LS1 Index du Forum

LS1
Bienvenue dans un nouveau monde, un monde d'hypokhâgneux et de littérature, bienvenue en LS1 ...

 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S’enregistrerS’enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

L'Imagerie Coloniale

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    LS1 Index du Forum -> Exposés -> Contemporaine
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
tinaig


Hors ligne

Inscrit le: 28 Oct 2011
Messages: 5
Localisation: Ouessant

MessagePosté le: Lun 23 Avr - 17:58 (2012)    Sujet du message: L'Imagerie Coloniale Répondre en citant

L’IMAGERIE COLONIALE (1914-1945) 
 
 
I-Développement du mythe colonial
1. Les empires coloniaux (de 1914 à 1945) (T)
2. Débuts de la colonisation et montée en puissance de l'imaginaire colonial (T)
3. Moyens de diffusion de plus en plus nombreux (photo, cinéma, pub,...) (E)

II-Des représentations basées sur des préjugés
1. Expositions coloniales : vecteurs d'images stéréotypées des colonies (E)
2. L'homme indigène : de l'être soumis et inférieur au puissant soldat (T)
3. La représentation de la femme indigène
(E)

III-Imagerie coloniale : entre ouverture d'esprit et prise de conscience
1. Incitation au voyage (carte postale, stéréographie, timbres)
(T)
2. Inspiration artistique ("art nègre" pour les cubistes...) (E)
3. Dénonciation du colonialisme au travers de l'imagerie (Senghor, Parti Communiste...) (T)


Conclu : persistance de l'image de l'indigène dans notre société? (T)
 
 
 
 
Introduction : «Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. J’entends la tempête.» Aimé Césaire. La colonisation a donc suscité des passions en bouleversant les cadres géographiques mais aussi  la pensée et l’art européens. Ainsi naît l’imagerie coloniale basée sur les préjugés de l’époque et les alimentant toujours plus. De 1914 à 1945 comment l’imagerie coloniale se diffuse-t-elle et entre dans les habitudes des européens et plus particulièrement des français à tel point qu’on en ressent toujours l’héritage aujourd’hui ? Quelles images et quels préjugés véhiculent les nombreux moyens de diffusion sur l’homme et la femme colonisés et leur rapport à l’homme blanc ? On verra dans un premier temps les prémices du développement d’un mythe colonial, puis on s’intéressera aux représentations de l’imagerie coloniale basées sur des préjugés, et enfin nous verrons que cette dernière loin d’être purement négative a pu favoriser parfois une ouverture d’esprit et une prise de conscience.
 

         I-Développement du mythe colonial
 

1. Les empires coloniaux (de 1914 à 1945) : 
L’Angleterre et la France dominent le monde avec des empires plusieurs fois plus grands qu’eux et s’étendant sur près de tous les continents.  Les autres pays européens ne possèdent que quelques comptoirs ou quelques colonies principalement en Afrique ou en Asie. Mais nous allons maintenant nous intéresser de plus près au cas de la France et rappeler dans un premier temps les différentes étapes de la formation de son Empire colonial.  

1635 : Fondation Compagnie des Iles d’Amérique : la Martinique et la Guadeloupe sont prise par le capitaine français P. Belain d’Estambuc.
1642 : Installation à Madagascar ("l’île Dauphine") mais sont chassés par les autochtones dès 1674.
1659 : Fondation de Saint-Louis au Sénégal : les français s’y étaient installés dès 1638. C’est le premier comptoir européen en Afrique Orientale. La ville devient la capitale de d’AOF jusqu’en 1904.
1674 : Fondation du comptoir de Pondichéry, perdu face aux anglais puis restitué en 1763.
14 juin 1830 : Les troupes françaises débarquent en Algérie, appartenant alors à l’Empire Ottoman.
23 décembre 1847 : L’émir rebelle Abd-El-Kader, chef de l’opposition, ayant mené une guerre sainte contre les colons français, se rend finalement : l’occupation du pays est totale.
24 septembre 1853 : La Nouvelle-Calédonie est officiellement française et devient dès 1864 un pénitencier pour les Algériens et les Communards.
17 février 1859 : Invasion de Saigon par l’amiral Rigault de Grenouilly qui se poursuit par la découverte de l’Annam et du Tonkin.
5 juin 1862 : Traité de Saigon : la Cochinchine est cédée au français par l’empereur d’Annam.
11 août 1863 : Protectorat français au Cambodge afin d’échapper à l’emprise du Siam et de l’Annam.
12 mai 1881 : Protectorat en Tunisie, déjà sous tutelle Française, Anglaise et Italienne depuis la crise financière de 1867.
16 juin 1895 : Naissance de l’AOF constitué du Sénégal, Soudan, Guinée, Côte-d’Ivoire, Dahomey [Bénin], Haute-Volta [Burkina Fasso], Mauritanie et Niger.
20 mai 1896 : Djibouti devient une colonie française, malgré une implantation française depuis 1862.
16 septembre 1896 : Annexion de Madagascar.
10 juillet 1898 : Crise de Fachoda.
7 avril 1906 : Conférence d’Algésias permet aux français d’acquérir une partie du territoire marocain.
15 janvier 1910 : Fondation de l’AEF constituée du Gabon, Moyen-Congo, Tchad (dont la capitale est la célèbre Brazzaville) et Oubangui-Chari [République Centrafricaine].
30 mars 1912 : Protectorat du Maroc (traité de Fès).
15 avril 1920 : Administration du Liban et de la Syrie sous mandat de la SDN
 

2. Débuts de la colonisation et montée en puissance de l’imagerie coloniale (XIXe) : 
Justification scientifique : La première classification des êtres humains a lieu dès le XVIIIe siècle. En 1758, le naturaliste C. Von Linné distingue 4 races hiérarchisées : les Européens, les Américains, les Asiatiques et les Africains. Buffon, quelques années plus tard considère que le blanc est la couleur originelle de l’homme, que les autres races ne sont que le produit d’une dégénération. Les scientifiques s’appuient sur une multitude de critères soi-disant objectifs et notamment sur des nouvelles disciplines (anatomie comparée, ethnologie et anthropologie physiques, craniométrie, céphalométrie, anthropométrie, phrénologie…). Les critères autrefois utilisés par les scientifiques pour comparer l’homme et l’animal vont désormais être appliqués aux groupes humains afin de les hiérarchiser. Au début du XIXe siècle, les transformistes établissent un schéma mettant en forme la prétendue évolution du singe à l’homme et dans lequel les races "inférieures" se voient attribuer le rôle de chainon intermédiaire. Durant le XIXe siècle, les études censées établir une proximité physique entre les sauvages et les primates se multiplient (mesure de l’angle facial [« [i]qui n’est pas supérieur à 70° chez les Noirs[/i] »], de la taille du cerveau, de la forme du crâne, des mâchoires et des os du squelette). Un préjugé circule prétextant que « les races au crâne comprimé et déprimé sont condamnées à une éternelle infériorité ». Ces classifications réalisées vont servir de justificatif pour les colonisateurs européens pour annexer les terres de ces "races inférieures". L’expérience de leur rencontre avec les populations se fait manière très partiale : les autochtones sont perçus comme des sauvages incultes et inférieurs en tous points de vue aux colons. Un racisme colonial basé sur des arguments pseudo-scientifiques se met en place et les politiques eux-mêmes vont avoir recours à l’autorité scientifique pour légitimer leurs décisions. Ces études devaient également permettre aux dirigeants des pays colonisateurs de savoir avec quelles populations ils pouvaient s’associer, lesquelles ils pouvaient civiliser (opposition Arabe/Kabyle).
Freak Shows : Ainsi, dès le début du XIXe, on fait arriver des colonies des hommes et des femmes afin de les exhiber comme des sauvages, des barbares aux yeux des européens. On les affublait de costumes très simples (parfois seulement un collier d’ossements) et on les plaçait sur une scène, entourés de chaînes censées protéger les spectateurs de leur cruauté bestiale. Ces spectacles devaient renforcer les préjugés et les stéréotypes déjà bien implantés dans l’imaginaire occidental et de rassurer les européens dans leur "normalité". Les promoteurs n’avaient qu’une tâche : prouver au reste de la population que ces êtres étaient dépravés, sans pudeur, sans morale.
Vénus Hottentote : L’histoire de cette femme traduit parfaitement l’avidité des européens pour ces êtres sauvages. Saartjie Baartman, surnommée la "Vénus Hottentote", nait en 1789 en Afrique du Sud où elle devient l’esclave d’un afrikaner. En 1810, elle est amenée à Londres où elle est vendue comme "bête de foire" et devient rapidement un véritable phénomène, de par sa morphologie (stéatopygie [hypertrophie des fesses et des hanches] et macronymphie [organes génitaux protubérants]). Elle est exposée ensuite en Hollande puis à Paris en 1814 où elle devient un véritable objet sexuel (prostitution, soirées privées,…). Elle finit par sombrer dans l’alcoolisme. En 1815, un professeur de zoologie au Muséum d’Histoire Naturelle demande à pouvoir examiner les « caractéristiques distinctives de cette race curieuse » : peu de temps plus tard, un rapport confirme que son visage est comparable à celui d’un orang-outang et ces fesses à celles d’un mandrill. Elle est tenue comme preuve d’infériorité des races et à sa mort, elle est disséquée (organes sexuels, cerveau conservés) et on fait un moule de se corps. « La Vénus hottentote conquit donc sa renommée en tant qu'objet sexuel, et la combinaison de sa bestialité supposée et de la fascination lascive qu'elle exerçait sur les hommes retenait toute leur attention ; ils avaient du plaisir à regarder Saartjie mais ils pouvaient également se rassurer avec suffisance : ils étaient supérieurs. » Stephen Jay Gould - Le Sourire du flamant rose
Zoos humains : C’est réellement durant les années 1870 que les français vont découvrir les peuples de leurs colonies au travers de zoos humains. Les "indigènes" étaient entassés dans des enclos, en présence d’animaux exotiques (autruches, singes, girafes,…). Ils étaient exposés totalement ou à demi-nus afin de les rapprocher un maximum des animaux qui les entouraient. On assiste alors à une négation totale de l’Autre, séparé des civilisés par des barrières afin de marquer une distance (réelle ou symbolique) entre ces deux mondes. Les matins, les indigènes servaient de sujet d’étude aux scientifiques qui voyaient en eux une opportunité pour valider leurs thèses évolutionnistes ; l’après-midi, ils étaient donc exposés dans leurs parcs aux français avides de "sauvagerie" ; le soir, certains étaient contraints de se donner en spectacle dans des music-halls (ex : Zoulous aux Folies-Bergère, Dahoméens au Casino) où, à travers leurs danses, ils exposaient leur barbarie. C’est à travers une telle exhibition des corps, jugés comme étranges et monstrueux, que les européens vont plus facilement ancrer les préjugés racistes.
Villages indigènes : Peu à peu, ce sont de véritables villages indigènes qui se créent dans l’enceinte d’expositions coloniales. À l'image des zoos humains, les villages nègres reconstituent le même univers carcéral dans lequel sont exposés les colonisés. «Les villages nègres (ou noirs) sont le prolongement aseptisé des zoos humains de la période précédente, et à la vision violemment humiliante des zoos se substitue une objectivation moins brutale du colonisé, une sorte d'instrumentalisation de son image pour répondre à une nouvelle attente des visiteurs. Il reste inférieur, certes, mais il est domestiqué (tel un indigène sur le chemin de la rédemption coloniale), et on découvre chez lui des potentialités d'évolution qui justifie la geste impériale ». Ces villages étaient ouvert à tout public, sept jours sur sept, du matin jusqu’à 22h et les indigènes ne pouvaient en aucun cas en sortir. Des barrières les séparaient toujours du public, mais leur hauteur diminuait, ces indigènes n’étant plus considérés comme des purs sauvages mais comme des êtres en voie de civilisation. Les villages ne correspondent en aucun cas une reproduction fidèle des villages indigènes, car formés à partir de l’imaginaire des colons. Ces enclos pouvaient contenir entre 50 et 200 hommes. Ainsi, des familles entières étaient amenées d’Afrique, souvent avec des femmes enceintes, dont les enfants pourraient être vendus comme attraction supplémentaire, permettant aux impresarios de faire augmenter les prix d’entrée. 
Conclusion : Ces villages disparaitront progressivement à la fin des années trente, par un manque d’intérêt croissant, le cinéma étant parvenu à s’imposer dans le domaine du spectacle.
« En somme, ces bons Achantis [Ghana] sont déplaisants à voir, non parce qu’ils ont des têtes d’animaux, mais parce qu’ayant ces têtes, ils ont cependant l’air d’être des hommes » [Jules Lemaître-[i]Les Achantis au Jardin d’Acclimatation[/i]]
 
 
3. De plus en plus de moyens de diffusion :  
Publicité, affiches : Début XXème, normal pour l'époque. L'esclavage a été aboli en France en 1794 mais cela fut mis en place seulement en 1848 et outre-Atlantique seulement en 1868. De quoi laisser des clichés et des habitudes bien tenaces dans les mœurs. Cliché de la domination de l'homme blanc sur le noir serviteur.Surement la plus célèbre des publicités de l'époque, le slogan « y'a bon », moquerie du piètre français des hommes noirs, est supprimé seulement en 1977 ! Beaucoup, dans les années 1970 se sont dressés contre cette marque qui diffusait un stéréotype de l'homme noir au sourire niais et enfantin, incapable de s'exprimer correctement en français et inspirant la caricature de l'homme noir.
Les habitudes et les statuts évoluent très lentement et l'homme noir reste serveur et soumis à l'homme blanc, on le voit très clairement dans la publicité. La publicité joue aussi sur les critères physiques de l'homme noir, en cela elle se rapproche de la caricature. La publicité se fait donc par des affiches et s'inspire de certaines caricatures. La publicité joue même sur le préjugé du cannibalisme.
Caricatures : homme noir souvent représenté avec de grosses lèvres, un nez imposant, un sourire niais et enfantin.
Bande dessinée : la plus célèbre est sans aucun doute Tintin au Congo de Hergé, l'image de l'homme noir qui y est véhiculée peut nous paraître choquante mais est malheureusement tout à fait normale pour l'époque. Le noir est au service de l'homme blanc, ici Coco et les noirs au service de Tintin. Mais Hergé représente également l'homme noir soumis à l'homme blanc. Enfin il représente les difficultés de langages des noirs et la mission civilisatrice des blancs.
Manuels scolaires : on forme les enfants à l’idéal colonial de supériorité de l’homme blanc. Indications pédagogiques : louer la colonisation. 1913 : « Nous tenons à insister dès maintenant sur la nécessité de faire, dans l'enseignement géographique élémentaire, une large place à l'étude de notre empire colonial. »
Music-hall : Joséphine Baker
Cinéma : il ne cesse de se développer. En 1895 Auguste et Louis Lumière tournent leur premier film et la première projection a lieu le 28 décembre. Depuis le nouvel art se développe et devient un moyen de diffusion précieux pour la propagande colonialiste mais aussi pour l’incitation au voyage.
Littérature : Jules Ferry, surnommé « Tonkinois » débat du juillet 1885. Maupassant (Marocca) -  Ernest Renan, Réforme intellectuelle et morale de la France publié en 1871 : conquêtes outre-mer comme une nécessité de premier ordre : « La conquête d'un pays de race inférieure par une race supérieure n'a rien de choquant... Autant les conquêtes entre races égales  doivent être blâmées, autant la régénération  des races inférieures par les races supérieures  est dans l'ordre providentiel de l'humanité. ». Louis Barrès s'enthousiasme pour la conquête de l'Algérie.
Discours : plateforme privilégiée de propagande. 4 prises de parole à l'ouverture de l'exposition coloniale de 1931, dont celle du prince Scalea, un des délégués étranger qui remercie la France et les Blancs en ces mots : « l'odyssée homérique de la race blanche qui, ayant atteint désormais chaque coin du monde, a transformé et transforme continuellement des continents barbares en régions civilisées. »
Presse : racisme et misogynie ordinaires pour l'époque. Texte publié par le Petit Comtois à l'occasion de l'Exposition de 1889: « bamboulas », « des femmes qui exciteraient l'hilarité des guenons. ». Journal satirique « Le Grelot »
Photographie : dans les années 1890, la photographie tend à remplacer l'image gravée ; son utilisation massive dans les années 1930 en fera un réel outil de propagande visant à la formation d'un imaginaire colonial, permettant de diffuser les actions « civilisatrices » des missionnaires et fonctionnaires. Ces photographies seront utilisées dans des revues et les brochures publiées par le gouvernement afin d'offrir une image positive de la colonisation.
 

II-Des représentations basées sur des préjugés
1. L'exposition coloniale de 1931 : 
Précédents expositions : Les expositions coloniales furent organisées de XIXe siècle jusqu'au années 1940-1950 dans les pays européens. Elles avaient pour but de montrer aux habitants de la Métropole les différentes facettes des colonies. Les expositions coloniales donnaient lieu à des reconstitutions spectaculaires des environnements naturels et des monuments d'Afrique, d'Asie ou d'Océanie. La France montre ses colonies dans les expositions universelles de Paris, puis progressivement dans des manifestations spécifiques (première exposition coloniale à Marseille en 1906 au cours de laquelle est créé un Comité National des Expositions Coloniales, en France, dans les colonies et à l'étranger afin d'organiser régulièrement des exposition de ce genre).L'exposition coloniale de 1931 : Le projet est confirmé le 22 juillet 1927. Elle est inaugurée par le ministre français des Colonies Paul Reynaud, le président de la République Gaston Doumergue et du commissaire général de l'exposition, le maréchal Hubert Lyantey, en mai 1931. Elle se tient à Vincennes de mai à novembre 1931 et attire 32 millions de visiteurs. Elle est conçue comme une encyclopédie du monde colonial et accueille, dans sa section internationale, les autres puissances coloniales (Belgique, Pays-Bas, Portugal, Italie). Elle a une dimention à la fois pédagogique et exotique. Les monuments symbolisent les différentes civilisations de l'empire. La sous-section du Tonkin (région de l'Indochine) présente la reconstitution d'une ville indigène autour de sa grande place : un Dinh (ou maison commune), des échoppes d'artisanat, une porte d'honneur, une pagode.
C'est le pitoresque colonial : chaque civilisation est caractérisée par quelques traits signifiants (monuments, produits ou spectacles). L'exposition est aussi une réponse, une justification face aux critiques de la colonisation et devient un moyen de légitimer l'empire aux yeux de l'opinion publique (mise en avant de la mission civilisatrice et catholique). Elle est un événement important du point de vue du savoir sur l'homme : la revue scientifique de l'époque, l'Antropologie : matériaux pour l'étude de l'homme consacre quinze pages au bilan scientifiques de l'Exposition.

 
 
2. L’homme indigène : de l’être insoumis et inférieur au puissant soldat  
Début de la colonisation : Durant tout le XIXe siècle, les peuples colonisés étaient perçus comme des peuples inférieurs, hiérarchisés par les européens (Asiatiques, Maghrébins, Africains). Comme nous l’avons vu précédemment, ils étaient considérés comme des sauvages, des primitifs, sans morale, sans éducation, plus proche de la Nature que de la Culture et ainsi exposés comme de vulgaires animaux aux yeux du public. L’image du cannibale est très ancrée dans l’imaginaire français : Kanaks et Africains étaient systématiquement représentés comme des peuples anthropophages, visibles à leurs dents aiguisées sur les affiches ou dans les films.
Fin de la Première Guerre Mondiale : L’image des indigènes évolue considérablement au cours des années suivant la guerre. En effet, les colonisés furent près de 600 000 à rejoindre les rangs de l’armée française et par la même occasion ils purent découvrir et être eux-mêmes découverts par la population française. Les contacts avec la population civile vont permettre l’abandon de certains stéréotypes véhiculés par les autorités. Les soldats indigènes cessent d’être des sauvages pour devenir des braves soldats, aussi dévoués à leur "mère Partie" que les soldats de la métropole. Concernant les soldats africains, leur loyalisme et leur vaillance au combat font très vite faire disparaître les images négatives de leur peuple. Désormais, l’image  du tirailleur sénégalais apparait partout (publicité, affiches,…) où il est représenté comme un soldat un peu naïf, et enfantin au grand sourire à ses grosses lèvres rouges. Leur façon de parler est copiée dans les publicités (« Y’a bon »). On les représente souvent portés sur l’alcool (le vin et l’eau-de-vie étant distribués aux soldats pour leur redonner courage). Le cannibale deviendra ainsi le soldat fidèle, tirailleur sénégalais, dont une des images les plus représentatives est celle de la publicité Banania. L’emprise de la France sur l’Afrique avait fonctionné, cette représentation nous apprenait que l’Empire avait dompté ses indigènes. Pour ce qui est de l’image des Maghrébins, ceux-ci sont à la fois admirés pour leur courage sur les champs de combat (ils composaient 50% de l’effectif des troupes coloniales) mais redoutés, perçus comme un danger potentiel pour la cohésion de l’armée française et de la nation. L’image prédominante nous reste celle du cavalier arabe, fougueux et fidèle à ses idéaux. La figure du maghrébin n’évolue pas en profondeur, les français gardant toujours en mémoire le stéréotype de l’"Arabe" datant de la colonisation de l’Algérie en 1830, fourbe, traitre et comploteur, plus dangereux que le Noir car plus intelligent. Quant aux Indochinois, ils sont assez absents des représentations militaires, car étant réputés pour être de mauvais soldats, ils furent peu nombreux à être envoyés sur le front et s’occupèrent de la production d’armes dans les usines françaises.
Stéréotypes perdurant : Les Noirs restent malgré tout considérés comme le peuple le plus primitif des colonies. Dans l’iconographie, on a tendant à accentuer les altérités de leurs traits, insistant sur le caractère monstrueux et difforme de leur bouche, de leur nez épaté, de leurs dents. Les Noirs doivent être sympathiques, ridicules et gentils à l’image de grands enfants, toujours soumis aux colons. La métaphore du blanchissement de l’africain est récurrente dans la publicité et doit illustrer l’utilité de la mission civilisatrice de l’Europe, qui leur a permis "enfin" de connaître l’hygiène. Les français les imaginent également peureux et superstitieux. L’image du Noir "évolué" n’apparaît que très tard dans les représentations coloniale, mais va une nouvelle fois enjoliver les bienfaits de la mission civilisatrice du colonisateur. Les Maghrébins, appelés vulgairement "arabes" par les européens, sont présentés comme belliqueux, excellents cavaliers et sabreurs hors-pair. L’image du Touareg drapé monté sur un magnifique étalon est prédominante dans l’imaginaire européen. Mais paradoxalement, le peuple maghrébin est très souvent perçu comme fourbe, cruel, lâche et pillard en toutes circonstances (on le représente souvent le sabre entre les dents), parfois même rattaché à l’image des juifs au long nez, radins et portés à la rapine. Ils sont paresseux et mauvais travailleurs. Cette haine envers le peuple arabe remonte probablement aux croisades, et ainsi leur religion se fait elle-même caricaturer, présentée comme étrange et susceptible de favoriser une rébellion de ces "êtres fanatisés". Les colons redoutent ces "bandits", ces "salopards". Ils sont généralement représentés en hommes du désert, drapés et montés sur des dromadaires ou encore comme des guerriers féodaux sur des chevaux fougueux. L’image de l’Indochinois est une pure invention coloniale, l’Indochine étant constituée de nombreux peuples totalement différents. Les indochinois sont le plus souvent représentés dans leurs rizières, en train de fumer de l’opium ou à la tête d’un pousse-pousse, dociles, industrieux et travailleurs. Les européens perçoivent finalement l’Asiatique comme fourbe et cruel.
Conclusion : « L’évolution de l’imagerie coloniale correspond à l’évolution de l’imaginaire du public occidental qui, à son tour, correspond à la situation stratégique de la colonisation. » [Olivier Razac - [i]l’Ecran et le Zoo, spectacles et domestication, des expositions coloniales à Loft Story[/i]].   
 

3. La représentation de la femme indigène :  
Femme indigène : esclave domestique et sexuel. Femme perçue comme stupide et primitive, qui a besoin de l’aide des européens pour se civiliser. Rareté des femmes européennes dans les colonies : les femmes indigènes malgré leurs caractère bestial deviennent des objets sexuels à la merci des européens. Tout cela se ressent particulièrement dans l’imagerie coloniale et dans les représentations de ces femmes. Joséphine Baker danse dans les music-hall, c’est la célèbre danse des bananes encore présente dans nos esprits a tous. Danse plutôt bestial et sans pudeur qui amuse les européens, goût d’exotisme. Les femmes voilées inspirent une vaste iconographie suscitant des fantasmes. Gravure  de mauresque tirée du livre Un an a Alger.Les femmes d'Afrique du nord apparaissent de plus en plus dénudées au fils du temps : L'Art d'aimer aux colonies publié en 1927 : récit à caractère pornographique. Femme utilisée comme objet : Voilà du 2 juin 1934, une femme dans une position sensuelle pour illustrer un reportage sur le manque d'eau au Maghreb.
Chanson : « moi tout faire pour te plaire » de Simone Simon. Refrain : « Moi tout faire pour te plaire... Toujours la cuisine, la vaisselle... L'amour »
La petite Tonkinoise a notamment été interprétée par Joséphine Baker :
C'est moi qui suis sa petite
Son Anana, son Anana, son Anammite
Je suis vive, je suis charmante
Comme un p'tit z'oiseau qui chante
Il m'appelle sa p'tite bourgeoise
Sa Tonkiki, sa Tonkiki, ma Tonkinoise
D'autres lui font les doux yeux
Mais c'est moi qu'il aime le mieux
L'soir on cause d'un tas d'choses
Avant de se mettre au pieu
 

J'apprends la géographie
D'la Chine et d'la Mandchourie
Les frontières, les rivières
Le Fleuve Jaune et le Fleuve Bleu
Y a même l'Amour c'est curieux
Qu'arrose l'Empire du Milieu
C'est moi qui suis sa petite, son
Anana, son Anana, son Anammite
Je suis vive, je suis charmante
Comme un p'tit oiseau qui chante
Il m'appelle sa p'tite bourgeoise
Sa Tonkiki, sa Tonkiki, sa Tonkinoise
D'autres lui font les doux yeux
Mais c'est moi qu'il aime le mieux.
 

III-Imagerie coloniale : entre ouverture d'esprit et prise de conscience
 

1. Invitation au voyage :  
Bien que mettant souvent en avant la figure stéréotypée de l’indigène, l’imagerie coloniale va également inciter au voyage. Cet aspect est très souvent oublié, car avec le recul que nous avons maintenant sur cette période de colonisation, nous avons tendance à nous focaliser sur les images négatives et racistes que l’imaginaire colonial a véhiculées.
Tourisme colonial : Durant l’entre-deux-guerres, l’imagerie coloniale va délaisser les représentations violentes et meurtrières de la colonisation pour se focaliser sur le rêve, le voyage. L’exotisme attire les européens, alors en quête de repos, de grands espaces, de contrées sauvages, fuyant un monde où la modernisation détruit peu à peu les derniers espaces naturels. On retrouve des images récurrentes allant même jusqu’à former des stéréotypes : le Maghreb est soit symbolisé par le désert qui fait rêver par son absence de limites, soit par des villes de type mauresque telle Alger "la Blanche" où les marchands se pressent dans des rues étroites et sur le port dans des souks, l’Indochine par la jungle dense et mystérieuse, terrain de jeu idéal pour les amateurs de chasse aux tigres ou de promenade à dos d’éléphants ou encore par la féérique baie d’Along et ses pirogues flottantes dans ce paysage irréel et bien entendu les majestueux temples d’Angkor du Cambodge, l’Afrique Noire par son désert, ses oasis et bien-entendu, sa faune particulière propice à des safaris. Les compagnies de tourisme commandent de plus en plus d’affiches, toujours plus attrayantes vantant les bénéfices de tels voyages. L’Afrique Centrale reste cependant assez absente des affiches, étant trop éloignée et encore peu sure, seuls les grands amateurs de chasse et de pêche osaient s’y aventurer. On met en avant les paysages atypiques et les plus éloignés du quotidien des européens afin de souligner le dépaysement que peuvent offrir ces contrées lointaines et d’attirer les gens de la métropole vers d’autres pays.
Troupes coloniales : Durant les années 1930, les troupes coloniales manquent d’effectifs, les français étant peu attirés par ces pays, trop éloignés de leurs familles et n’offrant pas de primes avantageuses. Les dirigeants des troupes décident de mener une vaste campagne publicitaire afin de vanter les bienfaits de la vie dans les colonies. De superbes affiches sont placardées dans toute la métropole mettant en avant le caractère exotique d’un tel voyage : la vie y est présentée comme facile, l’image de la femme est omniprésente (les femmes des colonies étant considérées comme des femmes faciles, expertes dans les choses de l’amour). Les militaires sont représentés assis dans des poussepousses, sur le dos de chameaux, toujours conduits par des indigènes. Le militaire est érigé en touriste souverain, en héros. Des slogans nous apprennent que s’inscrire dans les troupes coloniales permet de « voyager gratuitement et d’étudier sur place, à loisir et sans frais ».
Voyager sans se déplacer : Mais seulement, peu de personne pouvait se permettre un voyage aux confins du monde. Ceux-ci étaient très onéreux et demandaient à ce que l’on s’absente plusieurs semaines, voire plusieurs mois de chez soi (il fallait compter entre 1 et 2 mois pour partir en AOF). Les classes les moins aisées trouvèrent donc d’autres moyens de voyager : les cartes postales, les affiches, les films, les chansons et les expositions coloniales vont permettre de s’évader dans des contrées lointaines en restant près de chez soi et en dépensant peu. Avec tous les nouveaux moyens de diffusion de l’information, les colonies vont bientôt s’ancrer dans le quotidien des français : des films tournés dans les colonies ne tardent pas à paraître en métropole, les images des Croisières Noires et Jaunes ne tardent pas à se frayer une place dans les cinémas, les chansons et la littérature encensent cette partie lointaine, reprenant les mêmes stéréotypes concernant les paysages et le peuples colonisés.
Enfin, les expositions coloniales se vantent de pouvoir permettre aux français de métropole de réaliser un « tour du monde en un jour », des rues, des quartiers et même des villages indigènes sont créés : on peut circuler dans un souk, visiter des casbahs maghrébins, observer des cabanes en bambou où des femmes aux seins nus battent du mil à proximité de statues vaudous, ou encore visiter une reproduction d’Angkor Vat.
  
2. Découverte d'un art nouveau qui inspire et terrifie : 
Exposition coloniale : elle est en elle-même une oeuvre d'art puisqu'elle est une mise en scène et une mise en forme : il y a une dimension esthétique flagrante dans une manifestation qui mobilise architecture, arts décoratifs, spectacles, fêtes, danses et musiques. Double lecture possible pour les objets exposés lors de l'exposition coloniale de 1931 par exemple : valorisation artistique et fascination horrifiée pour des rites sauvages, une magie étrange et hostile (fétichisme) symbolisés par une forme artistique nouvelle.Eugène Delacroix : il fait partie du premier contingent d'artistes qui explore l'Orient. En 1832, deux ans après l'occupation française du nord de l'Algérie, il se rend en voyage au Maroc avec le comte de Mornay. Le but principal de la mission est politique : convaincre le sultan Abd al-Rahman de ne pas prendre part aux insurrections qui ont lieu chez son voisin algérien. L'impact artistique de ce voyage est toutefois au moins aussi important. Le voyage marocain fournit à Delacroix des sujets qui façonneront le reste de son oeuvre. La mort de Sardanapale : « Les révoltés l'assiégèrent dans son palais [...]. Couché sur un lit superbe, au sommet d'un immense bûcher, Sardanapale donne l'ordre à ses eunuques et aux officiers du palais d'égorger ses femmes, ses pages, jusqu'à ses chevaux et ses chiens favoris ; aucun des objets qui avaient servi à ses plaisirs ne devait lui survivre. »
Gauguin et les colonies françaises : L'oeuvre de Gauguin est intimement liée au contexte du colonialisme. Le développement de l'empire colonial offre en effet aux artistes de nouvelles opportunités tant pour renouveler leurs motifs que pour obtenir de nouvelles commandes. Il hésite entre le Tonkin, Madagascar et Tahiti mais en définitive L'endroit importe peu pourvu qu'il s'éloigne de la civilisation, de la modernité et part en quête de territoires authentiques, de populations « sauvages ». Il est accusé de pousser les indigènes à la rébellion. À son arrivée en Polynésie, Gauguin est déçu de ne pas trouver la civilisation originelle dont il rêvait. La culture tahitienne, principalement immatérielle, s'exprimait surtout à travers des chants et danses désormais interdits. Il ne trouve que très peu d'objets, la plupart ayant été rapportés dans les musées européens ou détruits mais son intérêt pour la culture matérielle dépasse la simple curiosité iconographique ou stylistique. Cet intérêt correspond à son besoin de retrouver les sources de cette civilisation, de la faire « revivre » en recréant des images qu'il diffuserait à tous. Gauguin commence par étudier les mœurs anciennes des polynésiens, leur complexe panthéon dont les nombreuses divinités tutélaires et les esprits le fascinent. L'image qu'il a laissée des populations locales, surtout celle des femmes polynésiennes qu'il représentait le plus souvent nues, à la fois indolentes, sensuelles et soumises, suscite aujourd'hui une polémique. Cette vision primitive et folklorique ne répond ni à l'attente exotique de ses contemporains qui jugent ses toiles étranges, ni à la réalité du contexte politique et social. La seule allusion à la colonisation pourrait se voir dans les robes missions portées par certains de ses modèles.
Le douanier Rousseau : il s’inspire de paysages coloniaux pour réaliser sa célèbre thématique de peinture : Les jungles (où l’on retrouve La Charmeuse de Serpent  ou encore Le Rêve)
Matisse : Il est fasciné par Gauguin dont il suit les traces à Tahiti. Il entreprend d’autres voyages qui seront autant de sources d'inspiration notamment en Algérie et au Maroc.
Picasso : précurseur du mouvement cubiste, il étudie de près les arts africains dits ‘primitifs’ et s’en inspire pour créer ce mouvement.
 
 
 
 
3. Dénonciation du colonialisme au travers de l’imagerie  
L’Assiette au Beurre : L’Assiette au Beurre est une revue anarchiste et satirique parue entre 1901 et 1914, elle présentait une série de dessins caricaturaux concernant divers sujets sensibles. Le journal va en partie critiquer l’entreprise coloniale française au moyen de virulentes caricatures reprenant les stéréotypes populaires concernant les colonies pour mieux les détruire. Les personnages de colonisés grâce aux caricatures peuvent exprimer leurs sentiments, leurs émotions : ils possèdent enfin une certaine épaisseur psychologique absente de toutes les images colonialistes. La caricature permet ici de discréditer le discours politique colonialiste en se servant de ses arguments. Les africains sont représentés toujours avec de larges bouches rouges, primitifs par leur nudité ou semi-nudité, soumis aux colons français civilisés et propres sur eux, les Maghrébins drapés au nez sémite... Mais ces images se renversent car les indigènes sont pour la première fois placés comme des victimes : ils portent le poids de la colonisation et du racisme sur leurs épaules. L’attitude des français est pointée du doigt (on peut voir par exemple sur une des caricatures un soldat français transpercer de son arbalète deux petits africains devant son supérieur) et leurs actions dans les colonies sont violement critiquées. Les "élites cultivées" devant apporter la civilisation aux "peuples inférieurs" sont en fait représentés comme des profiteurs qui se servent des indigènes comme main-d’œuvre. Le journal met en avant l’apparition d’un esclavage moderne et devient le premier hebdomadaire à remettre en cause les bienfaits de la colonisation et son principe même.« Les horreurs ne s’arrêtent pas une seule minute. Pour ne parler que des colonies françaises, quelle clameur, si les victimes pouvaient crier! Quels rugissements, venus d’Algérie et de Tunisie, favorisées, à cette heure, de la carcasse du Président de notre aimable République! Quels sanglots de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie, de la Cochinchine et du Tonkin! » [Léon Bloy-Jésus - [i]Christ aux colonies[/i], in L'Assiette au Beurre, 9 mai 1903]
Parti Communiste Français : Au niveau politique, les voix s’élevant contre la colonisation se font rares et très dispersées. Seul le Parti Communiste ose affirmer et contester l’entreprise française à l’étranger. C’est à la suite du Congrès de Tours de 1920, que la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC) se crée. Outre la défense de la classe ouvrière, l’enjeu colonial devient un sujet de lutte pour le PC et lui seul n’aura de cesse de réclamer l’indépendance des colonies. Pour les communistes, la colonisation n’est qu’une idée capitaliste qui leur permettrait de s’enrichir sur le dos des indigènes. Pour y parvenir, les capitalistes s’aident de l’Armée et de l’Eglise, « le Sabre et le Goupillon ». Tous les deux, par la parole ou la violence, contribue à la soumission des autochtones et permettent le pillage des richesses. Le texte est significatif du message que souhaite faire passer le Parti Communiste. La colonisation est mise à l'index en raison des abus commis dans les territoires conquis et de l'asservissement des population locales. Mais elle est également critiquée car cette force de travail indigène assure l'enrichissement du capitaliste. La stratégie communiste depuis 1928 est basée sur la lutte "classe contre classe". L'ordre bougreois profitant de la colonisation et devenant plus puissant, il du devoir des communistes de détruire cette source de revenus. Les indigènes sont assimilés aux ouvriers français afin de favoriser la naissancce d'une conscience prolétarienne internationale. Avec l'aide des surréalistes (L. Aragon, A. Breton, P. Eluard,...), ils parviennent à mettre en place une contre-exposition coloniale en septembre 1931 : "La Vérité sur les Colonies". Les artistes rédigent un tract afin de dissuader un maximum de personnes à assister à la visite de cette Exposition Internationale.
« Les curiosités de l'Exposition frisent la barbarie, telles que l'exhibition de cannibales en cages (sic), de négresses à plateaux et de pousse-pousse […] comme un troupeau d'étranges bêtes, une bande de singes pour parc zoologique. » [Tract du Parti Communiste contre l'Exposition Coloniale de 1931]
« Rien n’est d’ailleurs épargné pour la publicité : un souverain indigène en personne viendra battre la grosse caisse à la porte de ces palais en carton-pâte. La foire est internationale, et voilà comment le fait colonial, fait européen comme disait le discours d’ouverture, devient fait acquis. » [Tract des Surréalistes - [i]Ne visitez pas l'Exposition Coloniale[/i]]
Ecrivains indigènes anticolonialistes : Mais qui mieux que les colonisés peuvent parler des indigènes et faire le blâme de l’action de la France dans les colonies ? Les plus grands écrivains indigènes lèvent leur plume contre les crimes du colonialisme, parvenant à la fois à prouver que les peuples inférieurs avaient leur propre culture et étaient capables de manier à la perfection la langue et l’écriture française. Ils reprennent à leur compte les préjugés et stéréotypes des blancs pour les détruire et les retourner eux-mêmes contre les colonisateurs : comme le dit Césaire, plus les colons considèrent les indigènes comme des bêtes, plus ils le deviennent eux-mêmes. Deux figures de la contestation s’illustrent : Léopold Sédar-Senghor, né au Sénégal en 1906, poète, écrivain et homme politique (premier président de la République du Sénégal en 1960), il est bercé par sa culture familiale et la culture française (il fait ses études à Paris) qui se retrouvent mêlées dans son œuvre, il est le premier africain à être reçu à l’Académie Française et nommé Prince des Poètes, il meurt en 2001 à 95 ans ; Aimé Césaire, né en Martinique, poète et homme politique, comme Senghor, un de ses très grands amis, il est balancé entre deux cultures, il fonde la revue L’Etudiant Noir, puis retourne en Martinique où il est pendant 50 ans durant le maire communiste de Fort-De-France. Les deux écrivains vont fonder le courant littéraire de la négritude, fondé sur l’anticolonialisme et le souhait d’indépendance des colonies. L’indigène peut définitivement cesser d’être considéré comme un être inférieur car montre qu’il peut se mesurer aux plus grands écrivains de métropole.
« Mais je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France. » [Léopold Sédar-Senghor - [i]Poème liminaire[/i]]
« Qu’est l’Afrique pour un français moyen ? C’est pour les uns, une forêt impénétrable et inhumaine où des bêtes féroces et des serpents venimeux terrorisent les pauvres indigènes, qui vivent dans une peur qui est devenue congénitale. C’est pour les autres un pays facile dont les habitants vivent dans l’indolence. Quoi d’étonnant ? Des bananes et d’autres fruits merveilleux leur tombent dans la bouche, tout mûrs, tout pelés. Pour l’intellectuel, c’est un pays aux mœurs barbares, un pays d’ignorance où les sens vivent trop intensément pour qu’y vive l’esprit. […] Le "Bon Nègre" est mort, les paternalistes doivent en faire le deuil. Trois siècles de traite, un siècle d’occupation n’ont pu nous avilir, tous les catéchismes enseignés n’ont pu nous faire croire notre infériorité. » [Léopold Sédar-Senghor - [i]Défense de l’Afrique Noire[/i]]
 « Le colonisateur, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. » [Aimé Césaire - [i]Discours sur le colonialisme[/i]]
 

 

Persistance de l’image de l’indigène dans notre société ? 
Peut-on encore parler d’une persistance de l’image de l’indigène dans notre société ? Aujourd’hui, la figure de l’indigène a été remplacée par celle de l’immigré. Mais pour les européens, ces images sont semblables et se basent sur les mêmes préjugés. Les images qui ressortent le plus souvent des anciennes colonies, principalement celles d’Afrique, sont des images négatives de guerres, de famines, de corruption, de sociétés barbares. L’immigré devient dans l’imaginaire et l’imagerie contemporaine un sans-papier, illégitime dans ce pays comme le furent auparavant ses grands-parents au temps des colonies. Les publicités ont certes tendance à valoriser le corps noir (sport, cinéma,…), mais parfois, il en est réduit aux stéréotypes ancestraux du noir à la grande bouche, parfois même anthropophage en tentant de jouer sur l’humour ou les clins d’œil. L’image du tirailleur sénégalais réapparait dans les publicités Banania et celle du cannibale dans des publicités pour la viande.


_________________
L'herbe est verte, le ciel est bleu, Spectre c'est chouette.


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Lun 23 Avr - 17:58 (2012)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
tinaig


Hors ligne

Inscrit le: 28 Oct 2011
Messages: 5
Localisation: Ouessant

MessagePosté le: Lun 23 Avr - 18:00 (2012)    Sujet du message: L'Imagerie Coloniale Répondre en citant

Voilà notre exposé, si vous avez des questions n'hésitez pas !!! =)
_________________
L'herbe est verte, le ciel est bleu, Spectre c'est chouette.


Revenir en haut
tinaig


Hors ligne

Inscrit le: 28 Oct 2011
Messages: 5
Localisation: Ouessant

MessagePosté le: Lun 23 Avr - 19:34 (2012)    Sujet du message: Images pour l'exposé Répondre en citant

I. 1. Empire colonial français



I. 2. Montée en puissance de l'imaginaire colonial (XIXe à 1914)

Comparaison entre le crâne idéal (modèle grec antique) avec celui d'un 'noir' et d'un singe : élaboration d'une hiérarchie basée sur des mesures pseudo-scientifiques et des préjugés.


Freak shows : un africain attaché, effrayant avec tous ses peaux de bêtes et son attitude de 'sauvage'


Saatjie Baartman ou la Vénus Hottentote par la prohiminence de ses organes sexuels et de ses fesses ainsi que par la "forme de son crâne"


L'horreur des zoos humains : la séparation des peuples par l'homme européen

I. 3. Moyens de diffusion


La publicité


La presse


La Bande dessinée


Les manuels scolaires


Le music-hall


Le cinéma

II. 1. Exposition coloniale de 1931


Affiche officielle de l'exposition


Inauguration : représentation des temples d'Angkor Vat (Cambodge)

II. 2. Image de l'homme


Stéréotype de l'homme africain : grosses lèvres, sourire "niais", nez gros et applati, "disproportion" des traits du visage


Stéréotype du maghrébin ("arabe" pour les européens) : homme drappé, mystérieux sur son dromadaire ou son étalon sauvage, barbare par son aspect guerrier


Stéréotype de l'indochinois : toujours représenté avec son chapeau de paille, souvent tirant un pousse-pousse (sérvilité)

II. 3. Image de la femme


Stéréotype de la femme maghrébine : toujours voilée car doit être soumise aux hommes


Stéréotype de la femme indochinoise

III. 1. Invitation au voyage


Maghreb : toujours représenté comme par le Sahara, vaste étendue de sable, sans limite où s'aventurent des touaregs


Indochine : temples d'Angkor, fiereté coloniale de la France qui l'utilise systématiquement pour représenté le Cambodge

III. 2. Art qui effrait et fascine


Art "nègre" : art primitif qui inspira de très grands peintres tels que Picasso et le cubisme


E. Delacroix : Le Kaid


P. Gaugin : Deux Tahitiennes

III. 3. Dénonciation du colonialisme au travers de l'imagerie


L'assiette au beurre


Parti Communiste Français
_________________
L'herbe est verte, le ciel est bleu, Spectre c'est chouette.


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 01:40 (2017)    Sujet du message: L'Imagerie Coloniale

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    LS1 Index du Forum -> Exposés -> Contemporaine Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com