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Les Choéphores, Les Euménides - Eschyle

 
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Camille BLEUNVEN


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MessagePosté le: Sam 12 Nov - 20:02 (2011)    Sujet du message: Les Choéphores, Les Euménides - Eschyle Répondre en citant

ESCHYLE.
Les Choéphores . Les Euménides




  1. Le contexte historique de la trilogie : l’essor d’Athène




L’Orestie, c'est-à-dire la trilogie qui comprend Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides a été représentée en 458 avant J.C, à Athènes, dans un théâtre situé sur le flanc de l’Acropole, tout près du lieu où siégeait le tribunal de l’Aréopage. Pour comprendre certains des enjeux de cette trilogie, il est important d’avoir à l’esprit la situation politique d’Athènes. (Le théâtre, dans l’Athènes antique, était partie intégrante de la vie civique, et non simple divertissement.)


La vie d’Eschyle, qui naît en 525 av. JC est contemporaine du changement du régime politique et du statut « international » d’Athènes :
  • Eschyle atteint l’âge d’homme au moment où Clisthène, en 508 av. J.C réforme profondément les cadres et les institutions de la cité à la suite du rétablissement de la démocratie.
  • Vers l’époque où il se lance dans une carrière d’auteur tragique se déclenche la révolte des cités grecques d’Ionie, qui engendrera les guerres médiques, (les grecs contre l’Empire Perse). Eschyle participe à la bataille de Marathon en 490. Entre cette victoire terrestre des grecs et la fin du conflit (480 : victoire navale à Salamine, 479 : victoire navale du cap Mycale), Athènes, grâce à la découverte d’un gisement argentifère est passée du statut de modeste puissance locale, à celui de puissance maritime internationale, dont le prestige est amplifié par ces deux victoires navales sur les Perses. Cette richesse, renforcée par la création en 478 de la ligue de Délos, qui rassemble sous l’hégémonie d’Athènes un certain nombre de cités qui lui payent un tribut pour qu’elle les protège de la menace perse, a des conséquences sur le plan intérieur : reconstruction des temples détruits pas les Perses, rétribution des citoyens les plus pauvres servant en qualité de rameurs sur les vaisseaux, ce qui revient en fait à financer la démocratie.


Dans la décennie qui précède l’Orestie, les derniers remparts qui réservaient la réalité du pouvoir aux grandes familles commencent à être battus en brèche sous l’influence de dirigeants comme Ephialte et Périclès. Il y a donc dans les années qui précèdent l’Orestie une évolution politique importante d’élargissement du régime démocratique, ce qui entraine bien entendu des débats qui opposent les démocrates radicaux, et les démocrates modérés.



  • Cette opposition se manifeste sur le plan extérieur par la rupture avec la cité de Spartes (alliée des athéniens pendant les guerres médiques) et le rapprochement avec Argos. Spartes, qui avait appelé ses alliés, dont Athènes, à l’aide pour réprimer une révolte d’une partie de sa population, renvoie le contingent athénien sans autre forme de procès, de peur des troubles qu’une armée de citoyens libres aurait pu amener dans la cité. Athènes rompt alors avec Spartes, sous l’influence des démocrates radicaux, rompant ainsi avec la ligne diplomatique qui consistait à privilégier les liens avec Spartes et à poursuivre la guerre contre l’empire perse, et s’allie avec les Argiens (habitants d’Argos), ennemis héréditaires des Spartiates.
  • Sur le plan intérieur, cette pression des ddémocrates radicaux s’exprime dans le débat sur le tribunal de l’Aréopage. En 462-61, les démocrates radicaux font adopter par l’Assemblée une sévère restriction des pouvoirs du conseil de l’Aréopage. Ce conseil, très ancien, accueillait des archontes sortis de charge, c'est-à-dire des citoyens issus de grandes familles, et en tant que gardien des lois, il remplissait des fonctions judiciaires et veillait à la bonne administration des affaires publiques : toute tentative de subversion des institutions, relevait de la juridiction de l’Aréopage, ce qui, entre les mains de conservateurs plutôt favorables à l’aristocratie constituait une véritable arme politique. Son prestige avait été renforcé par son héroïsme au moment des batailles de Salamine et du cap Mycale, et lui avait permis de jouir d’une influence importante, malgré les progrès du pouvoir populaire, à tel point qu’Aristote estimait qu’il « dirigeait l’Etat ». La réforme de l’Aréopage menée par Ephialte en réduisit le pouvoir au jugement des crimes de sang, ce qui, ajouté aux autres réformes marque, dans les années qui précède l’Orestie, une nette radicalisation du régime dans le sens de la démocratie.


Quelques années après, en 458 av. JC, Eschyle fait représenter l’Orestie, qui s’achève par le récit de la création de l’Aréopage. En donnant à voir, à la fin des Euménides, la fondation, sur l’initiative de la déesse Athéna, de l’institution dont la réforme avait provoqué des troubles assez graves (Ephialte trouva la mort dans des conditions jamais élucidées peu après l’adoption de sa réforme ; un peu plus tard, il y eut une tentative de factions conservatrices pour renverser la démocratie), Eschyle traite donc dans les pièces au programme d’une question qui est d’une brûlante actualité politique pour les spectateurs de l’époque, la tension qui règne dans la cité pouvant mener à la guerre civile ; il convient d’avoir à l’esprit cette actualité, même s’il est vain de chercher à déterminer la position exacte de l’auteur sur la réforme de l’Aréopage (cf. ci-dessous le résumé de la trilogie). Reste qu’ à deux reprises dans les Euménides, on voit revenir la formule « Ni anarchie, ni despotisme » dont il est difficile de nier la portée politique. C’est donc dans une perspective politique qu’on peut envisager la question de la justice dans les textes au programme : la tragédie est le lieu d’une interrogation sur ce que doit être la cité. Et cette réflexion emprunte la voie de la mythologie.


  1. Les deux dernières pièces d’une trilogie



Eschyle trouve en effet la matière de L’Orestie, comme souvent dans les tragédies grecques, dans un cycle mythique connu des spectateurs, celui des Atrides. (Les descendants d’Atrée)


a. Le mythe des Atrides (par Pierre Judet de la Combe)

Le nom les "Atrides" nomme les deux fils d’Atrée, Agamemnon et Ménélas, les rois grecs qui, nous dit le mythe, ont pris la ville de Troie, en Asie mineure, avec l’aide d’une armée venue de toute la Grèce. Ce nom, "Atrides", a une résonance à la fois prestigieuse et lugubre. Il note la famille royale la plus noble, qui régnait sur Mycènes : Homère (Iliade II, vers 100 et suivants) nous raconte qu’elle détenait un sceptre forgé par le dieu Héphaïstos ; Zeus, le dieu souverain, remit ce sceptre, par l’intermédiaire d’Hermès, au roi Pélops, "qui dompte les chevaux". Celui-ci le transmit à son fils Atrée, "berger des peuples".


Le festin de Thyeste


À partir de là, l’histoire devient plus confuse et varie selon les poètes. Atrée avait un frère, Thyeste, qui lui contestait son pouvoir et séduisit sa femme, Aéropé ; Atrée le chassa, puis fit semblant de se réconcilier avec lui en l’invitant à un banquet, où il lui offrit, en fait, la chair de ses enfants (douze, selon Eschyle), dont il avait haché les membres. Quand Thyeste identifia ce qu’il mangeait, il maudit toute la famille. Cette malédiction est à l’origine des malheurs qui s’imposèrent à la lignée sur plusieurs générations, et qui ont fourni leur matière à de nombreuses tragédies (Eschyle, Orestie, Sophocle, Électre, Euripide, Électre, Iphigénie en Tauride, Hélène, Oreste, Iphigénie à Aulis).



Les mariages d’Agamemnon et de Ménélas : Clytemnestre et Hélène.


Après Atrée, régna Agamemnon (avec, peut-être des étapes intermédiaires, cela varie d’un poète à l’autre : règne de Thyeste, ou règne d’un dénommé Plisthène, roi travesti et boiteux ?). Agamemnon (dont le nom veut dire "à la très grande puissance") et son frère Ménélas ("puissance sur le peuple") épousèrent deux sœurs, ou plutôt deux demi-sœurs, deux filles de Léda : Clytemnestre ("la célèbre courtisée") et Hélène de Sparte ("celle qui prend"), la première était fille d’un mortel, Tyndare, l’autre fille de Zeus (qui avait séduit Léda sous la forme d’un cygne). Ces mariages sont des preuves de la qualité héroïques des deux Atrides ; leurs femmes avaient été courtisées par toute la Grèce. La cour faite par les princes grecs à Hélène est l’objet de nombreux récits : contre toute attente, elle choisit Ménélas, qui ne passait pas pour le plus valeureux des guerriers. Mais comme le montre la protection qu’il reçut des dieux par la suite, il incarnait une puissance aussi vitale que la force guerrière, celle du droit, de la force des engagements : les princes avaient juré que, quel que soit le choix d’Hélène, ils prendraient les armes pour défendre l’élu, si son mariage était mis en question.


Le jugement de Pâris et la fuite d’Hélène


Les amours adultères d’Hélène sont ainsi à l’origine de toute l’histoire de la guerre de Troie, histoire qui, par ses massacres immenses, signale la fin d’un âge de l’humanité, celui des héros (nous vivons sous un autre âge, celui, malheureux, du fer). Alors que les dieux célébraient les noces extraordinaires d’une déesse, Thétis, et d’un mortel, Pélée (les futurs parents d’Achille), une querelle s’éleva entre trois déesses, Héra, l’épouse de Zeus, Aphrodite, la déesse de l’amour, et Athéna, la fille de Zeus, issue casquée et armée, hors naissance normale, de la tête de son père : les trois déesses se disputaient sur leur beauté. Pour les départager, il fut décidé que le plus beau des mortels désignerait la plus belle. C’est l’épisode du jugement de Pâris. Les déesses se rendirent en Troade (le pays de Troie), dans les forêts du mont Ida, où Pâris, fils du roi Priam, gardait ses troupeaux : comme sa naissance avait été accompagnée d’un mauvais présage, le roi Priam avait décidé de l’écarter de la ville. Pâris désigna Aphrodite comme la plus belle (ce qui était attendu : les deux autres déesses avaient pris le risque de rivaliser sur son propre terrain avec celle qui représentait la grâce et l’amour). Aphrodite lui donna Hélène, la plus belle des femmes, comme récompense. Pâris, pour prendre possession de son prix, se rendit chez Ménélas, séduisit Hélène et s’embarqua vers Troie avec elle et de nombreux trésors qu’il avait volés.


Le sacrifice d’Iphigénie, fille d’Agamemnon, à Aulis


Cela déclencha le conflit mondial entre les Grecs et les Troyens, que racontent l’Iliade et plusieurs poèmes épiques malheureusement perdus (les poèmes de "Cycle épique"). La guerre commença par un acte monstrueux : les Grecs, qui avaient juré fidélité à Ménélas, s’étaient rangés sous le commandement de son frère guerrier, Agamemnon. Ils avaient rassemblé leur flotte sur la côte d’Aulis. Mais ils ne purent s’embarquer, les vents étant contraires, ou, selon une autre version, absents. En effet, la déesse qui protégeait le lieu, Artémis, la vierge chasseresse, était en colère contre Agamemnon. Là encore les poètes divergent pour expliquer cette colère. Selon la version la plus courante, Agamemnon s’était rendu coupable envers elle : il était entré dans un bois interdit qui était consacré à la déesse, ou s’était vanté d’être meilleur chasseur qu’elle. Eschyle, le poète tragique, propose dans son Orestie, une version plus intellectuelle : Artémis, en protectrice de la vie, des petits animaux, s’indignait par avance du massacre qui aura lieu à Troie. Elle exigea que le roi lui offre, en compensation de sa faute ou des vies qu’il allait prendre, ce qu’il avait de plus cher, à savoir la vie de sa fille Iphigénie, encore vierge. Il se résigna à la sacrifier. Selon certains, comme Eschyle, elle mourut sur l’autel ; selon d’autres (Euripide), Artémis la sauva en lui substituant au dernier moment une biche, qui fut tuée à sa place. Iphigénie fut enlevée par la déesse vers l’un de ses sanctuaires lointains, en Tauride.


La guerre de Troie et l’impiété des Grecs


Le conflit dura dix ans, et s’acheva par la prise de Troie, grâce à une ruse d’Ulysse, avec l’entrée dans la ville d’un cheval de bois contenant les guerriers grecs. La ville tomba de nuit, le massacre fut général, les Grecs ne respectèrent pas les temples des dieux ; ils y furent pilleurs, massacreurs et violeurs. Athéna, bafouée par Pâris, avait avec Héra juré la perte de Troie. Mais, devant l’impiété des Grecs, elle se retourna contre eux, et fit du retour en Grèce un désastre où ils périrent presque tous. Elle sauva Ulysse, qui erra pendant dix ans. Ménélas et Hélène passèrent par l’Arabie, l’Égypte, avant de rentrer en Grèce.


Le retour d’Agamemnon et sa mort

Agamemnon put revenir sauf après la tempête qui dispersa la flotte grecque, mais fut tué par sa femme Clytemnestre, qui tua par la même occasion Cassandre, la prophétesse qui était fille de Priam : les Grecs l’avaient donnée à Agamemnon comme esclave concubine pour l’honorer après la victoire. Les raisons de cet acte de Clytemnestre sont discutées par les poètes : les mythes offraient, en effet, matière à des débats contradictoires et argumentés. Ou bien Clytemnestre devint criminelle en tuant son mari parce qu’elle avait été séduite par Égisthe, le dernier enfant de Thyeste, le treizième, qui avait survécu au massacre de ses frères (c’est l’explication donnée par Homère - qui ne mentionne pas le sacrifice d’Iphigénie - et par Pindare), ou bien elle vengeait sa fille tuée à Aulis (selon l’interprétation d’Eschyle - mais, sur ce point les interprètes modernes d’Eschyle ne sont pas tous d’accord ; Euripide laisse la question ouverte).


Le matricide : la mise à mort de Clytemnestre par son fils Oreste


Agamemnon et Clytemnestre avaient eu quatre enfants : trois filles (Iphigénie, Chrysothèmis, Électre) et un fils (Oreste). Les deux sœurs survivantes, Chrysothémis (qui, chez les Tragiques, n’apparaît que dans l’Électre de Sophocle) et Électre, eurent à subir la dictature d’Égisthe et de Clytemnestre. Oreste était en exil, chez le roi Strophios, en Phocide (près de Delphes), où il se lia à Pylade. Sur ordre du dieu Apollon, dont il était allé consulter l’oracle à Delphes, il rentra chez lui pour venger son père, et tua Égisthe et sa mère. Immédiatement après son acte, il fut persécuté par les déesses de la vengeance, les Érinyes, qui réclamaient justice au nom de la mère tuée. Oreste se réfugia d’abord à Delphes, chez le dieu qui l’avait contraint à devenir matricide. Celui-ci l’envoya chez la déesse Athéna, à Athènes, où un tribunal, l’Aréopage, jugea son acte. Il fut disculpé, et put rentrer chez lui, pour y régner.

b. L’Orestie



Agamemnon : la première pièce de la trilogie (qui n’est pas au programme mais dont la lecture est conseillée) raconte le retour d’Agamemnon à Argos : elle s’ouvre sur l’attente de son retour annoncé : dans le prologue le guetteur aperçoit le signal lumineux qui annonce la victoire des grecs à Troie. Le Chœur des vieillards arrive sur scène et rappelle les conditions du départ à Troie, en particulier le sacrifice d’Iphigénie. Il est clair que pour le Chœur, les menaces proférées par Iphigénie font planer sur le roi et tout son peuple une terrible menace. A cela s’ajoute la crainte que les vainqueurs aient commis, lors du sac de Troie, des actes sacrilèges. Le châtiment divin est d’autant plus redouté qu’il est inexorable. Cette première pièce montre ensuite le meurtre d’Agamemnon par Clytemnestre son épouse, crime qu’elle justifie en se définissant comme l’instrument de la vengeance divine. La mort d’Agamemnon constitue donc l’accomplissement du châtiment divin pour les crimes qu’il a accomplis avant et pendant la guerre de Troie, mais aussi pour les crimes d’Atrée, l’ancêtre d’Agamemnon. (cf. ci-dessus le festin de Thyeste) ; elle vient accomplir la justice et clore une série de crimes. Cependant, Clytemnestre avoue aussi s’être vengée de l’infidélité d’un époux qui lui était devenu odieux. Ce faisant, elle relance le cycle de la vengeance, puisqu’elle n’a pas agi seulement au nom de la vengeance divine.

Les choéphores : La deuxième tragédie s’ouvre sur le retour d’Oreste. Il revient secrètement à Argos, après 7 ans d’absence, retrouve Electre, accompagnée des Choéphores (les « porteuses d’offrandes » en grec : le chœur qui donne son titre à la pièce est constitué des captives du palais d’Argos) qui accompagnent Electre, pour déposer des offrandes et verser des libations sur le tombeau d’Agamemnon, et se fait reconnaître. Il lui apprend qu’Apollon l’envoie pour venger le meurtre de son père et entend de la bouche de sa sœur le rêve prémonitoire qu’a fait Clytemnestre, qui s’est vue en songe donner naissance à un serpent qui lui mordait le sein. Il lui dévoile ensuite le plan grâce auquel il pénètrera dans le palais et tuera Egisthe, puis Clytemnestre : il se fera passer pour un étranger chargé d’annoncer la mort d’Oreste. Ce plan est mis à exécution dans la seconde partie de la pièce. Oreste y apparaît à la fois comme l’agent de la justice divine (les meurtres qu’il accomplit lui ont été ordonnés par Apollon).. Il est également motivé par des raisons personnelles : Clytemnestre l’a privé des biens de la maison paternelle en installant Egisthe à leur tête. De plus, ses actes visent aussi à libérer le peuple d’Argos d’un dirigeant indigne d’eux (Egisthe n’a pas participé à la guerre de Troie, alors qu’Agamemnon était le chef de l’armée grecque). Mais cela le conduit à un crime affreux, le matricide, qui ouvre à nouveau le cycle de la vengeance



Les Euménides : Dans la troisième tragédie, Oreste, qui a vengé son père en tuant sa mère, est poursuivie par les déesses de la vengeance, les Erinyes. Une fois purifié de son crime par Apollon à Delphes (dans la Grèce antique, tout crime de sang engendre une souillure religieuse, dont il faut se purifier par des rituels précis), il ne trouvera le repos qu’après avoir été jugé par un tribunal institué par Athéna à Athènes, le tribunal de l’Aréopage. Le quatrième épisode de la pièce représente le procès d’Oreste : Apollon défend Oreste, alors que les Erinyes réclament le châtiment réservé au criminel qui a versé son propre sang. Oreste est finalement acquitté et les Erinyes deviennent les Euménides (ce qui signifie « les bienveillantes » en grec.)


c. La portée générale de l’Orestie : l’avènement de la justice

A travers le traitement de ce matériau mythique, c’est aussi une réflexion générale et actuelle sur la justice que mène Eschyle comme l’explique brillamment le texte ci- dessous par un certain François Mitterrand :



"Voilà les fêtes qui font vos délices."


Ce cri d'Apollon aux Erinyes a traversé les siècles. Car la fête où "l'on abat des têtes, où l'on arrache des yeux, où l'on ouvre des gorges, où l'on mutile, où on lapide et on gronde la longue plainte des hommes", la fête a continué. Sans doute, Athéna a-t-elle - et pour toujours - remis au tribunal des hommes le soin de juger ; sans doute, a-t-elle soumis à ce tribunal le cas le plus difficile : un fils a tué sa mère. Mais en négociant avec les déesses, filles de la nuit, elle a composé et pour sauver Oreste, elle a installé ses ennemies : "je ne protégerai que qui vous honorera".


Or, celles-ci n'ont pas validé leur promesse d'épandre sur la ville, sur le monde, leurs oracles propices : Que tous les bonheurs qui font une vie prospère jaillissent du sol en foule à la clarté d'un soleil resplendissant. Si la justice arrachée aux antiques terreurs, arrachée aussi au seul examen des plus puissants et des plus forts, fut le premier fondement des premières démocraties, elle connut, en m me temps qu'elles, la revanche des Erinyes. "Au meurtre sous toutes ses formes, de ce jour nous lâchons la bride", avaient-elles répondu à Apollon. Et ce serment-là fut tenu.


C'est pourquoi la lutte a continué sans relâche depuis qu'Eschyle, confiant en l'équité des hommes, préféra leur sentence (avec toutefois le coup de pouce donné par Athéna et qui s'avéra nécessaire pour la sauvegarde d'Oreste puisque les suffrages furent, comme on sait, exactement partagés. Les juges livrés à leur seule conscience auraient bel et bien porté condamnation!).


Athènes elle-même, objet particulier du pacte des Euménides, put .prouver peu après les effets de l'imprudence de Pallas. Et pour le reste de la terre, Oreste, un moment protégé, ne dut-il pas reprendre sa course à. travers les songes, les désespoirs et les anathèmes? Oreste? Je veux dire ces foules souffrantes, ces foules errantes qui, chaque détour de l'Histoire, apparaissent pourchassées sans qu'on sache au gré de quel crime, et qui remplissent la scène du monde en attendant sans trop y croire le bulletin décisif d’Athéna.


Tout est dans l'Orestie. Et l'avènement de la sereine justice qui écoute sans trop écouter les arguments contradictoires. Et la rage des anciens dieux qui, de châtiments en châtiments, s'étaient rendus maîtres des consciences au point de les insérer dans une organisation sociale inflexible. Et l'épouvante des hommes, habitués aux gestes simples et que surprend une décision qu'ils croiront longtemps encore due à la clémence alors qu'elle était d'équité. Ce qu'expriment les Euménides signifie une conception nouvelle des rapports entre les dieux et les hommes et des rapports entre les hommes.


D'ailleurs, ces Juges réunis qui se substituent à la règle inaltérable dictée par un Tribunal supérieur n'en croient pas leurs oreilles, tandis que Pallas Athéna déroule tranquillement son discours révolutionnaire. Ils en sont même scandalisés. Et cependant de cette révolution, ils seront les dépositaires. Non sans peine ni sans tracas. Non sans défaillance ni sans trahison. Apollon distrait, malgré la supplication d'Oreste ("Tu sais être juste, dès lors apprends aussi être vigilant"), les laissera souvent hors de sa protection et de sa garantie.


Mais le nouveau pacte est signé. Il succède à "l'antique partage" que les dieux s'étaient mutuellement consenti. Grâce à lui les hommes ont maintenant leur mot à dire! De ce privilège, que feront-ils? Peut-être n'est-il pas si mauvais que les Erinyes soient restées là, veillant au grain, afin de montrer aux juges comme aux criminels que s'ils ne règlent leurs affaires entre eux, elles s'en chargeront. Au nom de la Justice aussi, évidemment. (Ne s'indignent-elles pas quelque part "des façons de ces jeunes dieux qui veulent régner sur le monde sans souci de la justice?").

Ils sauront désormais et pour l'éternité qu'un jour, Athéna s'en remis à eux. Ils l'oublieront aussi. Jamais assez complètement pour n'en point rêver du fond de leur malheur.


FRANÇOIS MITTERRAND, Cahiers Renaud/Barrault n°11, 1955


      1. La structure d’une tragédie grecque



Toute tragédie grecque repose sur l’alternance de parties chantées et de parties parlées. On distingue une troisième forme de diction théâtrale, le récitatif, morceau psalmodié par le coryphée, sur un rythme de marche bien marqué, car les récitatifs accompagnent la marche du chœur.
Dans la poétique, Aristote décrit ainsi les parties la tragédie, en énumérant d’abord les parties parlées, puis les parties chantées : « Voici les parties distinctes en lesquelles se divise la tragédie : le prologue, l’épisode, l’exodos (sortie) et le chant du chœur, qui se divise à son tour en parodos (chant d’entrée) et stasimon (chant sur place) ; ces parties sont communes à toutes les tragédies. »


Si on décrit la structure de la tragédie au fur et à mesure de son déroulement, on obtient la structure suivante :

• Prologue (parlé) : dans les Choéphores, le prologue est assuré par Oreste, dans les Euménides par la Pythie.

• La parodos (chantée) ou entrée du chœur : dans les choéphores c’est le chœur de captives d’Argos qui entre sur scène, dans les Euménides, c’est le « réveil des Erinyes »

• Suivent ensuite les épisodes parlés (4 épisodes dans les Choéphores, 3 dans les Euménides) entre lesquels se situent les stasima (ou chants du chœurs). Tout en chantant les membres du chœur exécutaient diverses figures de danse. A l’intérieur des épisodes, ou parfois à la place du chant du choeur (c’est le cas entre le 1er et le 2ème épisode des Choéphores) peut se trouver un kommos, c'est-à-dire une lamentation alternée entre un acteur et le chœur,

• La tragédie s’achève par l’exodos qui peut être chantée et/ou parlée (dans les Euménides, l’exodos est échange entre Athéna qui parle et le chœur qui chante ; on parle dans ce cas d’épirrhème) 


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