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Introduction au 20ème siècle (1914-1945) -> La 1ère GM

 
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Efflamine


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MessagePosté le: Jeu 3 Mai - 22:11 (2012)    Sujet du message: Introduction au 20ème siècle (1914-1945) -> La 1ère GM Répondre en citant

Conflit qui s'ouvre en 1914 et qui présente une double nouveauté:
Conflit qui dépasse le cadre européen par mobilisation des empires coloniaux, engagement direct de certains pays comme les États-Unis à partir de 1917, et les conséquences de la guerre sur relations internationales et l'économie des cinq continentsConflit qui engage la société toute entière et transforme fonctionnement politique et vie culturelle des États (conflit vécu comme un choc entre civilisations)
Cette guerre est un tournant dans l'histoire de l'humanité car les bouleversements provoqués ne peuvent s'effacer lors du règlement du conflit.


Problème: en quoi la Première Guerre mondiale modifie-t-elle durablement la vie quotidienne et l'univers mental des populations ?


  1. Quatre années d'engagement total
  1. L'installation dans une guerre longue (1914-1916)
    a. Le déclenchement

Guerre est le résultat de tensions multiples (origine = 19ème siècle).
Tensions économiques opposants les grandes puissances pour la conquête des marchés et l'exploitation du monde colonial: ambitions de l'Allemagne, exprimées par l'empereur Guillaume II et les milieux pangermanistes, menacent les intérêts britanniques au Moyen-Orient et dans les Balkans ainsi que l'influence française sur le continent africain.
Tensions politiques dans les zones frontalières: en France se réveille l'esprit de revanche dans certains milieux, comme la jeunesse étudiante, autour de la question de l'Alsace-Lorraine (cédée à l'Empire allemand en 1871) ; l'Italie veut récupérer les enclaves italophones situées dans l'Empire des Habsbourg ; l'Empire des Habsbourg est également la cible des Serbes qui veulent rallier à elle les peuples slaves du Sud (y compris ceux qui vivent dans l’État austro-hongrois) autour de l'idée yougoslave.


Tensions qui ont trois principales conséquences:
Nationalisme à l'intérieur des pays qui est dirigé contre les puissances adverses et contre les ennemis de l'intérieur (responsables de l'affaiblissement de la nation): c'est le cas en Italie où ce courant s'incarne par les poètes Annuzio et Marinetti, en Allemagne où le pangermanisme défend idée d'un espace vital au centre de l'Europe, en France où l'affaire Dreyfus (1894-1906) fait émerger nationalisme d'opposition incarné par Maurice Barrès et Charles Maurras.
Constitution d'alliances entre les puissances européennes: une Triple Alliance unit l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie depuis 1882 ; face à elle se forme entre 1893 et 1907 une Triple Entente composée par la France, la Grande-Bretagne et la Russie.
Conflits militaires (localisés jusqu'en 1914) qui intéressent un nombre croissant de puissances: dans les Balkans, multiplication de petits États (avec le reflux de l'Empire ottoman au 19ème siècle) dont les rivalités sont exacerbées par les grandes puissances ; les deux guerres balkaniques de 1912-1913 concernent des pays directement engagés dans le conflit comme la Turquie/Bulgarie/Grèce/Serbie/Monténégro/Roumanie, mais aussi l'Italie (intéressée par l'Albanie, indépendante en 1913), l'Autriche-Hongrie (menacée par l'expansionnisme serbe) et la Russie (proche de la Serbie).




C'est par la « poudrière balkanique » que l'Europe s'embrase. Le 28 juin 1914, l'archiduc François-Ferdinand, héritier d'Autriche-Hongrie et favorable à une Yougoslavie intégrée à l'Empire, est assassiné à Sarajevo par un étudiant bosniaque pro-serbe. Le 28 juillet: l'Autriche déclare guerre à Serbie, ce qui suscite la mobilisation russe deux jours plus tard. Le 1er Août: l'Allemagne, solidaire des Habsbourg, déclare guerre à Russie, tandis que la France se mobilise pour secourir son allié. Le 3 Août: Allemagne déclare guerre à France, et rentre le lendemain sur le sol belge. Cette violation d'un État neutre provoque entrée en guerre du Royaume-Uni le 4 Août.


    b. L'inégale portée des premières offensives

Brutalité des premières offensives semble annoncer résolution rapide du conflit, mais cette perspective s'estompe devant évolution des combats sur les deux principaux fronts:
Front occidental: progression allemande en Belgique puis au nord-est de la France est rapide. Le 5 septembre 1914, la 1ère armée est à 25km de Paris sur les bords de la Marne. Le gouverneur militaire de Paris (général Gallieni) et le commandant en chef (Joffre) lancent les troupes françaises stationnées dans la capitale contre l'aile droite de l'armée allemande. Il faut une contre-offensive fulgurante pour réussir: l'utilisation d'automobiles, de camions, et des taxis parisiens permet acheminement rapide des hommes et du matériel. C'est une réussite, dès le 13 septembre, les Allemands reculent et s'éloignent définitivement de Paris. Ils s'engagent dans une stratégie de débordement par le nord-ouest: c'est la « course à la mer ».
Front oriental: les allemands parviennent à contenir l'avancée des russes grâce à la victoire de Tannenberg en août. Après avoir fait face à une seconde offensive, ils reçoivent renfort des Autrichiens et contraignent l'armée russe à une retraite de 400km au cours de l'été 1915. Ils occupent alors la Galicie, la Pologne et la Lituanie mais ne vont pas au-delà.


Quatre autres fronts donnent à ce conflit une dimension mondiale:
Front balkanique: l'expédition franco-anglaise échoue en mars 1915, la flotte ne parvient pas à passer le détroit des Dardanelles défendu par armées turque et allemande. Le corps expéditionnaire rejoint alors le port neutre de Salonique dans l'attente d'une éventuelle entrée en guerre de la Grèce aux côtés des Alliés.
Front moyen-oriental: crée par l'entrée en guerre de l'Empire ottoman aux côtés des allemands en novembre 1914. Les trucs subissent la contre-offensive des Anglais après une avancée jusqu'au canal de Suez. Les anglais, avec l'aide de certaines tribus arabes et des émirs hachémites, prennent Jérusalem en 1915.
Front extrême-oriental: les japonais s'emparent dès 1914 des possessions allemandes en Chine (péninsule de Shandong). Ils profitent du retrait des puissances européennes en Extrême-Orient pour affirmer leur suprématie politique et économique sur la Chine. En janvier 1915, ils adressent au gouvernement chinois « 21 demandes » qui contribueraient, si elles étaient acceptées, à établir protectorat japonais sur une partie de la Chine.
Front serbe: situation semble réglée dès 1915. L'armée serbe est prise par les bulgares en septembre 1915, après avoir résisté à l'offensive des Autrichiens en 1914. L'armée serbe subit une défaite écrasante et doit quitter le pays pour rejoindre l'île de Corfou: le front serbe disparaît, quand tous les autres semblent se stabiliser.


    c. La stabilisation des fronts

Dès l'automne 1914, la logique de guerre de positions prévaut sur le front occidental. Offensives ne débouchent pas sur une percée qui déséquilibrerait le rapport de forces. Lignes du front se figent, combattants s'installent sur leurs positions et perfectionnent leurs moyens de défense. Les tranchées répondent à ce souci au début de l'hiver 1914: elles deviennent de plus en plus profondes, fortifiées et complexes.
La bataille de Verdun est symbole de cette guerre de défense. Ce camp retranché est attaqué par les troupes allemandes et défendu par des troupes dirigées par le général Pétain. Combats ont lieu de février à décembre 1916 et font près de 80000 morts. Débouchent finalement sur un statu quo territorial: les français reprennent le fort de Douaumont le 24 octobre (ils l'avaient perdu le 25 février).
La stabilisation du front occidental laisse un sentiment d'échec qui débouche sur crise politico-militaire: à l'automne 1916, les commandants allemands et français changent de tête. Cette crise correspond pourtant à un certain équilibre des forces en présence: l'Allemagne, qui a une puissance militaire supérieure, se disperse sur plusieurs fronts tandis que la France mobilise l'essentiel de ses hommes et armes contre son principal ennemi.

  1. Une guerre violente
    a. Nouvelles techniques de guerre

Les principales puissances détiennent des stocks massifs d'armes (notamment dans l'artillerie). Deux armes sont utilisées quotidiennement dans les combats:
Les mitrailleuses, armes défensives que les soldats dans les tranchées utilisent pour opposer à leurs adversaires des murs de balles.
Les bombardements qui constituent la menace la plus redoutée par les combattants. Ceux-ci peuvent être systématiques et durer plus d'une semaine, comme ceux qu'essuient les allemands lors de la bataille de la Somme en juin 1916.


Certains évolutions ont lieu au cours de la guerre:
Renforcement des structures défensives impose généralisation de l'artillerie lourde avec des canons mobiles
Grâce à essor industrie chimique, gaz deviennent armes. Dès avril 1915 à Ypres, armée allemande utilise chlore, à titre expérimental, avant de généraliser (à partir de 1917) l'utilisation de l'ypérite (je pense qu'on s'en fout un peu du nom de ce gaz mais bon) qui crée de profondes brûlures
Nouveaux moyens de locomotions utilisés à des fins militaires. Progrès de l'automobile ont permis mise au point des chars d'assaut qui sont systématiquement utilisés en 1918. Aviation également sollicitée pour des missions de reconnaissances dans un premier temps, puis pour les combats.


    b. La brutalisation des combats

Vie dans les tranchées est particulièrement difficile et constitue rupture profonde par rapport aux conditions de vie moderne. Promiscuité rend dérisoires hygiène et pudeur. Hommes ne peuvent se protéger contre intempéries, ravitaillement souvent interrompu. Cohabitation avec rats, voire avec des cadavres.
Combats représentent le paroxysme de cette violence. La longueur de l'attente lors de sièges situés en rase campagne, la hantise de l'assaut nourrie par les récits de combattants et le bruit des nouvelles armes alimentent cette violence. Cette violence est accentuée par la dépersonnalisation de l'affrontement entre des masses indistinctes de combattants: on ne sait pas qui l'on tue. La guerre entre dans l'âge industriel et dans l'ère des masses. Cette brutalité se traduit par:
Importance des pertes humaines, élevées pour les grandes puissances (près de 17% des soldats français mobilisés ont été tués), mais plus encore pour petits États comme la Serbie qui a perdu 37% de ses combattants
Gravité des blessures et des mutilations alors même que conditions sanitaires et médicales meilleures que lors des conflits antérieurs (les chirurgiens peuvent opérer sur les champs de bataille, des réseaux d’hôpitaux militaires se constituent sur les bases arrières). Les 10000 à 15000 « gueules cassées » françaises portent marques de l'horreur des combats. Fréquence des troubles psychiatriques relevés parmi les combattants suggère importance du traumatisme et impossible banalisation de la violence de guerre.


Historiens se divisent pour définir sentiment réel des combattants face à cette violence. Pour certains, ces hommes l'auraient acceptée par une sorte de « consentement », exprimant à la fois l'amour de la Nation et la solidarité avec les compagnons d'armes. Pour d'autres, le faible nombre de mutins et de déserteurs s'explique d'abord par la hiérarchie et la discipline: combattants ont affronté l'horreur parce qu'ils n'avaient pas le choix. Le chef joue un rôle essentiel dans la mobilisation de ses hommes: il doit lui-même donner l'exemple, mais aussi dissuader de toute désobéissance.


    c. Les populations civiles dans la tourmente

Combattants n'étaient pas seuls à faire expérience de la violence. Lors des grandes offensives, les populations civiles ont été victimes d'exactions, volontiers exploitées par la propagande adverse. Dès l'été 1914, la presse française et britannique fustige barbarie allemande en décrivant atrocités commises à l'encontre des habitants de Belgique et de la France du Nord: villages brûlés, otages fusillés, enfants mutilés, viols commis sur jeunes femmes qui par la suite cherchent à avorter... Tableau en partie exagéré, occupation des territoires français par allemands s'avère mesurée jusqu'en 1916 au moins. La retraite des troupes allemandes, à partir de septembre 1918, donne lieu à des destructions systématiques de villages et plantations et à des crimes de guerre, qui feront l'objet de certains articles du traité de Versailles (227 à 230). A ces violences directes, on peut ajouter l'effet des bombardements qui peuvent viser des agglomérations: en juin 1916, anglais bombardent Péronne.
Souffrance des civils procède également des privations alimentaires, qui est conséquence directe de décisions militaires (notamment du blocus naval appliqué par les Alliés à partir de 1916). Souffrance peut se fonder sur des ressorts psychologiques: angoisse devant le sort d'un proche dont on n'a pas de nouvelles, rumeurs catastrophistes suscitées par l’absence d'informations... En raison de sa durée, la guerre a été vécue par procuration par l'ensemble de la population.

  1. Le dénouement (1917-1918)
    a. La crise de 1917

Après plus de deux années de guerre, difficultés sur le front et à l'arrière provoquent une crise dans la plupart des pays. En Allemagne, le Reichstag vote le 19 juillet 1917 une motion de paix « sans annexion ni indemnité »: certains éléments de la flotte se mutinent et les mouvements révolutionnaires connaissent un nouvel essor autour d'une thématique antimilitariste. En France, la crise est double:
Crise morale dans l'armée qui enfle à la suite de l'échec de l'offensive de Champagne en avril 1917. Mouvement de contestation qui reste symbolique (diffusion de tracts pacifistes, cris et chants révolutionnaires). Actes de désobéissance, désertions, voire de véritables mutineries ont parfois lieu et suscitent d'abord une vigoureuse répression (plus de 3000 condamnations), puis une meilleure prise en compte des conditions de vie des soldats
Crise politique qui se traduit par réveil d'un socialisme (démocratique) antimilitariste, le discours pacifiste de certains dirigeants et la difficulté à maintenir un consensus national. Régime semble revenir à des pratiques d'avant-guerre (instabilité ministérielle, querelles partisanes) que rejette une partie de la presse, des intellectuels et des hommes politiques. Ces milieux favorisent l'arrivée de Clemenceau à la présidence du Conseil en novembre 1917: le « Tigre » incarne une reprise en main autoritaire de l’État et le châtiment des pacifistes.
C'est en Russie que la crise de 1917 est la plus grave. Les désastres militaires de l'armée, commandée par le tsar en personne, s'ajoutent aux difficultés économiques qui frappent les centres urbains. Le régime est la cible de mécontentements et est renversé lors de la « révolution de février », le 27 février 1917.


    b. La redistribution des cartes

En 1916 et 1917, de nouveaux États entrent dans la guerre et modifient ainsi équilibre des forces, au profit des Alliés: la Roumanie, la Grèce et surtout les États-Unis. Congrès américain vote la guerre le 2 avril 1917 pour des raisons économiques (une défaite des Alliés risquerait de remettre en cause le remboursement des prêts consentis par les américains) mais surtout pour réagir face à l'attitude plus offensive des allemands. Les allemands intensifient depuis janvier 1917 la guerre sous-marine (ils coulent en un an le cinquième de la flotte de commerce mondiale), ils cherchent à soulever Mexique contre États-Unis par télégramme rédigé par Zimmerman (secrétaire d’État allemand aux Affaires étrangères), intercepté plus tard par les Anglais. 300 000 soldats américains débarquent en Europe en avril 1918 après que leur Président ait précisé leurs buts de guerre le 8 janvier: ce sont les « 14 points » de Wilson.
La situation militaire de la Russie semble désespérée: le 15 décembre 1917, le nouveau gouvernement (Bolcheviks) obtient une suspension d'armes (attachement au pacifisme), suivie en mars 1918 d'un traité de paix avec l'Allemagne (signature à Brest-Litvosk). La Roumanie capitule en mai 1918. Les allemands peuvent ainsi redéployer leurs troupes sur le front occidental.
Bolchevik: courant majoritaire du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, dirigé par Lénine et prônant la révolution ouvrière et paysanne.
A la fin de l'année 1917, situation des Alliés est délicate. L'aide américaine se fait attendre, italiens essuient en octobre défaite devant autrichiens à Caporetto, flotte anglaise touchée par torpillages allemands, français craignent nouvelle offensive de leurs adversaires.


    c. La fin des combats

Allemands obligés de mener offensive rapide: ils doivent conquérir de nouvelles positions avant arrivée des Américains (alors que effets du blocus pèsent de plus en plus sur population civile et équipement militaire). Entre mars et juillet 1918, série d'offensives (quatre), toutes contenues par les Alliés qui les attaquent le 8 août sur la Somme. Allemagne doit amorcer un repli, tandis que situation intérieure devient révolutionnaire. Ses alliés en mauvaise posture aussi, abandonnent tour à tour le combat. Front turc enfoncé par les Anglais en Palestine en septembre. Bulgarie doit signer armistice avec France et Serbie le 29 septembre. Autriche fait de même avec l'Italie le 3 novembre. Le 9 novembre = révolution éclate à Berlin, Guillaume II abdique. Le 11 novembre = la nouvelle République conclut armistice avec la France dans forêt de Rethondes, près de Reims.
Issue du combat donne sens politique au conflit qui s'achève. Les vaincus sont d'abord les grands empires comme la Russie, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'empire ottoman, quelque soit l'alliance à laquelle ils appartiennent. Europe occidentale, liée aux États-Unis, sort renforcée, elle accentue sa domination sur le Moyen-Orient (part l'intermédiaire de la Grande-Bretagne) et sur pays balkaniques, fortement éprouvés par affrontements violents (Serbie et Grèce doivent leur victoire à l'aide franco-anglaise).


  1. Les sociétés en guerre
  1. La mobilisation économique
    a. La guerre économique

Cette guerre longue mobilise principales puissances industrielles du monde, qui utilisent économie comme arme parmi d'autres. Les cibles privilégiées sont les structures économiques de l'adversaire comme les grandes entreprises, les voies de transport, les champs cultivés etc. Ainsi, les pays éloignés des théâtres d'opérations profitent de la situation et approvisionnent les États en guerre, décollage économique des pays d'Amérique latine comme le Brésil, les dominions de l'Empire britannique comme le Canada, l'Afrique du sud et le Japon. États-Unis tirent leur épingle du jeu: assurent partie du ravitaillement des alliés + prêts importants, en 4 ans, production d'acier double. Leur économie, déjà la première du monde en 1914, devient en 1918 une économie dominante.
Guerre navale illustre âpreté de guerre économique. Elle vise à bloquer le commerce extérieur de l'adversaire: allemands concentrent attaques sous-marines sur la Grande-Bretagne (sa position insulaire dépend fortement des échanges sur mer). Britanniques ripostent en bloquant ravitaillement de l'Allemagne. Blocus qui révèle fragilité de l'économie de guerre allemande, affame populations et favorise troubles révolutionnaires.
Guerre économique est aussi guerre de capitaux: chaque puissance finance effort de guerre par emprunt, qui permet de mobiliser l'épargne privée. Grandes campagnes de propagande (par voie d'affiches et d'encarts publicitaires dans la presse allemande et française) réinjectent argent dans économie nationale et renforcent sentiment patriotique.


    b. L'économie de guerre

Pour répondre à demande militaire, double mutation économique s'opère:
Essor de l'industrie d'armement et de la chimie suscite reconversion temporaire ou durable de certaines entreprises (Michelin en France)
Modernisation des modes de transports (routiers, ferroviaires, maritimes, aériens) vise à améliorer approvisionnement de l'armée
Financement de cet effort industriel déséquilibre ensemble de l'économie et provoque dépenses que recettes traditionnelles (impôts, emprunts) ne peuvent couvrir. L'inflation se double d'un désordre monétaire lié à suppression de fait de la convertibilité des monnaies en or.
État joue rôle prépondérant dans organisation de l'activité économique, on a ainsi rupture avec logique libérale du 19ème siècle (il veille à qualité des infrastructures, contrôle crédit et prix pour limiter une trop forte inflation, oriente production et consommation par le biais du rationnement). Industriels associés à cette politique comme le français Schneider qui dirige l'Office pour les industries d'armement. État intervient dans relations sociales afin d'éviter conflit préjudiciable à mobilisation nationale.


    c. Les mutations sociales

Politique de paix sociale réussit dans un premier temps: syndicats associés à effort de guerre et consultés pour questions concernant salaires ou conditions de travail. Mais en 1917, monde ouvrier sensible à crise morale et à dégradation de son niveau de vie. Grèves éclatent en France et en Allemagne sans paralyser toutefois la production.
Départ pour le front d'une partie importante de la population active pose problèmes, partiellement résolus par rappel dès 1915 de certains mobilisés (ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs etc.). Recours à nouvelle main d’œuvre indispensable: allemands utilisent prisonniers de guerre et populations civiles des régions occupées comme les belges, polonais ou russes ; français et anglais bénéficient du réservoir colonial. Femmes sont recrutées dans commerce puis dans l'industrie (y compris armement). Émancipation sociale à l'origine d'aspirations politiques satisfaites au lendemain guerre dans la plupart des pays belligérants (suffrage universel féminin instauré en Grande-Bretagne en 1918, en Allemagne en 1919, et aux États-Unis en 1920).

  1. La mobilisation politique
    a. Les unions nationales et leurs limites

Guerre favorise regroupement des forces politiques autour des gouvernements et dépassement des clivages politiques. Évolution sensible en France: gouvernement Viviani est constitué en juin 1914 et regroupe représentants des partis de gouvernement, mais aussi socialistes comme Guesde ou Sembat, un catholique proche des milieux monarchistes (Denys Cochin). On a ralliement de l'opposition de droite, justifié par le nationaliste Maurice Barrès qui met la défense de la Nation au-dessus des polémiques politiques (éditoriaux de L'écho de Paris).
Union nationale s’accommode mal d'un conflit de longue durée. Peu à peu contestée de deux manières:
Montée d'un courant pacifiste favorable à fin de la guerre qui se structure lors des conférences de Zimmerwald en septembre 1915, de Kienthal en avril 1916, et est défendu par les Bolcheviks russes. Révolution d'octobre 1917 en Russie renforce influence de cette tendance qui devient majoritaire dans certains partis socialistes nationaux
Stagnation militaire entraîne contestations sur direction de la guerre: celles-ci atteignent pouvoir des Empereurs qui revendiquent direction des opérations (Guillaume II en Allemagne, François-Joseph en Autriche, Nicolas II en Russie) mais aussi légitimité des gouvernements démocratiques accusés de manquer de fermeté face à ennemi (en France, personnalité de Briand attaquée à partir de 1916).


    b. Un regain d'autoritarisme

Pouvoir exécutif se renforce dans pays (sauf Russie) pour deux raisons:
Besoin de fermeté et d'autorité (ressenti par populations et exprimé par les parlementaires) favorise arrivée au pouvoir de personnalités fortes susceptibles de mobiliser les énergies nationales
Conduite de la guerre exige décisions rapides et secrètes ce qui favorise concentration des pouvoirs au profit de l'exécutif (dans démocraties occidentales) ou de l'armée elle-même: en Allemagne s'instaure peu à peu « dictature de l'état-major »
Cette évolution prend différentes formes qui influenceront pratique du pouvoir lors des décennies ultérieures:
Personnalisation du pouvoir au profit de chefs charismatiques sachant mobiliser la propagande
Mise sous tutelle des contres-pouvoirs (qu'il s'agisse des Assemblées ramenées au rang de chambres d'enregistrement, des pouvoirs locaux ou de la justice)
Limitation des libertés et instauration de la censure


    c. La propagande

Propagande de guerre passe d'abord par la presse: on a version officielle des événements qui dédramatise réalité de la guerre pour combattants nationaux, tout en grossissant difficultés et défaites d'un adversaire discrédité par sa barbarie (c'est le « bourrage de crâne »). Censure permet d'éviter vision alternative du conflit. Instauration de bureaux de propagande suscite critiques des journalistes indépendants (hebdomadaire Le Canard enchaîné crée en 1915).
Propagande se sert objets de la vie quotidienne: assiettes décorées, gravures, jeux et cartes postales éditées à l'occasion des fêtes. Vise à banaliser l'horreur, toute image réaliste est bannie au profit d'une vision idéalisée et héroïsée de la guerre (cartes éditées en 1918 au profit d'une œuvre allemande pour soldats infirmes montrent hommes amputés qui labourent, sèment et plantent des arbres en fleurs).
Photographie s'impose, mais cinéma peu utilisé. Au début du conflit, actualités cinématographiques diffusent images rapides, filtrées par les états-majors. Les fictions sont nombreuses et présentent vision manichéenne du conflit et illustrent valeurs civilisatrices défendues par la nation. Production culturelle clairement sollicitée par la propagande.


  1. La mobilisation culturelle
    a. La mobilisation incomplète des artistes et intellectuels

Mobilisation intellectuels prolonge cet effort de propagande et participe de la « culture de guerre » qui s'instaure alors. Valeurs de civilisation, défendues par Nation, exaltées en France par écrivains comme Maurice Barrès, poètes comme Charles Péguy, philosophes comme Henri Bergson. Universitaires des différents pays créent des comités, signent des manifestes: en France, historien Ernest Lavisse fonde en 1915 une ligue civique. Artistes également sollicités comme Sarah Bernhardt qui joue devant soldats du front (« théâtre aux armées »). Littérature et théâtre populaire partagés entre impératif de divertissement et héroïsation des valeurs de la guerre.
Artistes échappent parfois à ces normes: le combattant communiste Henri Barbusse reçoit en 1916 le Prix Goncourt pour Le Feu qui décrit horreurs et sacrifice d'une génération. D'autres récits et romans de guerre s'inscrivent par la suite dans cette veine réaliste.
D'autres artistes contestent radicalement guerre et refuse sa logique: c'est le cas du groupe Dada constitué en 1916 à Zurich autour de Tristan Tzara qui subvertit la violence de guerre pour attaquer les normes esthétiques et littéraires, et ébaucher ce qui deviendra le surréalisme. Intellectuels relaient les idées pacifistes et dénoncent absurdité du conflit comme le romancier français Romain Rolland et le philosophe italien Benedetto Croce.


    b. La guerre des enfants

Enfants constituent à la fois cible et thème de cette propagande culturelle. École diffuse version officielle du conflit et valeurs nationales. Livres illustrés fourmillent de récits de guerre. Chars apparaissent dans les magasins français en 1917.
Thème de l'enfant combattant fréquemment développé pour deux raisons: permet de toucher public en favorisant l'identification et contribue à banaliser guerre en la rendant accessible aux plus jeunes. Les récits, les contes et les pièces de théâtres envoient les enfants sur le front: ils s'appuient sur des faits réels, les cas de « fugues héroïques » ne sont pas rares, notamment dans milieux populaires. Embrigadement des enfants montre que toutes les composantes de la société sont touchées par la guerre totale.


    c. Une religion de guerre

Âpreté des combats, confrontations quotidienne avec la mort, l'espoir du retour à la paix favorisent émergence, au front et à l'arrière, d'une véritable « religion de guerre » qui associe foi traditionnelle des religions judéo-chrétiennes et le culte de la patrie. Temples, églises et synagogues se remplissent. Réveil religieux aussi de façon individuelle dans lettres, journaux intimes ou prières. Solidarité des combattants dans tranchées efface clivages religieux. Pourtant, les Églises ne profitent pas complètement de ce contexte. Protestants britanniques et allemands s'affrontent. Le pape Benoît 15 parvient difficilement à diffuser un message universel: certains français le soupçonnent même de germanophilie.
Religion civique d'un type nouveau qu'exprime culte des soldats tombés au champ d'honneur. Aménagement de cimetières spécifiques (précoces en France en 1914, en Allemagne et Angleterre en 1915) s'explique par nombre de tués: rend plus visible sacrifice humain et favorise ainsi culte appelé à se développer au lendemain de guerre. Se construisent alors tombes dédiées à un Soldat inconnu (1920 pour anglais et français à Westminster Abbey et sous Arc de Triomphe à Paris). Construction des monuments aux morts dans chaque commune française participe du même mouvement, qui se prolonge bien après 1918.


  1. Les conséquences de la guerre
    1) Les lenteurs du règlement diplomatique
    a. Le démantèlement des Empires

La fin des trois Empires vaincus résulte d'abord des traités de paix, signés entre les vainqueurs coalisés et chacun des pays vaincus. Ces traités traduisent à la fois l'écrasement militaire total d'un bloc et la victoire idéologique des pays occidentaux. Le thème de la démocratie permet de masquer les préoccupations stratégiques et de justifier la décomposition des structures politiques que l'on présente comme des « prisons des peuples ».
Allemagne signe traité de Versailles le 28 juin 1919. Perd près de 70 000 km2 et 8 millions d'habitants au profit de la France (Alsace-Lorraine), de la Pologne (une partie de la Silésie et le « corridor » de Dantzig) et du Danemark (Schleswig du Nord). Autorité sur partie occidentale du territoire est limitée: rive gauche du Rhin est démilitarisée et occupée par armées alliées jusqu'en 1935, tandis que rattachement de la Sarre à France est rendu possible après référendum. Empire colonial annihilé, puissance militaire détruite (dispose juste d'une armée de métier qui ne peut dépasser 100 000 membres et dont armement sévèrement réglementé).
Empire des Habsbourg disparaît par deux traités signés avec l'Autriche (traité de Saint-Germain le 10 septembre 1919) et la Hongrie (traité de Trianon le 4 juin 1920). Europe centrale complètement recomposée. Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Pologne sont créées, Autriche et Hongrie indépendantes.
A la suite du traité de Sèvres (10 juin 1920), la Turquie (qui remplace Empire ottoman) perd territoires au Moyen-Orient: la SDN confie des mandats aux britanniques sur l'Irak, la Transjordanie et la Palestine, et aux français sur le Liban et la Syrie. Arrière-pays de Constantinople et une partie de l'Anatolie donnés à Grèce, tandis que troupes alliées occupent les Détroits, désormais neutralisés.
Réorganisation carte suscite nombreuses frustrations et crée foyers de tensions (Anatolie= grecs et turcs ; région de Teschen = polonais et tchécoslovaques ; corridor de Dantzig et de la Haute-Silésie = allemands et polonais). Alliés pensent surmonter difficultés en faisant fonctionner relations internationales selon de nouvelles règles.


    b. L'avènement de la sécurité collective

Sécurité collective: action menée par une organisation représentant la communauté internationale (la SDN, dans l'entre-deux-guerres) afin d'éviter la guerre: à l'emploi des armes sont préférés la négociation, l'arbitrage international et des pactes de protection mutuelle.
Règles définies par les États-Unis qui rompent avec tradition isolationniste et aspirent à remplir mission universelle. Message du président Wilson au congrès, le 8 janvier 1918, illustre ce tournant. Buts de guerre définis ne sont ni territoriaux ni financiers (Américains ne revendiquent rien pour eux-mêmes). « 14 points » visent à reconstruire le monde autour de trois grands principes:
Le libéralisme, fondement de l'identité américaine: liberté échanges et transports (maritimes notamment) est proclamée
Démocratie doit inspirer principes du droit international (droit des peuples à disposer d'eux-mêmes), mais aussi fonctionnement des relations internationales (refus de la diplomatie secrète)
Idée de solidarité entre nations est sans doute la plus originale, rejet système traditionnel des alliances jugé responsable du déclenchement de la guerre, wilsonisme promeut idée d'une sécurité assurée collectivement par ensemble des nations
C'est ce dernier principe que réalise la SDN, formée de plusieurs organes dont les trois premiers siègent à Genève: Assemblée Générale qui se réunit une fois par an, le Conseil (où grandes puissances détiennent siège permanent), le Secrétariat permanent (dont chef est désigné par Conseil et accepté par Assemblée). Cour de Justice internationale de La Haye et le Bureau international du travail complètent édifice. Tous états peuvent intégrer SDN, à condition d'adhérer au Pacte de l'organisation qui préconise réduction des armements, prévoit sanctions contre pays coupables d'agression militaire, contraint pays membres à trancher leurs conflits par intervention de l'Assemblée de la SDN ou de la Cour de La Haye. La règle de l'unanimité, la non-adhésion de certaines puissances comme les États-Unis, et l’absence de force armée commune réduisent portée des décisions de la SDN qui a pourtant réussi à éviter nombre de conflits locaux dans les années 1920 notamment. « L'esprit de Genève » (fait de conciliation et d'idéalisme pacifiste) semble alors progresser dans les relations internationales, porté par certaines personnalités comme le français Aristide Briand.


    c. La contestation d'un nouvel ordre mondial

Première contestation de l’œuvre réalisée en 1919-1920 émane des courants nationalistes, que l'on retrouve chez vainqueurs et vaincus:
Turquie: mouvement révolutionnaire et national porte au pouvoir en avril 1920 le général Kemal qui mène guerre victorieuse contre les grecs. En 1923, traité de Lausanne revient sur celui de Sèvres en restituant ensemble péninsule anatolienne aux turcs qui reprennent large partie du territoire à l'ouest de Constantinople
Allemagne: milieux nationalistes mènent campagnes contre le « diktat » de Versailles et contre régime républicain accusé d'avoir bradé Empire (le « coup de poignard dans le dos »). Pas de projet politique commun, ne prennent pas le pouvoir: en mars 1920, coup d'état de Kapp échoue. Influence au sein de l'opinion et des milieux politiques croît et se traduit par intransigeance de la diplomatie allemande à propos de l'exécution des traités (questions des réparations)
Italie: partie de l'opinion lésée par traités qui ne lui accordent pas l'Istrie et la Dalmatie, promises par la France et Angleterre en 1915. Poète d'Annunzio, symbole du nationalisme d'avant-guerre, s'empare du port de Fiume en septembre 1919 avec corps de volontaires italiens et y instaure régime indépendant qui préfigure au fascisme. Expérience s'achève avec traité de Rapallo en novembre 1920 qui donne Istrie à Italie et confirme attribution Dalmatie à Yougoslavie, pendant que Fiume devient une « ville libre » et indépendante.
D'autres états, absents des traités, refusent de participer au nouvel ordre mondial pour raisons idéologiques comme la Russie soviétique ou stratégiques comme la Chine ou Japon. Attitude des États-Unis est plus surprenante: en novembre 1919, Congrès refuse de ratifier traités. On voit là conséquences de l'évolution politique américaine: hostiles au wilsonisme et préconisant retour à pratiques traditionnelles en politique intérieure (libéralisme) et extérieure (isolationnisme), Républicains majoritaires au Congrès en 1918 et conquièrent présidence en 1920 avec victoire de Harding contre Wilson. Américains refusent donc de garantir par leur puissance un système qu'ils ont contribué à élaborer. Questions financières en suspens (dettes interalliées, réparations) les obligent toutefois à garder un pied en Europe.
En 1920, nouvel ordre mondial peine à s'installer dans une Europe où guerre reste présente (conflit russo-polonais) après avoir profondément marqué les sociétés.


    2) Des sociétés fragilisées
    a. Le poids démographique

Réalité la plus marquante pour contemporains est nombre de victimes de la guerre, presque toutes européennes: 9 millions de morts (plus de 2 millions d'allemands, 1,8 millions de russes, 1,4 millions de français etc.). Ce sont des hommes jeunes qui ont disparu: en France, environ un tiers des hommes nés en 1894 sont morts 25 ans plus tard. Bilan qui laisse familles entières dans situation dramatique: 3 millions de veuves de guerre dans monde, 6 millions d'orphelins. Sociétés tentent de les prendre en charge: en France, pensions sont servies aux veuves tandis que loi du 27 juillet 1917 institue les pupilles de la nation (un million d'enfants, orphelins de père uniquement, seront aidés par Etat).
Mort de masse a conséquences démographiques à long terme. Déficit des naissances et déficit des mariages pendant et après conflit, faute d'hommes à épouser. En 1928, en France, six veuves sur dix ne se sont pas remariées et n'ont ainsi pas pu procréer. Spectre de la dépopulation (qui pèse sur effectif de la population active et sur dynamisme économique) n'est pas le même d'un pays à l'autre. France attend 1950 pour se remettre du choc de la Grande Guerre, Allemands/Anglais/Italiens récupèrent plus rapidement population de 1914 grâce au maintien d'une natalité élevée, éventuellement stimulée par politique nataliste.


    b. La difficile reconversion de l'économie

Difficultés rencontrées pendant la guerre dans domaine financier et monétaire se poursuivent. Monnaies européennes se déprécient fortement face au dollar américain. Livre sterling chute dans l'immédiat après-guerre, mais se rétablit entre 1921 et 1923. Entre juillet 1922 et décembre 1923, chute du mark devient vertigineuse en raison de l'inflation et faible confiance rencontrée par monnaie allemande sur le marché des changes: arrêtée par la mise en circulation du nouveau mark en 1924.
Pays européens peuvent difficilement acheter matières premières et financer infrastructures nécessaires au redémarrage de leur économie. Besoins importants, surtout en Europe continentale où certaines régions sont dévastées comme la Belgique, la France de l'Est et les Balkans. Pays restés en dehors du conflit ont conquis positions commerciales qui gênent pays européens. Économie européenne manque de moyens et de débouchés extérieurs, ce qui provoque crise de reconversion dans l'immédiat après-guerre.


    c. Les déséquilibres sociaux

Groupes sociaux diversement confrontés aux difficultés de la guerre et de l'immédiat après-guerre:
Rentiers et salariés subissent dépréciation des monnaies, paysans d'Europe (après avoir été absents de leur exploitation pendant la guerre) ne peuvent moderniser production pour la rendre compétitive face aux pays neufs. Dans industrie, secteurs traditionnels comme le textile ou la mine, ou faiblement concentrés, souffrent de la désorganisation de la période de guerre et d'un archaïsme technique. Difficultés expliquent importance d'un chômage ouvrier au début des années 20 en Grande-Bretagne ou en Allemagne
Mais guerre a renforcé seconde phase d'industrialisation, en cours depuis années 1880. Stimulés par commandes militaires, industrie lourde (sidérurgie, métallurgie) et secteurs de pointe (chimie, automobile, aéronautique) se sont concentrés autour de grands groupes industriels. Grand capitalisme, garant du dynamisme américain, permet relance de économie allemande. Seule bourgeoisie industrielle profite du contexte économique de l'après-guerre.
Population tout entière confrontée à l'inflation, qui rend plus difficiles conditions de vie. Difficultés engendrent malaise social: agitation endémique dans campagnes du nord de l'Italie, grèves nombreuses aux États-Unis (4 millions en 1919), violentes en France (mai 1920) et au Royaume-Uni (grève dans les mines en avril 1921). Crise nourrit ressentiment d'une partie de la population à l'encontre d'un personnel politique jugé incapable d'assurer un retour à la normale. Fragilité du modèle démographique dans années 1920 et 1930 est en Europe un des symptômes du déséquilibre social provoqué par la guerre. S'explique également par remise en cause du modèle culturel occidental.


    3) Des sociétés « brutalisées » ?
    a. Une violence endémique

Violence caractérise climat social de l'après-guerre, investit également champ politique sur fond de montée des extrêmes:
Révolutions sont tentées et réprimées dans le sang: en Allemagne, spartakistes se soulèvent en janvier 1919, gouvernement social-démocrate d'Ebert y met fin au terme d'une « semaine sanglante » qui rappelle la Commune. En Hongrie, Révolution de Bela Kun en mars-août 1919 connaît même issue
Tentatives de coups d’États scandent premières années de la République de Weimar (du putsch de Kapp en mars 1920 au putsch de la brasserie à Munich en novembre 1923), marquées également par recrudescence du meurtre politique: deux symboles du traité de Versailles, Erzberger et Rathenau assassinés en 1921 et 1922
Espagne et Italie: pouvoirs publics impuissants à contrôler flambée insurrectionnelle en milieu rural, qui suscite en réaction montée des milices privés et des groupes fascistes menant des « expéditions punitives »
Plus largement, forces politiques qui revendiquent idéologie et méthodes violentes se développent: anarchisme en Espagne, communisme en France, en Italie et en Allemagne, fascisme en Italie, « révolution conservatrice » en Allemagne
Banalisée par 4 années de conflit, violence de guerre semble ainsi déborder de son cadre habituel. Génocide arménien en constitue exemple le plus tragique: entre avril 1915 et fin de l'année 1918, près d'un million et demi d'Arméniens massacrés par Turcs tandis que 300 000 autres s'exilent en Europe occidentale et aux États-Unis.


    b. La place des anciens combattants

Anciens combattants, conscients de place qu'ils ont joué dans société de guerre et sacrifice qu'ils ont accompli, ne se satisfont pas du culte rendu aux morts. Souvent incapables de retrouver vie normale, mutilés et blessés (près de 3 millions en France) veulent faire valoir leurs droits. Dans la plupart des états se constitue un lobby puissant, qui défend revendications matérielles et droit de regard sur conduite du pays en temps de paix. En France, anciens combattants se regroupent dans 3 grandes fédérations: l'Union nationale des combattants dont rôle politique s'affirme surtout dans années 1930, l'Union fédérale des combattants, l'Association républicaine des anciens combattants (d'obédience communiste). En Allemagne et Italie, associations coexistent avec structures paramilitaires (arditi italiens, Corps francs allemands) qui regroupent d'anciens soldats et sont utilisés pour maintenir ordre.
Discours des anciens combattants oscillent entre deux pôles:
Pacifisme viscéral qui peut conduire au rejet des démocraties et de l'esprit de Genève, jugés incapables d'assurer paix
Idéalisation nostalgique de certains valeurs militaires comme la discipline, l'ordre, l'autorité et le chef. Forces de droite et d'extrême droite captent l'héritage ancien combattant. En France, chambre « bleu horizon », élue en novembre 1919, majoritairement orientée à droite. En Italie, fascisme se présente comme mouvement des anciens combattants.


    c. De nouvelles aspirations politiques

Choc de la guerre provoque désir de renouveau de la vie politique. Modèle démocratique semble triompher, mais en fait combattu par deux aspirations qui émergent alors:
Aspiration à l'Union nationale s'oppose à logique d'alternance propre à démocratie. Explique maintien formation du « Bloc national » en France qui entend prolonger l'Union sacrée, tout en excluant socialistes et une partie des radicaux
Personnalisation du pouvoir s'accompagne de méfiance à l'encontre de la représentation parlementaire. Popularité des chefs de gouvernement ne réside toutefois pas au retour des habitudes parlementaires: en janvier 1920, Clemenceau battu à la présidence de la République, en 1922, Lloyd George doit démissionner.


Par sa durée, son ampleur et sa violence, guerre a changé mode de gouvernement, structures économiques, vie quotidienne et culture des populations. Mutations ne s'effacent pas avec la paix, en raison des conséquences durables du conflit sur la démographie et la société de chacun des belligérants. Affectent surtout pays européens, qui sortent à la fois affaiblis et « brutalisés » (George Mosse). Première Guerre mondiale sonne le glas d'un certain modèle européen, en même temps qu'elle annonce domination de la puissance américaine et l'essor de nouveaux systèmes politiques et culturels.




Il y a énormément de choses mais j'ai fait ça avant qu'il donne les axes à revoir donc au pire vous sélectionnez...


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MessagePosté le: Jeu 3 Mai - 22:11 (2012)    Sujet du message: Publicité

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