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Le symbolisme

 
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anne-aël


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MessagePosté le: Sam 5 Mai - 18:56 (2012)    Sujet du message: Le symbolisme Répondre en citant

    PARTIE 1:Qu'est-ce que le symbolisme?





La naissance du symbolisme


Les influences


La Confrérie Préraphaélite fut créée à Londres en 1848. C'est en réaction contre le caractère conventionnel de l'art victorien et le manque d'idéal de l'ère industrielle (souligné dans ses écrits par J.Ruskin) que les Préraphaélites ont voulu, à travers une inspiration littéraire et symbolique, légendaire ou biblique, revenir à des «valeurs authentiques» qu'ils pensaient notamment trouver chez les primitifs italiens. Aussi l'idéalisme des thèmes, trait propre aux œuvres de Rossetti, Hunt, Millais et Burne-Jones influencèrent le symbolisme.


Les Fleurs du mal est un recueil de poèmes de Charles Baudelaire qui intègre la quasi-totalité de sa production poétique depuis 1840. Œuvre majeure de Baudelaire, publiée en 1857 et rééditée en 1861, Les Fleurs du mal est l’une des œuvres les plus importantes de la poésie moderne, empreinte d’une nouvelle esthétique qui influence les Symbolistes, en plus de sa théorie des Correspondances.
Baudelaire distingue deux types de correspondances:
- Les correspondances verticales : pour lui, la réalité est composée de
« symboles » que seul le poète peut déchiffrer et qui lui permettent d’entrevoir le monde
invisible et immatériel de l’Idéal. Les correspondances verticales serait la communication secrète entre le monde visible et invisible.
- Les correspondances horizontales : c’est l’idée que le monde qui nous entoure, malgré
son apparent désordre et son chaos, possèderait une profonde unité. Elles se traduisent concrètement par le mélange des sensations qui semblent se fondre et fusionner entre elles: «Les parfums, les couleurs et les sons se répondent»


«L'art poétique» de Verlaine (publié en 1884 dans Jadis et naguère): ce poème, parmi les plus célèbres du poète, cerne ce qui fait la qualité de ses plus belles pièces : la musicalité, l'art de la suggestion, la mise en scène des impressions les plus fugitives.


De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.
(...)
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !
(...)

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.
(...)






Premières apparitions


Dès 1880, les mardis du salon littéraire de Stéphane Mallarmé: à Paris, les amis de Mallarmé sont Villiers l'Isle-Adam, le Comte de Lisle, Banville, Mendès, Verlaine, Anatole France, Rimbaud, Moréas, Manet, Whistler, Augusta Holmès, etc... Il s'installe en 1874 avec sa famille rue de Rome où, dans son appartement au 4ème étage, il reçoit chaque mardi, à partir de 1880, un groupe croissant d'amis et de disciples.


Illuminations d'Arthur Rimbaud, recueil de poèmes en prose ou en vers libres publié en 1886. Enfant incompris, adolescent turbulent, il suit Verlaine dans l'errance et la débauche, sa "Saison en enfer". Puis viennent ses élans vers l'idéal, la pureté. Il va créer son propre univers dans "Les illuminations", un espace transposé du réel ou proprement inventé.


Le Traité du verbe de René Ghil, publié en 1886 avec un «avant-dire» de Stéphane Mallarmé, dans lequel il évoque la musique des vers, l'instrumentation, l'unité et le symbole: «L’Idée, qui seule importe, en la Vie est éparse. Aux ordinaires et mille visions (pour elles-mêmes à négliger) où l’Immortelle se dissémine, le logique et méditant poète les lignes saintes ravisse, desquelles il composera la Vision seule digne: le réel et suggestif Symbole d’où, palpitante pour le rêve, en son intégrité nue se lèvera l’Idée prime et dernière, ou Vérité.»




Le «Manifeste de symbolisme» dans le Figaro (18 septembre 1886), écrit par Jean Moréas qui utilise, pour la première fois de façon officielle, le terme de «symbolisme» pour désigner le mouvement. Il y justifie et défend l'apparition d'un mouvement nouveau et définit ses caractéristiques. «Charles Baudelaire doit être considéré comme le véritable précurseur du mouvement actuel ; M. Stéphane Mallarmé le lotit du sens du mystère et de l'ineffable ; M. Paul Verlaine brisa en son honneur les cruelles entraves du vers que les doigts prestigieux de M. Théodore de Banville avaient assoupli auparavant. Cependant le Suprême enchantement n'est pas encore consommé : un labeur opiniâtre et jaloux sollicite les nouveaux venus.»
Il ouvre donc la voie à tous les artistes symbolistes qui émergent dans la société.
«Ennemie de l'enseignement, la déclamation, la fausse sensibilité, la description objective, la poésie symbolique cherche à vêtir l’Idée d'une forme sensible qui, néanmoins, ne serait pas son but à elle-même, mais qui, tout en servant à exprimer l'Idée, demeurerait sujette.(...) Ainsi, dans cet art, les tableaux de la nature, les actions des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes ; ce sont là des apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec des Idées primordiales.»






Diffusion


Le Symbolisme n'a pas vraiment de chef de file, de groupe ou de mouvement: il est plutôt une tendance relevant d'une sensibilité caractéristique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.


Français à l'origine, le Symbolisme prit bientôt une dimension internationale, et s'enracina plus particulièrement en Belgique, et même jusqu'en Amérique. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire de la littérature, un mouvement esthétique prit la dimension du monde moderne, étendant ses ramifications jusqu'au Japon où la publication, en 1905, d'une anthologie des auteurs symbolistes français conduisit certains poètes nippons à envisager de nouvelles règles prosodiques.


Certains groupes ou artistes appartiennent à la tendance sans pour autant être qualifiés de «Symbolistes», ou refusent d'être qualifiés de «Symboliste», tel Verlaine qui disait: «Le Symbolisme? Comprends pas; ça doit être un mot allemand, hein? Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire?» Les idéaux symbolistes triomphent pourtant en se conciliant avec les différents styles, sans même avoir été soumis à l'idéologie commune.




Postérité


L'esprit du symbolisme marque les générations qui suivent et influencent les artistes d'autres mouvements:


L'art nouveau (Beardsley)
L'expressionnisme (Munch)
Le cubisme (Picasso)
L'art abstrait (Kandinsky)
Le surréalisme (Klee)




Tous ont avoué leur dette plus ou moins grande vis-à-vis du symbolisme dont les recherches formelles ont été particulièrement diverses et fécondes.








Les idées


Tentative de définition




« Que veut dire Symbolisme ? Si l'on s'en tient au sens étroit et étymologique, presque rien ; si l'on passe outre, cela peut vouloir dire : individualisme en littérature, liberté de l'art, abandon des formules enseignées, tendances vers ce qui est nouveau, étrange et même bizarre ; cela peut vouloir dire aussi : idéalisme, dédain de l'anecdote sociale, anti-naturalisme, tendance à ne prendre dans la vie que le détail caractéristique, à ne prêter attention qu'à l'acte par lequel un homme se distingue d'un autre homme, à ne vouloir réaliser que des résultats, que l'essentiel. » Rémy de Gourmont Le livre des masques (1896)




Le symbolisme se définit essentiellement par l'idéalisme d'artistes. En ce sens, il se positionne contre le réalisme et le naturalisme, refusant la peinture narrative, la recherche de la vraisemblance, la perspective illusionniste, les proportions et autres canons traditionnels. Pour les Symbolistes, la description objective et concrète d'un objet lui enlève toute sa valeur.
Il rejette également l'impressionnisme qui nie le sujet et les allégories.




Le critique d'art français Albert Aurier donne une définition du symbolisme dans lequel l'œuvre est:
«premièrement idéiste, puisque son idéal unique sera l'expression de l'idée;
deuxièmement symboliste, puisqu'elle exprimera cette idée par les formes;
troisièmement synthétique, puisqu'elle écrira ses formes, ses signes, selon un mode de compréhension générale;
quatrièmement subjective, puisque l'objet ne sera jamais considéré en tant qu'objet mais en tant que signe perçu par le sujet;
cinquièmement (c'est une conséquence) décorative, car la peinture décorative proprement dite (...) n'est rien autre chose qu'une manifestation d'art à la fois subjectif, synthétique, symboliste et idéiste.»






Le symbole


Le symbolisme vise un idéalisme à travers le symbole. Il cherche à donner la sensation et l'impression, plutôt que la représentation des choses. Au-delà des apparences, il évoque un monde idéal et privilégie l'expression des états d'âme. Le monde réel n'est, pour lui, que le reflet d'une réalité transcendante. A travers les symboles, l'artiste cherche à atteindre la réalité supérieure de la vraie sensibilité.
Pour les symbolistes, la vérité n’est pas dans la matière brute seulement. Elle est le signe d’une autre chose, elle est un symbole dans un jeu de correspondances infinies. Au-delà des apparences, il y a des rapports entre les choses, des liens entre les êtres, des correspondances entre les sons, les images et les parfums. C’est ce que le symbole devrait exprimer. La colombe symbolise la paix,
l'oiseau symbolise la liberté, un son rappelle une image, une odeur rappelle un lieu, une sensation rappelle un moment du passé, etc.
En refusant le rationalisme (Descartes) et le matérialisme (argent et industrialisation), les symbolistes veulent renouer avec le mystère de vivre et de sentir.



"La poésie est l’expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l’existence." Mallarmé



Le symbole donne donc à voir et à sentir le mystérieux dédoublement du monde, révèle l’invisible derrière le visible, l’inconnu derrière le connu. Tout symbole se réfère en effet à une réalité absente.
Et comme la réalité n’est pas uniforme, les symbolistes préfèrent le rare au commun, le rêve au réel, l’ambivalence à l’identité, la nuance à tout ce qui est tranché, la fugacité et le changement à la permanence.





Les piliers



Religion, mythes et légendes



Ces thèmes traduisent le refus du monde contemporain, le désir d'évasion et la nostalgie des origines.
Beaucoup de symbolistes se passionnent pour les sciences occultes, le magie, les mysticismes de l'Extrême-Orient ainsi que pour la théosophie et le satanisme. Les œuvres de Stanislas de Guaita et de Joséphan Péladan eurent une influence considérable sur les Symbolistes: Le serpent de la Genèse et Le temple de Satan pour le premier, Le vice suprême pour le second.
La religion, le mysticisme et l'ésotérisme sont très présents dans le symbolisme, qui exprime ainsi le rejet, par un art imprégné de christianisme, d'un monde sans Dieu.
Selon la conception chrétienne, il existe d'une part le monde créé (la nature), et d'autre part le monde "incréé" (le surnaturel ou le divin). Or l'esprit positiviste n'admet qu'une seule réalité, celle de la nature, l'autre monde n'étant qu'illusion.
C'est précisément dans cette illusion que souhaite vivre l'esprit symboliste, guidé soit par une authentique foi religieuse, soit par un goût pour la religion en tant que champs esthétiques, dans une perspective de sacralisation de l'art lui-même.

D'ailleurs, le symbolisme devient presque une religion pour les artistes qui y adhèrent. Ainsi écrivait Paul Valéry à André Gide qui lui avait fait part de son admiration pour Stéphane Mallarmé: «Deux mots à la hâte pour vous féliciter de cette conversion miraculeuse et divinement fatale; car tous les esprits brûlants et purs viennent toujours enfin à l'adoration des très saintes icônes de l'art, dans la chapelle ultime et délicieuse du Symbolisme».
Ce mysticisme explique le goût pour l'allégorie, les éléments mythologiques classiques et l'iconographie du Moyen Age et de la Renaissance.







Gustave Moreau Jupiter et Semélé (1896) (détail)


Cette œuvre représente Sémélé foudroyée, anéantie par la vision de Jupiter transfiguré.
«Le dieu, tant de fois évoqué, se manifeste dans sa splendeur encore voilée. Sémélé, pénétrée des effluves divines, régénérée, purifiée par ce sacre, meurt foudroyée et avec elle le génie de l’amour terrestre, le génie aux pieds de bouc[...]. Alors, sous cette incantation et cet exorcisme sacré, tout se transforme, s’épure, s’idéalise, l’immortalité commence, le divin se répand en tout et tous les êtres, ébauches encore informes, aspirent à la vraie lumière. […] C’est une ascension vers les sphères supérieures, une montée des êtres épurés, purifiés par le divin,- la mort terrestre et l’apothéose dans l’immortalité. Le grand mystère accompli, toute la nature est imprégnée d’idéal et de divin,
tout se transforme. C’est un hymne à la divinité»



Orphée Jean Delville (1893)
On raconte que même coupée, la tête d'Orphée, posée sur la lyre à la dérive, a continué à chanter...
V
oilà l'origine de ce tableau. Loin d'une tête de cadavre, c'est une tête idéalisée, spiritualisée, un esprit en train de s'incarner. Cette tête est fantomatique, comme une brume qui sortirait de l'eau et qui s'exhalerait au travers de la lyre.






Visions de la femme


Il semble qu'autour de l'image de la femme se soient cristallisées toutes les interrogations et les angoisses d'une société en mutation qui découvre, à travers les premières découvertes de la psychologie expérimentale, un univers sombre et inquiétant de pulsions inconnues. Citons en particulier les travaux sur l'hystérie et l'hypnose menés par Jean-Martin Charcot (1825-1893), au sein de l'École de la Salpêtrière, par la suite développés par Sigmund Freud (1856-1939) et ses recherches sur la psychanalyse.

Ce contexte se reflète dans la peinture symboliste, dans laquelle s'opposent et cohabitent deux visions de la Femme:
- l'une idéalisée et asexuée, séraphique (ou angélique) ou androgyne,
- l'autre au contraire castratrice et fatale.

La vision de la femme fatale, tentatrice et cruelle, s' incarne dans la figure de Salomé, qui obsède tous les artistes symbolistes, non seulement dans le domaine de la peinture (Gustave Moreau, Franz von Stuck, Aubrey Beardsley, Gustav Klimt...), mais également de la sculpture, de la poésie et de la musique.
Dans la Bible chrétienne, Salomé est l'héroïne d'un épisode des Évangiles: fille d'Hérodiade, elle danse devant Hérode Antipas, son beau-père. Charmé, celui-ci lui accorde ce qu'elle veut. Sur le conseil de sa mère, elle réclame alors la tête de Jean-Baptiste, qu'Hérode Antipas apporte sur un plateau. La légende veut que Salomé mourut en passant sur un lac glacé : la glace se brisa et elle tomba jusqu'au cou dans l'eau. La glace se reforma autour de son cou, laissant apparaître sa tête comme posée sur un plateau d'argent.











Salomé Franz Von Stuck (1906)


Le peintre représente Salomé, femme fatale, mettant à l'œuvre son pouvoir de séduction par la danse sensuelle qu'elle exécute devant Hérode. Ce pouvoir lui permet d'obtenir la tête de Saint Jean-Baptiste, ici apportée sur un plateau par un esclave. La tête coupée rayonne cependant par elle-même, tandis que Salomé n'est éclairée que par une lumière artificielle, montrant la supériorité du pouvoir spirituel, incarné par le martyr, sur le pouvoir temporel de Salomé.




L
'art symboliste révèle ainsi un nouvel érotisme sulfureux, sadique ou satanique, liant Eros et Thanatos, et illustre aussi l'ambiguïté des rapports entre l'homme et la femme, annonçant la recherche de nouvelles identités sexuelles.







Franz VON STUCK Le péché (1893)


La femme au corps admirable, aux cheveux noirs, au regard de braise, porte un grand serpent noir drapé autour de son cou, et tous deux dévisagent le spectateur de façon inquiétante. L’œuvre fait référence au péché originel, alliant deux thèmes majeurs du symbolisme: la religion et la femme.







Fernand Khnopff Le Sphinx (1896)


Le tableau dépeint principalement l'union des aspects masculin et féminin au sein de l'être, le retour à l'état androgyne, le voyage de retour de l'être ordinaire à l'état d'être unifié ou androgynique originel.



Gustav Adolf Mossa Elle (1906)


La femme est omniprésente dans l'œuvre de Mossa, sous l’apparence de la femme fatale: elle est ange et démon à la fois. Par son travail, il explore son propre inconscient et met en scène le conflit perpétuel des pulsions de vie et de mort : Eros et Thanatos.










Narcissisme et inconscient




Pour le symboliste, qui prône un individualisme forcené, la vie intérieure est le seul chemin d'accès aux mystères de l'être. Il prône la rébellion individuelle, l'affirmation des tempéraments particuliers et le triomphe de la volonté du Moi; en un mot: l'exaltation de la subjectivité.

Adepte du solipsisme, cette théorie selon laquelle il n' y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même, le symboliste cultive l'ego comme la quintessence de l'être, opposé en cela au romantique qui cultivait un ego flamboyant et hypertrophié.
En effet, on peut déjà trouver chez les romantiques une anticipation du solipsisme, à cette différence que le Romantisme privilégiait un rapport mystique avec la nature, perçue comme le langage même de Dieu.
Chez les symbolistes, il ne s'agit plus d'observer la nature ni d'y lire un message divin, mais de toucher à l'insolite qui éloigne du monde familier, donne une voix à la névrose et une forme à l'angoisse, prête un visage au rêve le plus profond et donne un avant-goût de fin du monde.

Le héros symboliste ne se soumet pas à la société mais est l'esclave de lui-même: à travers son œuvre, l'artiste tente de révéler les zones cachées de l'esprit, de matérialiser les rêves, les pulsions inconscientes, les automatismes psychiques et les réflexes, tout comme les nouveaux maux de l'âme: l'hystérie, la névrose...



Cette attirance pour le versant obscur de l'esprit humain s'appuie sur les études de Charcot, de Freud et sur l'œuvre d'Hartmann: La philosophie de l'inconscient. L'art est alors un moyen de pénétrer les régions les plus profondes et dangereuses de la «psyché», la fantaisie ouvre la voie et se fait messagère de l'inconscient. Les artistes représentent les extrêmes de l'expérience mentale (télépathie, déchéance, folie, angoisse, hallucinations, mort) et transfigurent le réel en ce qu'il y a d'unique et de fascinant. Cela explique les compositions monstrueuses, voire grotesques, et les mondes fantastiques de certains artistes. Ce goût pour le mystère et le mysticisme peut toutefois conduire à l'ésotérisme et à l'hermétisme (ce qui a été reproché à Mallarmé).







Jozef MEHOFFER Le jardin étrange (1903)
Le tableau est ancré dans une époque fascinée par ce qui est féerique et fantastique. On retrouve là les caractéristiques du symbolisme qui accorde la primauté au rêve, aux fantasmes, et aux visions oniriques. L’imagination est attisée mais l’énigme demeure:la libellule fut immédiatement interprétée de deux façons: comme symbole du bonheur, ou au contraire comme une créature menaçante.







Fernand KHNOPFF I lock my door upon myself (1891)


"On n'a que soi". Telle est le devise de Khnopff qui cultive l'ego dans l'ensemble de son œuvre. Prenant ici sa propre sœur comme modèle, le peintre en fait son double idéal et asexué, prolongement de son propre ego. La jeune femme apparaît repliée sur elle-même, songeuse. Un buste d'Hypnos (symbolisant le domaine des songes) semble veiller sur la scène. La lourde mâchoire de la femme lui donne une ambiguïté androgyne; les lèvres étroitement fermées, le regard absent créent l'impression de repli et d'introspection: l'ensemble de la composition exprime la complaisance dans la solitude et un sentiment de claustrophobie.




Léon Spilliaert Le vertige, escalier magique (1908)


Léon Spilliaert peint l’abîme pris dans un insondable vertige. Cet escalier monumental conduit à
l’irréalité. L’artiste use d’un cadrage serré et, par un effet qui exaspère la perspective, révèle autant l’attrait irrésistible du vertige que la pulsion ascensionnelle. Tout en haut, une femme affronte le vide et, en plein paroxysme, paraît marquer un arrêt, l’instant d’un appel dont on ignore tout. Les derniers gradins de la tour étant éclairés, la femme semble hésiter entre l'ombre et la lumière, l'espoir et le vide.









Ferdinand HODLER La nuit (1890)


Au centre du tableau, un homme éveillé, le visage marqué par la terreur, agrippe à deux mains le drap noir qui couvre son ventre et sous lequel se matérialise une inquiétante présence. La nuit est ici synonyme de mort: l'homme se trouve face à son destin qui l'enveloppe. Il subit seul ce rêve éveillé, comme une révélation, une prise de conscience, alors que ses voisins profitent d'un sommeil paisible. Peut-être cette forme étrange (monstrueux phallus?) représente t-elle aussi un double du personnage, qui serait le négatif de son inconscient: sa crainte s'adresserait alors à cette autre partie de lui-même qu'il devine mais ne connaît pas.



Wladyslaw Podkowinski Extase ou La folie (1894)


Ce tableau représente une scène démoniaque : un cheval fou incarnant le désir aveugle, une soumissions aux impulsions, emportant une femme dans un gouffre. Podkowinski, dans une crise de folie égale à son œuvre, détruit ce tableau qui reste alors abimé.












La tendance symboliste commence donc avec la publication des Fleurs du Mal de Baudelaire en 1857 et s'affirme dans les années 1880 pour durer jusqu'à la première guerre mondiale, où elle est remplacée par divers mouvements (Art Nouveau, Cubisme, Fauvisme, Expressionnisme, Futurisme), qui en restent imprégnés.
En inventant un nouveau langage, débarrassé de sa fonction ordinaire de représentation du réel, le Symbolisme réaffirme la vocation spirituelle de l'art.
Il est à la fois héritier d'une tradition artistique et porteur de nouvelles valeurs :
- héritier parce que nourri de culture classique et de langage allégorique,
- porteur de nouvelles valeurs, car à la tradition s'ajoutent les correspondances, l'inconscient, de nouvelles visions de la femme, une appréhension nouvelle de la vie et de la mort.



PARTIE 3: L'influence du symbolisme sur la société


Nouvelle vision du monde, le Symbolisme consacre avant tout une sensibilité qui a pénétré tous les registres de l’activité humaine.




Une nouvelle philosophie




«La nature a fait son temps, il s'agit de la remplacer par l'artifice» Joris-Karl Huysmans


Une série de système, qui se présentent comme les dignes héritiers de la Révolution industrielle, apparaissent dans le courant du XIXe siècle. Dans ce contexte d'inventions et de progrès, une nouvelle religion s'impose: celle de la science. Le scientisme va même jusqu'à déclarer que «le monde est aujourd'hui sans mystère» (M.Berthelot, les origines de l'Alchimie, 1885).


Désormais tout s'explique. La foi en la science remplace la foi religieuse. En 1852, Auguste Comte publie le Catéchisme positiviste. Le positivisme d'Auguste Comte et d'Hippolyte Taine applique les méthodes scientifiques aux domaines de la pensée: l'histoire, l'art, la société sont régis par des lois, un milieu social et un temps.


Pris dans l'engrenage de la science et du matérialisme, le XIXe siècle connaît une perte de spiritualité. L'homme lui-même, selon Darwin, n'est plus un produit du hasard mais fait partie d'une évolution où tout semble déterminé.


L'art se fait écho de ces courants idéologiques à travers l'objectivité du réalisme et les thèmes du naturalisme, pour aboutir à l'observation minutieuse et expérimentale de la couleur et de la lumière chez les impressionnistes.
Toutefois, à la fin du siècle, une vive réaction contre ce monde moderne se produit. Au positivisme de Comte répond le pessimisme de Schopenhauer. A la bourgeoisie et sa confiance envers le progrès répond le décadentisme. Et enfin, au réalisme et à l'impressionnisme répond le symbolisme.


Fuir, «n'importe où hors de ce monde» (Baudelaire), telle est la volonté des symbolistes. Quitter à tout prix le monde matériel pour celui des idées et des rêves.


L'idéalisme


L'idéalisme est un courant de pensée qui affirme la prééminence des formes abstraites ou des représentations mentales sur la réalité matérielle.

« 
L’idéalisme jouit depuis quelques années d’une assez grande faveur auprès d’une certaine portion de la jeunesse philosophique de notre pays. Quelques esprits distingués qui ne veulent pas du matérialisme parce qu’il leur paraît une doctrine grossière, ni du spiritualisme parce que c’est, à leurs yeux, une doctrine vieillie, aiment assez à dire qu’ils sont idéalistes.» Paul Janet, Revue philosophique de France et de l'étranger (1877)


« Dans le symbolisme, les tableaux de la nature, les tableaux des humains, tous les phénomènes concrets ne sauraient se manifester eux-mêmes: ce sont là des apparences sensibles destinées à représenter leurs affinités ésotériques avec les Idées primordiales […] C'est à titre de pur symbole, et comme vêtement de l'Idée, que le poète doit considérer le monde extérieur.» Jean Moréas, Manifeste du symbolisme




Le pessimisme de Schopenhauer


La philosophie de Schopenhauer pénètre peu à peu les esprits, influençant surtout la jeunesse (lasse du matérialisme ambiant) et la réorientant vers des perspectives plus métaphysiques : perspectives accentuées par la lecture des mystiques du XVIIIe siècle, comme Swedenborg et Louis-Claude de Saint-Martin, illuministe. L'illuminisme est un courant de pensée philosophique et religieux du XVIIIe qui se fonde sur l'idée d'illumination, c'est-à-dire d'une inspiration intérieure directe de la divinité. Ce courant est une réaction à l’esprit matérialiste des philosophes encyclopédistes du même siècle (de même que les symbolistes s'insurgent contre le matérialisme du XIXe).
L’illuminisme, à l'instar du Symbolisme, propose une lecture des textes chrétiens à la lumière du néoplatonisme et des sciences occultes, mettant l’accent sur l’intériorité de la quête mystique, et rejetant les formalités scolastiques, comme le Symbolisme rejette l'académisme.


Une nouvelle sensibilité apparaît donc, que ne satisfont plus ni la doctrine parnassienne du perfectionnisme de la forme (" l'art pour l'art " ).


Les symbolistes représentent un monde qui se corrompt et se décompose, comme le montre le pessimisme aigu de Schopenhauer dans Le Monde comme volonté et comme représentation (1886), et ils refusent de croire que le réel est porteur d’espérance: ils sont en rupture avec leur temps.


L'influence directe de Schopenhauer s'éclaire sur (et éclaire) de nombreuses œuvres symbolistes comme À rebours de Joris-Karl Huysmans (1884). Chacune constitue une variation sur la malignité du monde ; chacune pense l'œuvre d'art comme l'instrument de contemplation de la souffrance du monde ; chacune considère l'expérience esthétique comme une expérience de mort : celle de la personne (le moi), celle de l'histoire et de la culture, celle de l'individu, celle du monde.


Le symbolisme emprunte deux directions à la philosophie de Schopenhauer:
  1. la direction d'un idéalisme absolu pour lequel il n'y a rien en dehors de nos représentations: « le monde est ma représentation », « le monde réel est manifestement un phénomène du cerveau»
  2. la direction d'une pensée de la mort comme principe absolu, comme néant absolu: « c'est de l'Orcus que tout vient » (Orcus est le dieu des enfers dans la mythologie romaine), idée présente, par exemple, dans le poème de Baudelaire: «Voyages» des Fleurs du Mal
    «Plonger au fond du gouffre, Enfer ou ciel, qu'importe!
    Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau!»





Le décadentisme


L'atmosphère de cette fin de siècle est " décadente ". La définition qu'en donne Paul Verlaine dans ses " Poètes Maudits "éclaire bien la connotation du mot :
" J'aime le mot de décadence, tout miroitant de pourpre et d'ors. J'en révoque, bien entendu, toute
imputation injurieuse et toute idée de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées,
d'extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d'intenses voluptés (...).Il y a
aussi dans ce mot une part de langueur faite d'impuissance résignée, et peut-être le regret de n'avoir
pu vivre aux époques robustes et grossières de foi ardente, à l'ombre des cathédrales ."


L'esprit décadent trahissait le désenchantement d'une partie de la jeunesse et se caractérisait par le dégoût de la réalité banale et la recherche exacerbée de sensations rares. Le XIXe siècle est effectivement marqué par les bouleversements historiques et sociaux. C'est le siècle des révolutions, dans le domaine politique avec une grande instabilité; dans le domaine économique avec une France qui s'industrialise et le triomphe de la bourgeoisie («Enrichissez vous» Guizot) reposant sur la jouissance des biens matériels. Des bouleversement avec la naissance d'un prolétariat, la refonte des paysages urbains avec une prolifération des faubourgs, la refonte du paris du XIXe avec les grands travaux du boulevard Haussmann, et l'apparition des premières lignes de chemin de fer. S'instaure un véritable malaise et un dégout pour la médiocrité bourgeoise, la laideur du monde moderne, et l'absence de grandeur des régimes successifs. Si le XVIIIe mettait sa foi dans le progrès, la fin du XIXe siècle est plutôt celui du désenchantement. Les décadents véhiculaient les idées de Schopenhauer et cultivaient le spleen baudelairien. Pour faire face à leurs désillusions généralisées, ils choisirent de fuir la réalité et trouvèrent refuge dans cet art gouverné par l'artifice, le mysticisme, l'ésotérisme et l'occultisme que fut le symbolisme. D'ailleurs, après la publication dans le Figaro du manifeste écrit par Jean Moréas en 1886, le mot décadentisme fut peu à peu remplacé par celui de symbolisme. Malaise, mélancolie, dandysme, raffinement, provocation sont tous des termes qualifiant l’état d’âme décadent du symboliste et de la société.








L'ancrage dans la société


Regroupements




Le symbolisme connaît un développement rapide grâce aux nombreux salons et cercles artistiques:


-Les XX ou Le Groupe des Vingts est fondé à Bruxelles en 1883, par Octave Maus, et regroupe des artistes tels que James Ensor et Fernand Khnopf, Jan Toorop et Félicien Rops ou encore William Degouve de Nuncques. Il organise un Salon chaque année: les Salons des XX.


-La Libre Esthétique succède au Groupe des XX en 1894 et perdure jusqu'en 1914. Il suit pratiquement le programme du groupe des XX, ce qui suppose une confrontation très large de toutes les disciplines artistiques, avec cycle d'expositions, de conférences, de concerts. Entre autres, la société organise annuellement le Salon de la Libre Esthétique.


-La sécession munichoise (1892) fut suivie par les sécessions viennoise (1897) et berlinoise (1899) et se formèrent autour de Franz Von Stuck, Arnold Böcklin, Gustav Klimt et autres peintres, architectes et plasticiens qui glissèrent peu à peu vers l'Art Nouveau.


-Les rassemblements de «bohème littéraires» dans les cabarets de Paris (notamment «le chat noir»): les Hydropathes, les Hirsutes, les Zutistes, les Je-m'en-foutistes. Ils écrivaient des poèmes tout en menant une vie de débauches pour la plupart, d’où le surnom de "décadents".


-Les mardis du salon littéraire de Stéphane Mallarmé, rue de Rome, qui regroupent les nouveaux adeptes de la beauté, à partir de 1880.


-Les Nabis: au cours de l’été 1888, quelques artistes de l’académie Julian (Paris) partageant les mêmes préoccupations plastiques se regroupent sous le nom de Nabis, ce qui signifie prophète en hébreu. Férus de littérature symbolique et de textes ésotériques, ils se rassemblent tous les mois autour de dîners pendant lesquels ils échangent et définissent une nouvelle peinture.


-L'École de Pont-Aven: l’École de Pont-Aven est le nom qui a été donné a posteriori pour grouper sous une même étiquette des artistes très différents qui sont venus régulièrement peindre dans ce qui n’était qu’un petit bourg breton de 1 500 habitants situé entre Concarneau et Quimperlé dans le sud-est du Finistère en Bretagne. Différents styles ont été pratiqués, dont le symbolisme.
De nombreux artistes étrangers vinrent, surtout en été, à Pont-Aven, en particulier des Américains, des Britanniques et des Polonais. Des marchandes de couleurs et des galeries s’installèrent et la municipalité encouragea le mouvement.


-Le martinisme de Papus (1865-1916, de son vrai nom Gérard Encausse, médecin et occultiste français), ordre crée en 1887 et ayant pour but d’évoluer spirituellement, d’œuvrer pour un monde meilleur et de se mettre en marche vers une humanité plus achevée, faisant en sorte que la partie visible et la partie invisible, corps et psychisme, soient en harmonie avec l’esprit. Papus a particulièrement insisté sur les analogies et correspondances, tout comme les Symbolistes. Tout objet terrestre fait partie d'une chaîne analogique qui part d'un objet pour aboutir à un astre, un règne, un Élément, un ange... Tout se correspond dans l'univers, par grandes chaînes, astrologiques, élémentaires, "la Terre, correspondant au règne minéral; l'Eau, correspondant au règne végétal; l'Air, correspondant au règne animal; enfin, le Feu, correspondant au monde des forces et des intelligences" (ABC illustré d'occultisme). "La science antique est donc surtout constituée par des tableaux, qui établissent les relations entre tous les êtres et tous les objets de l'Univers".



Tableau de correspondances selon Papus
Planètes
Éléments
Signes
pierres
vertus
couleurs
Mars
Feu
Bélier
améthyste
hardi
rouge
Vénus
Terre
Taureau
hyacinthe
ingénieux
sombre
Mercure
Air
Gémeaux
chrysoprase
ami des jeux
jaune
Lune
Eau
Cancer
topaze
vagabond
noirâtre
Soleil
Feu
Lion
béryl
grande âme
doré
Mercure
Terre
Vierge
chrysolithe
pieux
vert
Vénus
Air
Balance
sardoine
ami de la justice
pourpre
Mars
Eau
Scorpion
sardonyx
tyran
noir
Jupiter
Feu
Sagittaire
émeraude
colère
flamme
Saturne
Terre
Capricorne
calcédoine
ambitieux
blanc
Saturne
Air
Verseau
saphir
marchand
bleu
Jupiter
Eau
Poissons
jaspe
fécond
cendré





-L'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, fondé par Stanislas de Guaita et Joséphan Péladan en 1888, ordre lié au martinisme et qui délivrait des enseignements dans les matières occultes, de la Kabbale* au Tarot en passant par l’Astrologie et l’Alchimie. Refusant la magie noire et l'exorcisme, Joséphan Péladan («Sâr Péladan») se sépare de la société secrète en 1891 pour créer l'Ordre de la Rose-Croix catholique du Temple et du Graal, ce qui provoque la «guerre des deux roses» entre les deux amis.


*La Kabbale, qui signifie la parole reçue, la sagesse cachée et ce qui est transmis de bouche à oreille, est un enseignement universel très vaste. Il permet à chaque personne d'atteindre les plus hauts niveaux spirituels par l'étude approfondie de sa propre conscience. Considéré dans son essence, cet enseignement ou cette philosophie, qui provient de la tradition juive et chrétienne, nous apporte la connaissance de l'expérimentation matérielle et immatérielle. Lorsqu'ils sont étudiés, ces principes de base plongent l'être humain dans une intense introspection qui atteint son apogée au moment où il découvre la nature profonde de l'Homme, de la Femme, de l'Ange, de l'Œuvre divine et de son Créateur par le mariage parfait de l'Esprit et de la matière. L'objectif ultime de cette tradition ancestrale est de nous guider dans les nombreuses initiations qui nous permettent de redécouvrir via les rêves, signes et symboles, nos pouvoirs divins, et de ce fait même, nos pleins pouvoirs et nos pleines capacités.


Ces rassemblements organisent des lectures, conférences, concerts et expositions dans un brassage de cultures, d'idées et de modes d'expression artistiques. Ces idées symbolistes perdurent jusqu'en 1914 où la guerre marque un dur rappel à la réalité.




Moyens de diffusion


-Les salons


L'Ordre instauré par Joséphin Péladan est moins une société initiatique qu'une confrérie rassemblant des artistes. Son but est de restaurer en toute splendeur le culte de l'idéal avec la Tradition pour base et la Beauté pour moyen. Joséphin Péladan juge la civilisation latine en état de dégénérescence. Pour lui, seule la magie de l'art peut encore sauver l'Occident d'un désastre imminent.
L'activité essentielle de l'Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal est donc consacrée à l'organisation d'expositions et de soirées dédiées aux beaux-arts. Par un mandement publié dans Le Figaro, J. Péladan convie tous les artistes à y exposer leurs œuvres.
Les «Salons de la Rose-Croix» connurent une grande fréquentation de 1892 à 1897 et virent la concrétisation de l'art idéaliste et mystique.
Les «Salons des XX» de 1883 à 1894.
Les «Salons de La Libre Esthétique» de 1894 à 1913.






-Les revues:


«La décadence artistique et littéraire», fondée par Anatole Baju (1886-1889) et appelée ensuite «Le décadent», en référence aux regroupements des «Bohèmes littéraires». Pour son fondateur, la revue est un
«Syndicat d’efforts pour faire cesser les enfantillages du père Hugo et de ses imitateurs, et pour refouler à l’égout les déjections littéraires de M. Émile Zola et des Naturalistes. Poètes et prosateurs, unis dans le même sentiment de salubrité artistique, combattaient côte à côte. Même la lutte avait pris un degré de violence tel et un caractère si nettement déterminé, qu’on désignait sous le nom de décadents tous ceux qui s’attaquaient à la littérature pompière et prudhommesque.»Baju, L'anarchie littéraire (1892)






«La revue wagnérienne» fondée par Édouard Dujardin (1885-1887) L'hommage au compositeur réunit les oeuvres symbolistes. Cette revue contribue à rapprocher poésie et musique, et ce souci d'une osmose entre poésie et musicalité transparaît dans les titres mêmes des œuvres symbolistes:
Marche funèbre de Chopin (1894) Podkowinski


la marche funèbre de Chopin de Wladyslaw Podkowinski, par exemple, fait explicitement référence à «la Marche Funèbre» de Chopin. Une collaboration entre Fauré et Verlaine s'établit dès 1887 : cinq mélodies de"La Bonne Chanson" sont mises en musique; quant à Debussy, un fidèle des "Mardis" de Mallarmé, il s'inspire de "L'Après-Midi d'un Faune" pour son célèbre prélude.
La musique subit une évolution proche de celle de la poésie : elle se fait fluide pour exprimer la subtilité des sensations et l'épaisseur du mystère de la vie, et l'assouplissement (voire la dislocation) de l'alexandrin a son correspondant dans l'ambiguïté tonale de l'œuvre de Claude Debussy.
Par ailleurs, les thèmes de la transparence, chers au Symbolisme, se retrouvent dans "Jeux d'eau"
ou "Miroirs", de Ravel.


«La plume», fondée par Léon Deschamps en 1889. Dès son premier numéro, elle affiche sa volonté de promouvoir tous les talents artistiques sans limitation, avec comme devise: «Pour l’Art».
Très rapidement, elle obtient un vif succès en publiant des auteurs comme Paul Verlaine, Jean Moréas, Stéphane Mallérmé, Jules Laforgue.


«Mercure de France», fondée par Alfred Vallette en 1890. La revue accède progressivement à la reconnaissance, puis au succès. Mallarmé et Heredia y font paraître des textes inédits.


« Le symboliste » hebdomadaire lancé en 1886 par Jean Moréas


« L'Ermitage» fondée en1890 par Henri Mazel, elle défend le Symbolisme face à la génération montante du Romantisme et du Naturalisme.


«La Revue blanche», fondée et dirigée par les frères Natanson (1889-1903), est une revue littéraire et artistique où collaborèrent les plus grands écrivains et artistes de l'époque.


«La revue indépendante», fondée par Félix Fénéon (1884-1893)




-Revues qui collaborent au mouvement:


«La vogue» (1886-1899)
«Lutèce» ou «la Nouvelle Rive Gauche» (1883-1886)
«Le Figaro» (1826-)
«L'écho de Paris» (1884-1944)


Toutes ces revues participent de la diffusion du Symbolisme et réunissent ses partisans qui rédigent des articles, des manifestes, font paraître des croquis, des tableaux, des nouvelles et des contes. Parmi eux, les plus habitués sont Verlaine, Moréas, Laforgue, Gourmont, Saint-Pol-Roux, Mallarmé, Debussy, Kahn...


Un art décoratif




A la recherche de la beauté, la peinture tend à se développer pour elle-même dans sa qualité d’ornement: un travail est mené sur le cadre et sur la mise en scène de l’œuvre. Tout tend ainsi à impliquer sans cesse davantage l’œuvre dans la société et à passer aux arts décoratifs et à l’architecture.


Ainsi, à l’intérieur même du Symbolisme, le rapport à la matière ou à la couleur prend une valeur en soi qui oriente naturellement les peintres et sculpteurs vers une forme dont le caractère décoratif révèle d’un hédonisme nouveau. L'artiste se fait «esthéticien» du monde et de la vie, et il accorde de l'importance au travail formel.
Les Symbolistes multiplient effectivement les recherches formelles: espace délibérément plat, graphismes précieux, harmonies chromatiques sophistiquées. Certains se complaisent dans une peinture décadente, d'autres multiplient des ornements décoratifs maniéristes.


Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) est un des plus grands peintres muralistes français. Ses œuvres ornent les murs de la Sorbonne, du Panthéon ou encore de l'hôtel de ville de Paris, mais également le musée de Picardie à Amiens, le Palais Longchamp à Marseille, l'Hôtel de ville de Poitiers, la Bibliothèque publique de Boston et le musée de Lyon.



Pierre Puvis de Chavannes Le Travail (1863) Musée de Picardie




«M. Puvis de Chavannes est aujourd'hui le seul peintre qui ait le sens de la grande décoration ; son originalité et sa puissance sont dans la simplification du dessin, dans l'unité du ton, dans ces larges pages qui ornent les monuments, sans en écraser ni en trouer l'architecture. Et ce dont il faut le louer surtout, c'est que, tout en simplifiant, il reste dévot à la nature ; sa sobriété n'exclut pas la vérité, au contraire . il y a bien là une convention presque hiératique de dessin et de couleur , mais on sent l'humanité sous le symbole.» (Salon de 1880) critique d'Émile Zola.






George Minne (1866-1941) est un sculpteur symboliste belge et certaines de ses oeuvres font partie du paysage fréquenté par la société: la Fontaine des Agenouillés, par exemple, est au cœur de la capitale belge, au palais de la Nation à Bruxelles, un autre version se trouve sur la place de Gand, et d'autres dans des musées (Le sculpteur réalisa plusieurs versions en marbre, plâtre et bronze).


Fontaine des agenouillés Bruxelles (1898) George Minne




Les adolescents nus et élancés sont une création très personnelle de Minne. Les personnages fragiles et introvertis témoignent de la grande charge émotionnelle que l'artiste sait distiller dans ses sculptures. Simplicité des lignes et caractère géométrique austère caractérisent le langage plastique non académique de Minne. La répétition de cinq sculptures identiques sur le bassin renforce la puissance expressive de l'ensemble. Le critique d'art allemand Julius Meier-Graefe qualifia la
Fontaine des agenouillés d'«ornement parfait».






De même, Auguste Rodin (1840-1917) crée des oeuvres décoratives, comme les frontons et la jardinière de la villa La Sapinière à Evian-les-Bians, et même des objets domestiques comme le Vase l'Hiver, vase en porcelaine.
Vase l'Hiver Auguste Rodin








Plus largement, les artisans ont participé au nouveau langage plastique par l'orfèvrerie, le bronze, les soieries, l'hébénisterie, la porcelaine, les bijoux:





René Jules Lalique (1860-1945) est un maître verrier et bijoutier français. Il s'est rendu célèbre par ses créations étonnantes de bijoux, puis de flacons de parfum, de vases, chandeliers, horloges et, à la fin de sa vie, de cabochons de voitures.




Libellule Broche de corsage "femme libellule". Jules Lalique (Or, émail, chrysoprase, pierre de lune et diamants) 1897-1898


La libellule symbolise la légèreté, l'élégance, la fragilité, c'est pourquoi elle est ici associée à la femme. De plus, elle est aussi symbole de renouveau, tout comme la femme quand on considère sa maternité et sa capacité à donner la vie, à la «renouveler».
Émile Gallé (1946-1904) est un industriel, maître verrier, ébéniste et céramiste français.



Aube et Crépuscule (1900) Emile Gallé Palissandre, ébène, nacre, verre


Le lit se compose de deux papillons de nuit, à la tête et au pied du lit, avec un œuf de nacre, et un paysages nocturne sur lequel le papillon semble semer une poussière d'or, cela pour symboliser le repos de la nuit et le rêve. Le papillon est le symbole de la métamorphose et de la transformation vers ce qu'il y a de plus élevé, ou encore de l'âme débarrassée de son enveloppe charnelle (et s'élevant dans le rêve). En psychanalyse, il est symbole de renaissance (ici, la renaissance après le sommeil). L'œuf correspond à la naissance et son éclosion correspond à la naissance d'une nouvelle réalité, trouvée dans l'inconscient dans le cas présent.



Le symbole envahit donc tous les domaines de la vie quotidienne, et ce grâce à l'influence des artistes symbolistes qui "démocratisent" l'art, soit en l'intégrant directement au cadre de vie de la société, soit en exposant leurs oeuvres par le biais de salons, soit en diffusant leurs idées au moyen de journaux et d'organisation qui réunissent les partisans de cette nouvelle esthétique.






Vers l'art Nouveau, puis l'Art déco:


L'Art nouveau, qui succède au symbolisme tout en s'en inspirant, se caractérise par l'inventivité, la présence de rythmes, couleurs, ornementations, inspirés des arbres, des fleurs, des insectes, des animaux, et qui introduisent le sensible dans le décor quotidien: façades d'immeubles, portes, fenêtres, balcons, céramiques, lampes, vases, mobilier, rampes d'escaliers, vitraux, affiches...
C'est aussi un art total en ce sens qu'il occupe tout l'espace disponible pour mettre en place un univers personnel considéré comme favorable à l’épanouissement de l'homme moderne de ce début du XXe siècle. Ce mouvement évolue vers un style plus géométrique, caractéristique du mouvement artistique qui prend la relève: l'Art Déco (1920-1940). 



 


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MessagePosté le: Sam 5 Mai - 18:56 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Megan


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Inscrit le: 28 Oct 2011
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MessagePosté le: Mar 8 Mai - 17:45 (2012)    Sujet du message: Le symbolisme Répondre en citant

L'introduction, la partie II et la conclusion de l'exposé en téléchargement ici : http://www.sendspace.com/file/alnp47
(ce n'est pas complet, j'ai pas bien géré mon temps, mais l'essentiel y est, il manque juste des biographies)


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:41 (2017)    Sujet du message: Le symbolisme

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