure, comme celles de Sélinonte, où il apparaît avec sa femme Perséphone. A Tarente a également été découvert un dépôt de milliers de statuettes représentant un homme étendu sur un lit, accompagné d’une femme assise, il s’agirait là du maître des Enfers en compagnie de sa bien-aimée.
De plus, Eschyle explique qu’il est tellement détesté par les mortels devant rendre des comptes concernant leur vie entière qu’il n’aurait ni culte ni autel. Il s’agirait cependant d’une interprétation à nuancer ; en effet, Pausanias évoque le temple d’Elis, ouvert une seule fois par an et uniquement au prêtre unique du dieu.
Par ailleurs, le temple d’Eleusis paraît lui avoir été en partie dédié : il est le centre principal de Déméter, déesse de l’agriculture ; Hadès étant le maître des richesses du sol, il y aurait également sa place.
Certains évoquent également des sacrifices de brebis et de taureaux noirs durant la nuit, mais ce rituel n’est pas avéré.


II- Le monde des Enfers 
A) Lieu et divinités accompagnant Hadès

Lieu :-Endroit désigné comme l'entrée principale : cap Ténare au Sud du Péloponnèse
-Ensuite : étroit passage des spectres : centaures, chimères, gorgones, harpyes. Puis, 5 fleuves à traverser avec Charon : le Styx aux eaux empoisonnées, l'Achéron, le Cocyte, le Phlégéhon, le Léthé fleuve de l'Oubli.
-passage devant 3 juges : Rhadamanthe, Eaque et Minos plaçant les morts à différents endroits:-1) l'Erèbe : errance pendant 100 ans des âmes sans sépulture + lieu où se trouvent Cerbère, les Furies et la Mort
-2) Enfers des criminels : châtiments, cris, lamentations, torture, âmes dans plaines désolées, montagnes escarpées, étangs glacés, lacs de soufre, fleuves brûlants
-3) le Tartare : siège d'Hadès + dieux, titans, géants chassés de l'Olympe + endroit le plus profond, entouré de murs d'airain soutenant la mer et la terre
-4) les Champs Elysées : âmes vertueuses + fleurs, feuillages, fruits, eaux du Léthé + repos et jeunesse sans inquiétude ni douleur
Divinités :-Hermès psychopompe : conduit les âmes aux Enfers
-Perséphone la compagne d'Hadès, Déméter et Dionysos : divinités liés au monde souterrain et à la terre
-Cerbère : gardien des Enfers, terrorisait les âmes, 3 têtes (ou 1000) et une queue de dragon, il faut l'amadouer avec un gâteau au miel
-Menoetès garde les troupeaux d'Hadès avec le chien Orthos
-Thanatos : la Mort par excellence, et son frère Hypnos le sommeil : ils montaient vers les hommes par une porte d'ivoire pour les rêves mensongers, par une porte de corne pour les rêves véridiques
-les Moires ( les Parques en latin ) : Clotho offre le bonheur et le malheur à la naissance, Lachésis décide du Sort et Atropos coupe le fil de la vie
-les Furies ou Erinnyes : pourchassent les méchants sur la terre : Tisiphone, Mégère, Alecho
-Gorgô : sème la terreur, laisse voir la mort en face à qui la contemple
-Hécate : est peu dans la religion officielle, déesse des lieux obscurs, des carrefours, de l'ombre lunaire, du passage vie / mort
En général, le domaine des morts est étranger aux dieux de l'Olympe
B/ Hadès et les femmes.
Hadès peut être rapproché de Zeus notamment dans le sens où il est sensible, bien que de façon moindre, à la gente féminine. Les quelques femmes qu’il a aimé sont fortement liées aux Enfers, puisqu’il s’est chargé de les mener à son domaine.
Sa sensibilité aux femmes, bien qu’elle ne soit pas associée à l’amour dans cet exemple, peut se voir face à Ménippé et Métioché, les filles du géant Orion et de Sidé, des parents particulièrement marqués par une grande beauté, dont elles on hérité. Faisant preuve d’une beauté intérieure et d’un remarquable altruisme, les deux sœurs auraient offert leur vie pour arrêter la peste qui sévissait, suivant le conseil de l’oracle de Delphes. Mais Hadès aurait eu pitié d’elles et les aurait changer en comètes (ce que l’on appelle un catastérisme).
Il ne faut pas négliger l’amour qu’il a porté pour deux nymphes. Il aurait aimé la première, Menthé, fille du Cocyte (un des fleuves des Enfers), puis l’aurait délaissé suite à sa rencontre avec Perséphone. Ne cessant de se lamenter et de dénigrer sa rivale, elle aurait provoqué la jalousie de Perséphone qui l’aurait piétiné et métamorphosée en menthe.
La deuxième nymphe, Leucé, fille d’Océan, un Titan, aurait été enlevée par le dieu, puis tentant de se soustraire à lui, il l’aurait changé en peuplier blanc et placée dans les Champs Elysées afin de toujours la garder auprès de lui.
Cependant, son véritable amour sera celui qu’il vouera a Perséphone, qui deviendra son épouse. Elle est le fruit de l’union entre Déméter et Zeus. Homère évoque particulièrement son enfance dans L’hymne à Déméter, et la décrit, avant qu’Hadès ne vienne l’enlever comme une « enfant fraîche comme une corolle », faisant ici allusion à sa principale distraction qui consistait à se distraire dans la nature en cueillant des fleurs. Elle marque par là une forte relation avec le sol, et représente les jeunes filles en attente de la main masculine qui viendra les cueillir.
Soudain, le sol se serait ouvert sous ses pas et Hadès l’aurait emporté sur son char d’or, ce qui provoqua la douleur cuisante de Déméter qui recherchera désespérément sa fille. Découvrant le coupable, elle aurait demandé la médiation de Zeus, qui contraint Hadès à la laisser remonter. Il lui donne toutefois à manger un grain de grenade avant son départ ; or une vivante ne pouvant manger la nourriture des morts, elle reste auprès de lui et l’épouse. Elle passe donc 1/3 de son temps avec Hadès et le reste en compagnie de sa mère.
Elle formerait avec lui le couple parfait dans le sens où elle est réputée pour son caractère redoutable et terrible. Toutefois, étant considérée comme la reine des Bienheureux, elle est garante du salut éternel. Ainsi, des tablettes trouvées dans des tombeaux l’implorent de la façon suivante : « Et maintenant je suis venu en suppliant la noble Perséphone pour que, dans sa bienveillance, elle m’adresse au séjour des saints », ce qui atteste d’une certaine bonté et de clémence de la part de cette épouse.
Elle était également réputée pour sa grande beauté, reconnue même par la belle Aphrodite qui, souhaitant plaire davantage à Cupidon, lui envoya sa servante Psyché lui demander un peu de sa beauté ; s’ensuivit l’union de Cupidon et de Psyché, et par là de l’amour et de l’âme.
Par ailleurs, Perséphone est un emblème de fécondité, par le symbole de la grenade, mais elle ne donnera pas de postérité à Hadès. Elle aurait eu cependant un fils, Zagreus, avec Zeus, avant de descendre aux Enfers.
Outre Hadès, elle aurait été sensible à la beauté d’Adonis, qui lui aurait été confié par Aphrodite, et aurait refusé de le rendre ; Zeus aurait apporté sa médiation : il resterait 1/3 du temps auprès de Perséphone et le reste avec Aphrodite.
Perséphone possède donc de nombreuses caractéristiques qui la rapprochent d’Hadès, et font d’elle l’épouse légitime du dieu des Enfers.


C/ Ceux qui ont tenté de braver Hadès.
Hadès est le dieu le plus mystérieux, c’est pourquoi il excite l’imagination et motivent ceux qui ne craignent pas une catabase à le défier, qu’ils soient mortels ou dieux.
Le plus connu est certainement Orphée, descendu chercher sa femme Eurydice, morte suite à la morsure d’un serpent. Il serait parvenu à charger Cerbère par son incroyable talent à jouer de la lyre, et aurait obtenu d’Hadès qu’il puisse remonter avec son épouse à la condition de ne pas regarder derrière lui, ce qu’il fit bien évidemment, et il perdit donc sa femme à tout jamais.
Héraklès serait également descendu aux enfers dans le cadre de ses Douze Travaux demandés par Eurysthée : il devait capturer et enchaîner Cerbère. La condition d’Hadès fut cette fois qu’il n’utilise aucune arme, ce qu’il parvint à faire avec succès, blessant même le monarque des morts.
Odysseus effectua lui aussi une catabase, en suivant les conseils de Circé consistant à offrir des sacrifice à Hadès et à Perséphone, ce qui lui permis de rencontrer les ombres des héros qu’il avait côtoyé, comme Achille.
Sisyphe en est un autre exemple. En effet, ayant dévoilé que c’était bien Zeus qui avait enlevé Egine, celui-ci demanda à Hadès de le mener aux Enfers et de le condamner à un châtiment éternel. Cependant, Sisyphe rusa en faisant essayer des menottes à Hadès et en le faisant prisonnier (ce qui provoqua une situation catastrophique sur terre, étant donné que les hommes ne pouvaient plus mourir, même dans les cas extrêmes où ils avaient par exemple la tête coupée. Libéré par Arès, Hadès du faire face à une autre ruse de Sisyphe : celui-ci avait demandé à sa femme de ne pas l’enterrer, afin de pouvoir négocier avec Perséphone le droit de remonter à la surface et d’arranger ce qui n’avait pas été fait, ce que la reine des Enfers aurait accepté. Toutefois, il finit par être ramené de force par Hermès.
Les plus effrontés étaient peut-être tout de même Peirithoos et Thésée, puisque ceux-ci décidèrent de descendre aux Enfers dans le but d’enlever Perséphone afin qu’elle épouse Peirithoos. En effet, les deux homme avaient passé un accord, ils devaient enlever Hélène et celui qui gagnerait au tirage au sort serait celui qui remporterait la belle jeune femme. Thésée l’ayant emporté, il fallait bien trouver une compensation pour Peirithoos : ils choisirent Perséphone et descendirent aux Enfers. Hadès, qui avait bien compris de quoi il retournait, leur tendit un piège : il les invita à un banquet, mais les deux hommes ne purent se relever car ils étaient comme collés à la pierre. Ce châtiment qui se voulait éternel fut cependant abrégé par Héraklès qui les secouru.
Certains dieux ont également essayé de tromper le roi des Enfers. C’est notamment le cas d’Apollon, qui subit la colère d’Hadès et de Zeus lorsque son fils Asclépios, le médecin, essaya de ressusciter Hippolyte, tentant par là de voler un sujet à Hadès, fait inacceptable ; Zeus foudroya donc le fils d’Apollon.
Hadès marque donc un soin particulier à protéger son domaine et ses sujets, et punit toute action extérieure à sa volonté : il est le maître tout-puissant des Enfers. Mais, à l’image des hommes, il n’est pas totalement intransigeant.
Ainsi, lorsque Dionysos descend aux Enfers chercher sa mère Sémélé foudroyée par Zeus, Hadès l’y autorise en échange de myrte dont il était friand (il s’agit d’une plante aromatique), ce qui montre bien qu’il peut être corrompu.
Sa bonté se perçoit dans une autre exception à son inflexibilité : il s’agit du cas d’Alceste, jeune femme folle amoureuse d’Admète. Cet homme, protégé d’Apollon, avait obtenu de lui que le jour de sa mort, il soit sauvé si un membre de sa famille s’offrait volontairement à mourir à sa place par amour. C’est ce que fit Alceste en buvant du poison à la mort de l’homme aimé, mais Hadès et Perséphone lui dirent de remonter sur terre car elle avait eu une mort injuste.
Ces quelques exemples empruntés à la mythologie montrent bien le désir des hommes de braver l’impossible et l’inconnu, connaissant la réputation du terrible Hadès.




III-Comment les Grecs s'approprient-ils la mort pour se rassurer ?
A) La mort : une vie nouvelle ?


  • les morts ne savent pas qu'ils ont vécu avant : En Béotie, à Lébadée, l'oracle de Trophônios ( divinité infernale liée à Zeus ) organisait une descente aux Enfers, déjà Crésus et Mardonios l'avait consulté. Mais d'après Pausanias (géographe et archéologue du II ème siècle après JC), le consultant passait 2 jours dans un sanctuaire à se nourrir d'animaux offerts en sacrifice, puis buvait de l'eau, provenant soi-disant du Léthé pour oublier son passé sur terre, puis de l'eau de la source Mnémosyne pour se rappeler ce qu'il allait voir ou entendre dans le monde des Enfers : il descendait dans l'antre sacrée par boyau étroit. Il était ensuite remonté et devait dire aux prêtres ce qu'il avait vu. Cela montre bien que la mort est liée à l'oubli de la vie sur terre : dans l'Hadès, tous les morts ont perdu souvenirs et conscience ( sauf certains devins ), la mort apparaît comme une nouvelle vie : cycles.
  • Pour permettre cette nouvelle vie dans les Enfers ( et plus particulièrement dans les Champs Elysées ) et dans la mémoire des vivants, il fallait une sépulture, symbole de la mémoire collective et permettant au souvenir d'être entretenu par la communauté : - sans sépulture les âmes ne descendent pas aux Enfers, ou, si elles descendent, elles errent dans l'Erèbe pendant 100 ans, c'est comme une deuxième mort. C'est pour cela qu'une des condamnations quand on est déclaré coupable au tribunal est d'être privé de sépulture, c'est pour cela également que les stratèges des îles Arginuses ont été tués pour ne pas avoir enterré leurs hommes
    - pour empêcher d'offrir à un ennemi la possibilité de descendre aux Enfers, on outrageait son cadavre : défiguré et déshumanisé, roulé dans la poussière, offert en pâture aux animaux, le voir pourrir, se décomposer = ainsi, il perd son statut humain de mort, il disparaît du monde des vivants. Ceci explique la colère d'Antigone, dans Antigone de Sphocle, lorsqu'elle apprend que le roi Créon refuse d'offrir une sépulture à son frère Polynice : « le pauvre mort, défense est faite, paraît-il , aux citoyens, de donner à son cadavre ni tombeau, ni lamentation, on le laissera là sans larme ni sépulture, proie magnifique offerte aux oiseaux affamés en quête de gibier »
  • Une nouvelle vie ? : pour les Grecs, le mort n'a ni présent, ni avenir, c'est une figure de l'éternité, un souvenir qui erre sans but à travers la nuit éternelle selon Jean-Pierre Vernant. Ce sont des ombres impalpables, le temps n'existe pas, même dans les Champs Elysées leur « existence » est triste et sans intérêt. Si on appelle cette existence en dehors du temps une nouvelle vie, celle-ci n'est pas perçue comme meilleure que celle sur terre ( différent de certaines religions de
    l'époque comme les Mystères, ou postérieures comme le christianisme ).



B) Appropriation des mythes dans la vie quotidienne


  • Avec le calendrier : celui-ci est à l'origine lunaire mais prend aussi en compte les mouvements du soleil donc les saisons qui sont liées au mythe de Perséphone : les 4 mois d'hiver, c'est-à-dire un tiers de l'année, correspondent au moment où Perséphone est dans les Enfers. Les autres saisons, propices à la culture de la terre, se apportent à la partie de l'année où elle vit avec sa mère, Déméter.
  • Avec le culte des morts : - comme les Grecs croient en une nouvelle vie pour leurs morts, ils glissent régulièrement de la nourriture dans les tombes et ont peur des spectres qui pourraient errer autour des sépultures. Ceux qui racontaient des récits sur l'Hadès sont mal perçus par les autres, car ils ne doivent pas trop parler de ce monde souterrain, ni du maître des lieux qui fait si peur : vigilance particulière.
    - fête des mort à Athènes : les Génésia, le 5 du mois de Boédromion ( environ septembre ) : fête publique commémorative
    - fête des Anthesthéries, à l'origine pour Dionysos, on honnorait donc les morts dans un ensemble d'autres rituels. Mois d'Anthestérion ( environ février ) = le 11 et le 12 = différentes fêtes. Le 13, offrandes à Hermès psychopompe, puis les esprits des morts pouvaient revenir parmi les vivants ce jour-là : les sanctuaires étaient fermés et les maisons enduites de poix pour ne pas qu'ils entrent.
    - funérailles : étaient célébrées la nuit, seulement avec la famille proche pour ne pas déranger les dieux. Des pleureuses étaient présentes hurlant leur tristesse. Le mort était enterré avec une pièce dans la bouche pour payer Charon et un gâteau au miel dans chaque main pour amadouer Cerbère. L'usage de la menthe dans les rites funèbres contre les odeurs renvoie au mythe de Menthè, et celui du bois blanc pour construire les cercueils, au mythe de Leucè.
  • Avec les rites de purification : la mort est perçue comme étant triste et sale, pour se libérer de cette souillure, les Grecs sacrifiaient des animaux la gorge vers le bas pour les dieux infernaux, la maison était recouverte de poix ( matière résineuse ), des libations avaient lieu, ainsi que des banquets le 3ème, le 9ème et le 30ème jour après les funérailles. Le feu de la maison était éteint après la mort de quelqu'un dans cette maison, et un autre était allumé.
  • Avec le mariage : les rites sont proches et l'on retrouve des éléments communs au mythe d'Hadès et Perséphone : pendant la cérémonie nuptiale, la femme accepte un fruit de l'homme comme la grenade de Perséphone, et l'homme croque un fruit puis le lance sur la femme qu'il veut séduire, ainsi, elle comprend sa demande.



    1. Une autre vision de la mort : les Mystères et autres cultes



  • Mystères : religions révélées aux seuls initiés selon des rites secrets
  • Mystères d'Eleusis : - l'individu possède une âme immortelle et cherche le bonheur dans l'au-delà. A l'origine : culte agraire à Déméter et Perséphone. Les Mystes ( initiés ) veulent une vie meilleure sur terre et après la mort, leur culte a lieu dans le télésterion (=salle des initiations), et fêtes : les petits mystères au printemps, pour lesquels on faisait des sacrifices à Déméter, et les grands mystères qui duraient 9 jours en automne, et dont le but était d'accéder au salut individuel
    - ces mystères sont reconnus par Athènes, selon la légende, Déméter, cherchant sa fille a été accueillie à Eleusis par le roi Céléos. Elle s'occupe du fils de celui-ci, Démophon, et tente de le rendre immortel en le plaçant régulièrement dans le feu et en le frottant d'ambroisie (substance divine ), c'est un échec car la mère de Démophon les surprend et empêche donc son fils d'accéder à l'immortalité. C'est donc à Eleusis qu'elle fonde son culte, promettant l'immortalité de l'âme.
    - cette religion plaît car hommes, femmes, libres ou esclaves peuvent participer et chercher le salut ( sauf les meurtriers ). Les grands mystères : différents rites puis nuit d'initiation, celui qui parle de ce qui s'y passe est passible de mort. 1Ère nuit : le myste boit le kykéon, manipule des objets sacrés et chante. 2Ème nuit : chant lugubre dans l'obscurité, puis on allumait des torches et on faisait le culte de l'épi moissonné, comme un passage de la mort à la vie. Cérémonie présidée par un prêtre : le hiérophante.
    - Platon a des idées sur la mort assez proches : pour lui, la mort permet à l'âme immortelle de se libérer du fardeau du corps : réminiscence
  • Mystères de Dionysos : promettant le bonheur d'outre-tombe : rites nocturnes, sauvages( comme manger de la chaire crue ), transes. Beaucoup de femmes y participaient car on y privilégiait la liberté et la spontanéité.
  • Orphisme : lié à l'histoire d'Orphée : déchiré et dévoré par les Ménades ( prêtresses du culte de Dionysos, mais ici, divinités accompagnant Dionysos ). Pour les orphistes, l'âme est dans un corps comme dans un tombeau et doit parcourir un cycle d'existences et réincarnations successives, mais il y a une voie de salut pour ceux qui connaissent la révélation d'Orphée. Il faut pour cela mener une vie d'abstinence, être végétarien, respecter la vie universelle : l'âme doit se débarrasser de tout ce qui est matériel et charnel.
  • Autres visions : la magie noire : - la nécromancie : invocation des morts qui permet de révéler le destin et les faits cachés, c'est le cas dans Les Perses d'Eschyle, où est décrit le réveil de Darius après sa mort. On pouvait également inspecter les cadavres qui livraient des secrets : c'est ainsi qu'Orphée invoque Eurydice
    - les tablettes d'imprécation : on vouait son ennemi aux divinités infernales ( Perséphone, Hermès ou Hécate ) en écrivant tout le mal qu'on lui souhaitait sur des feuilles de plomb qu'on enroulait autour d'un clou avant de le planter dans le sol.



CONCLU:
Evoquer Hadès revient donc pour les Grecs à mettre un nom sur l’idée abstraite qu’est la mort. Il s’agit bien d’une divinité à part entière, de par sa généalogie et son pouvoir surhumain (par exemple), mais d’une divinité vraiment à part, puisqu’Hadès provoque une profonde crainte chez les Grecs, ce qui souligne bien leur frayeur envers la mort. Ils laissent donc courir leur imagination concernant ce principe inconnu, c’est pourquoi on retrouve autant de mythes et une certaine représentation topographique du lieu des Enfers, ce qui pourrait s’expliquer par un désir de se rassurer. Certains individus se démarquent toutefois, en adoptant une nouvelle approche de la mort, il s’agit des mystères. Cette religion polythéiste se rapproche donc par certains aspects aux religions qui nous sont plus communes, comme la christianisme ou encore l’Islam, car on peut observer dans les différents cas une appropriation de ce principe inconnu qu’est la mort, ainsi que la croyance en une vie nouvelle et en un jugement au terme de la vie qui s’est écoulé.




Bibliographie :


  • Le génie grec dans la religion, Louis Gernet et André Boulanger
  • La religion grecque, Louise Bruit Zaidman et Pauline Schmitt Pantel
  • L'invention de la mythologie, Marcel Détienne
  • Mythes et pensées chez les Grecs, Jean-Pierre Vernant
  • Les dieux de la Grèce, Walter Otto
  • Entre mythe et politique, Jean-Pierre Vernant
  • Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Pierre Grimal
  • La mythologie, Edith Hamilton
  • La vie quotidienne en Grèce au siècle de Périclès, Robert Flacelière
  • Les mythes grecs – Robert Graves
  • La religion des femmes en Grèce ancienne (mythes, cultes et société) – Lydie Bodiou et Véronique Mehl
  • Les grandes divinités de la Grèce – Louis Séchan et Pierre Lévêque
  • Les Grecs et leur monde – Pierre Brulé
  • La vie religieuse dans le monde grec du Ve au IIIe siècle avant notre ère – Brigitte Le Guen-Pollet
  • Philtres d’amour et sortilèges en Grèce ancienne – Christopher Faraone
  • La sculpture grecque classique – Jean Charbonneaux


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