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La Grèce ancienne

 
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Camille BLEUNVEN


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Inscrit le: 28 Oct 2011
Messages: 29

MessagePosté le: Sam 5 Nov - 17:40 (2011)    Sujet du message: La Grèce ancienne Répondre en citant

La Grèce ancienne


Présentation par Claude Mossé


Présentation

Faut-il donc renoncer à « faire de l'histoire grecque » sous peine de répéter ce que d'autres ont déjà dit ?
Mais tous dans leur diversité, montrent que la Grèce antique est encore susceptible de fournir à l'historien des thèmes de recherche et de réflexion. Mais aujourd'hui ce sont surtout les archéologues, ces explorateurs du passé, qui nous ouvrent des voies naturelles.


La terre et le papier. A la rencontre de l'Anatolie

Entretien avec Louis Robert



Un épigraphiste est un helléniste qui rassemble et étudie des textes gravés sur un support durable (pierre, métal, bois). La plus gde partie des inscriptions grecques conservées a été gravée sur pierre. Les inscriptions étaient bcp plus variées dans l'Antiquité qu'aujourd'hui. Les murs des villes grecques étaient terriblement bavards. Les inscriptions grecques orientales sont surtout des textes royaux, alors que, plus près du bassin méditerranéen, elles émanent le plus souvent de cités ou de simples particuliers.
Pénurie de docs ? Ce sont les inscriptions qui donnent vie et couleur aux squelettes évènementiels que nous offrent souvent les histoires antiques. Mais il ne suffit pas de ressasser ces historiens : Thucydide, Polybe, et leurs commentateurs modernes.
Il y a l'archéologie, la numismatique qui fait parler les monnaies, la papyrologie qui étudie la paperasse, privée et officielle, que la sécheresse du climat de l'Egypte a préservée. L'histoire nait de la collaboration de toutes ces disciplines. Je vois l'historien de l'Antiquité comme un « homme-orchestre » autant qu'il se peut, ouvert sur ses collègues.
Un cité antique, ce n'est pas seulement la ruine de son chef-lieu, de sa « ville » au sens actuel. La cité, unité pol, c'est tout le pays alentour, avec éventuellement d'autres agglomérations, avec ses zones de confins, montagneux et boisés, où les disputes avec le voisin peuvent être âpres.

Circuits éco de l'Antiquité : nous avons rassemblés des textes sur la production, le commerce et l'usage de l'origan, du safran, de la gomme adragante avec laquelle ont fait aujourd'hui les loukoums.
Pour moi, il faut être tjrs plus attentif aux multiples rapports entre l'hô, ses mots, les choses et la nature. La terre et le papier.



LA VERITE DES HOMMES LEGENDAIRES



1. Ulysse et ses marins


Par François Hartog

Depuis tjrs, l'hô grec est un animal nautique. L'absence de ce savoir technique est un indice supplémentaire de leur non-appartenance au monde des hô, cad, dans le voc d'Homère, des « hô mangeurs de pain ». Ulysse apparaît, bien entendu, comme le paradigme même de cette humanité grecque. La mer est une occasion de souffrance pour l'hô, elle est un lieu de naufrage et un espace de mort. Car ce domaine tjrs en mvt appartient d'abord et avant tout à Poséidon, qui, parmi les Olympiens, est le gd dieu de la mer.


« Les chevaux de la mer »


Chevaux de la mer : ainsi nomme-t-on parfois les navires dans l'Odyssée. Mais ces navires ne sont ni exactement ceux de l'âge de bronze, tels que nous les font désormais mieux connaître les fresques de Théra, ni vraiment identiques à ceux qui apparaissent sur une série de vases géométriques (850-700 av. J-C) : ils sont les bateaux du monde d'Ulysse, bateaux épiques, tels que les construit et les fait naviguer un savoir formulaire.

Les limites du monde



Peut-on dresser une carte des mers du monde d'Ulysse ? Assurément non, car il ne s'agit pas d'un seul espace, mais de plrs espaces hétérogènes.



2. L'invasion dorienne a-t-elle eu lieu ?



Par Annie Schnapp-Gourbeillon


Un spectre hante les historiens de la Grèce ancienne : les Doriens. A l'époque classique (Vème et Ivème siècles av. notre ère), les Doriens représentent une fraction importante de la pop grecque, dans le Péloponnèse que domine Sparte, en Crète et dans les colonies italiennes comme Tarente et Locres. Les Doriens sont absents de l'Iliade, ils ne participent pas au siège de Troie. Ces deux éléments – silence de l'épopée homérique considérée comme le doc le plus ancien sur l'hist de la Grèce et apparition brusque lors de la destruction des villes du Péloponnèse – sont essentiels pour comprendre le rôle attribué aux Doriens par certains historiens dans la formation de la Grèce classique.

Sparte, ancêtre de la Prusse



L'hist de l'Antiquité est une invention de la sci allemande du début du XIXème siècle. L'originalité des Doriens est de s'inscrire directement à l'intérieur de ce courant hiérarchique. Si les Aryens représentent la quintessence de la race supérieure, les Doriens en sont le plus beau fleuron.
En France, où on évoque Athènes contre Sparte, on se préoccupe évidement moins des Doriens que de l'aryanisme dans son ensemble.
On peut se demander, à observer ce duel exclusif de la France et de l'Allemagne, ce que serait devenu le pb dorien si d'autres nationalités s'y étaient intéressées à la même époque. Les invasions doriennes font vite partie du stock considérable des idées reçues.
Quelques mots pour situer les Doriens dans l'hist nazie : tout y est clair et univoque ; l'esprit grec est dorien, et donc germanique, puisque issu de la même branche nordique de la race aryenne. Les invasions doriennes ont abouti à sauver la Grèce de la contamination asiatique et la quintessence des vertus grecques s'exprime plus que jms dans le génie militaire du modèle spartiate, y compris dans son schéma des classes d'âges dont les Jeunnesse Hitlérienne apparaissent comme un lointain écho.
On pourrait penser que le pb dorien fut négligé par les historiens que nous tourmentait pas la tentation raciale, et ce fut effectivement le cas dans un pays comme l'Italie qui, même sous la fascisme, échappa largement à cette idéologie.
Il subsiste un cadre d'ordre plus sociologique que pol qui rend une fois de plus les Doriens indispensables à la bonne marche de l'Hist. C'est que, détail regrettable, il y a un « trou » dans l'Hist de la Grèce, quelque part entre la période mycénienne et « renouveau » du VIIIème siècle appelé poétiquement « siècles obscurs ». Or Sparte égale Doriens. Et les Doriens vont s'inscrire dans l'espace vide pour inventer Sparte...
Tjrs responsable de la chute du monde mycénien, les Doriens perdent, petit à petit, leur connotation de la vilenie. On se résigne à les voir envahir et dévaster le pays vers la fin du IIème millénaire dans la plupart des hist générales de la Grèce. Dans l'immédiat après-guerre, la tendance est à la sobriété.

La France à l'heure dorienne



Sur le plan social, l'apport dorien est réduit à un strict minimum (aspects militaires, égalitarisme, pédérastie, notions banales bien que contestables.)
Certains auteurs se limitent volontairement au seul aspect archéologique de la question : prouver – ou ne pas prouver – la présence matérielle des Doriens en Grèce. Les Doriens s'inscrivent forcément dans un e phase de transition entre l'éco communautaire et la cité esclavagiste. Ici, comme chez Müller, les Doriens interviennent comme l'élément moteur d'une rupture et d'un renouveau : l'invasion garde ses valeurs symboliques.
Pour Pierre Lévêque, les Doriens sont des bandes militaires patriarcales. Les Doriens apparaissent de nouveau comme détenteurs d'un facteur déterminent pour l'hist ultérieur de la Grèce : une forme spécifique d'org sociale, ce qui va dans le snes d'une certaine hist marxiste.

Les recherches philologiques actuelles minimisent les particularismes doriens. Quand à l'archéologie, elle souligne la totale inexistence des Doriens comme « élement intrusif » dans la prod matérielle des « siècles obscurs ».
Le site de Sparte, lieu dorien par excellence, n'est occupé avant le IXème siècle av. J-C. Il devient donc impossible de soutenir la thèse d'une invasion suivie d'une installation sur le sol conquis, faute d'envahisseurs concrets. Il faut, en tous cas, renoncer à trouver la trace d'une arrivée massive des Doriens à cette époque.
Alors, quelle que soit l'importance relative de l'apport dorien dans l'édification du classicisme grec, quelles en soient les originalités, le mythe qui est venu s'y greffer, en Allemagne et en France surtout, dépasse le cadre des simples réalités historiques.
Les Doriens ont détenu longtemps le secret de notre acte de naissance, identifié à celui de la Raison ; cmt supporter l'incertitude ? Les études historiques fourmillent en fait d'exemples de ce genre, où la fin justifie les moyens. Et il faut souvent, comme ici, commencer par exorciser les vieux fantômes.



3. La vérité sur Sparte



Par Claude Mossé


Naissance d'un mirage


En fait, le mirage spartiate a été élaboré dès l'Antiquité, et ce sont d'abord les Athéniens qui ont contribué à sa naissance, singulièrement au cours de la guerre du Péloponnèse qui allait, à partir de 431 et pendant plus d'un quart de siècle, les opposer à Sparte. Cette guerre qui a opposé Athènes, sous la conduite de Périclès à Sparte a amené à la dissolution de l'empire athénien en 404.
L'historien Xénophon, disciple de Socrate et admirateur de Sparte était sensible à l'éducation militaire à laquelle, dès leur plus jeune âge, étaient astreints les Spartiates. Il n'en demeure pas moins qu'aux yeux de l'intelligentsia grecque Sparte reste la cité modèle. Elle le restera dans l'imaginaire des Grecs jusqu'à l'époque romaine, jusqu'au moment où Plutarque rédige sa Vie de Lycurgue qui rassemble tous les éléments du mirage spartiate.
Lycurgue, le législateur légendaire inspiré par le dieu de Delphes, est à l'origine de cette eunomia, cette bonne législation qui faisait de Sparte la cité la mieux gouvrenée du monde grec, la plus respectueuse des lois, la seule à n'avoir pas connu la tyrannie, à avoir ignoré les chgts de régime et les troubles révolutionnaires qui affectaient le reste du monde grec.
Cette eunomia tenait d'abord à ce que la constitution spartiate était une constitution « mixte », cad qu'elle était à la fois une royauté, puisqu'il y avait à Sparte deux rois, une oligarchie (ou une aristocratie), représentée par le conseil des anciens ou gérousia, et une démocratie en la personne de s cinq éphores, magistrats élus annuellement par l'assemblée des citoyens. Cette eunomia, d'autre part, était le résultat de l'éducation que recevaient les Spartiates, une éducation organisée et contrôlée par le cité, et dont l'objet était de former des guerriers dont le patriotisme était sas faille et la valeur sans comparaison. Cette eumonia, enfin, résultait d'une org particulière de la scté. C'est le fameux « communisme » spartiate, fondement de cette scté d'Egaux, de Semblables – c'est le sens Homoïoï par lequel les Spartiates se désignaient eux-mêmes -, qui devait tant faire rêver les utopistes de tous les siècles. Il y avait un réglementation très stricte du mariage.
Il existait aussi une réalité que la laconophilie ne pouvait dissimiler : l'existence d'une pop asservie d'hilotes. Non que que l'esclavage en soit ait pu faire des pbs aux hô de l'Antiquité. Mais les Athéniens les plus admirateurs de Sparte déploraient la cruauté dont faisaient preuve les Spartiates à l'encontre des hilotes ; ils y voyaient la raison des fréquents soulèvements de ces derniers, qui, à maintes reprises, avaient mis en péril la sécurité de la cité.
Les travaux plus récents permettent non seulement de suivre les premiers dvpts des établissements humains en Laconie, à l'aube du Ier millénaire, mais plus encore de constater que, loin d'être une cité figée dès le départ de l'archaïsme, Sparte, dès le milieu du VIIIème siècle, est en contact non seulement avec les autres régions du Péloponnèse, mais aussi avec le monde égéen et oriental.
En fait, pour Sparte comme pour les autres cités grecques, il s'agit d'exporter le trop-plein de pop et de trouver des terres nouvelles.


Les mésaventures du peuple

Sparte : quatre bourgs primitifs (Pitana, Mesoa, Kynosoura, Limnai) auquels s'est joint un cinquième, Amyclées.

A l'époque classique, on possédait une liste des rois de Sparte issus des deux familles royales des Agiades et des Eurypontides, les premiers originaires de Pitana et les seconds de Limai. Pour le reste, on peut supposé qu'à Sparte comme à Athènes, le ou plutôt les rois étaient assistés d'un conseil d'anciens, cette gérousia qui à l'époque classique était formée de 28 membres et constituait l'organe essentiel du gouvernement de la cité.
Comme on l'a vu précédemment, Sparte, au début de l'époque archaïque, est une cité comme les autres, disposant d'un vaste territoire, dominée par une aristocratie qui apprécie les beaux objets, qui concourt à Olympie. Durant la première moitié du VIIème siècle, Sparte subit pourtant un grave échec militaire : son armée est vaincue par celle d'Argos à la bataille d'Hysiaï en 669.

Les « Semblables » et les hilotes



A partir du début du Vième siècle, Sparte, qui jusqu'alors ne se distinguait pas des autres cités grecques, devient un camp militaire hostile aux étrangers, fermé aux influences extérieures, indifférent à a vie intellectuelle que retiendra la postérité. La deuxième guerre de Messénie a mis les Spartiates en possession d'un vaste territoire. Les pop messéninnes dont définitivement réduites à la condition d'hilotes.
En assurant à chaque combattant un lot de terre qui représentait sa part de butin, ce partage permettait aux Spartiates de se consacrer entièrement à la défense du territoire puisque les revenus des lots, cultivés par les hilotes messéniens, leur assuraient leur nourriture quotidienne, en particulier la participation aux fameux repas communs.

Les inégalités n'en demeuraient pas moins réelles et elles iront en s'aggravant au cours de l'époque classique, entraînant, à partir du moment où il devint possible de disposer de son lot, une diminution du nb des Spartiates, qui, de 9000 au Vième siècle, serait passé à moins de 1000 à l'époque d'Aristote (fin du IVèle siècle).
Au sommet de l'échelle sociale, les Spartiates. Puis, différentes catégories sur lesquelles nous n'avons pas tjrs les éléments d'information que l'on souhaiterait : les inférieurs, les trembleurs, les mothaques et les néodamodes.

Filiations imaginaires



Le statut des hilotes ne manquait pas de surprendre les Athéniens.


En dépit de la prétendue stabilité de son régime, Sparte n'avait pas été exempte de crises dans son hist. Le fonctionnement des institutions n'était pas aussi parfait que le prétendaient les laconophiles athéniens. Il semble en particulier que les rois de Sparte n'avaient pas tjrs accepté la surveillance des éphores et de la gérousia et que certains avaient tenté de s'en affranchir.
Aristote parle ainsi de corruption et Platon lui-même, pourtant admirateur de Sparte, reconnaissait que l'afflux des richesses y avait introduit le désordre.
De fait, pour Sparte comme pour l'ens des cités grecques, la guerre du Péloponnèse allait être un moment de rupture et de profondes transformations. Pour venir à bout de la puissance athénienne, les Spartiates avaient du faire appel à l'aide du roi des Perses, en avaient reçu des subsides pour recruter des mercenaires et de procurer une flotte.
D'où cette série de « révolutions » qui caractérisent le IIIème et le IIème siècles à Sparte, révolutions qui présentent toutefois cette originalité d'être déclenchées par des rois réformateurs.
A la fin du IIIème siècle, Sparte devait être le théâtre d'une nouvelle révolution, menée cette fois par un tyran (Nabis) qui s'était emparé de la cité en s'appuyant dur des hilotes libérés par ses soins.
C'en était désormais finis de l'histoire de Sparte, qui « libérée » comme les autres cités grecques par les Romains (146 av. J-C), n'allait plus jouer qu'un rôle mineur dans le monde égéen.


Sparte ou Lacédémone ?



Il faut surtout rappeler que les Grecs – à la différence des historiens modernes – ne parlaient jamais de Sparte ou d'Athènes, mais des Spartiates, des Lacédémoniens, des Athéniens. On admet généralement que le terme « Spartiate » désignait seulement la communauté des Semblables, alors que le terme « Lacédémonien » pouvait – mais pas nécessairement – englober aussi les autres catégories de pop libre de Laconie, en particulier les périèques.




4. Le procès de Socrate

Par Claude Mossé



Chaque année, au printemps, les Athéniens envoyaient à Délos une ambassade sacrée : c'était là, selon la tradition, l'accomplissement d'un voeu qu'ils avaient formulé jadis piur remercier Apollon d'avoir sauvé les jeunes gens que Thésée amenait au Minotaure. Pendant le temps que durait cette ambassade, et jusqu'au retour du navire sacré qui la transportait, la cité devait rester pure de toute souillure, ce qui entraînait en particulier l'interdiction de procéder à l'exécution des condamnés à mort. Or, au printemps 399, lorsque le navire revenant de Délos fut aperçu croisant au large du cap Sounion, une vive émotion s'empara de qqs hô parmi les plus en vue d'Athènes : le retour du navire sacré signifiait en effet que l'exécution de Socrate, différée depuis un mois, aurait lieu le lendemain même.
La figure de Socrate demeure pour nous à bien des égards énigmatique. On sait qu'il était pauvre mais Socrate, jeune hô, choisi très vite de vivre en invité de riches jeunes gens qui s'attachaient à ses pas. Cela dit, sa pauvreté ne lui pesait guère, si l'on en croit du moins les propos que lui prêtent Platon et Xénophon. Socrate en effet ne nous est connu que par ce qu'en ont dit ses admirateurs ou ses détracteurs. C'est bien là que gît la difficulté. Car le Socrate de Platon, porte-parole des idées du grand philosophe du IVème siècle, est assez différent du Socrate de Xénophon, brave hô un peu conformiste et moralisateur, que l'on imagine mal séduisant la jeunesse dorée d'Athènes. Les Modernes ont le plus souvent préféré le Socrate de Platon à celui de Xénophon.

Socrate, qui était athénien, se refusait à faire payer ses leçons et discourait donc aussi bien avec les artisans qu'avec les jeunes aristocrates.

Un certain Léon de Salamine



Mais la méfiance qu'inspiraient les sophistes ne s'explique pas seulement par l'influence qu'ils exerçaient sur une partie de la jeunesse. Il faut ainsi tenir compte du moment où ils font leur apparition à Athènes, ces dernières décennies du Vème siècle pendant lesquelles la cité traverse une crise très grave. Cette crise est liée à la guerre du Péloponnèse, qui a commencé en 431 à l'initiative de Périclès, une guerre qui devait durer plus d'un quart de siècle, avec une brêve interruption de qqs années, et s'achever par un désastre naval pour Athènes. Les campagnes de l'Attique ravagées par les raazias lacédémoniennes; la peste qui devais faire périr p-e le quart de la pop, la désastreuse expédition de Sicile, autant de faits qui ébranlaient cette puissance athénienne glorieusement revendiquée par Périclès au début de la guerre.
L'historien Thucydide, à qui nous devons le récit des principaux évènements de cette guerre, a bien insisté sur la crise morale qu'elle provoqua dans tous les esprits. Divers incidents témoignent de l'instabilité et du désarroi qui régnaient alors dans la cité.

Entre-temps, en 411, les adversaires de la démocratie, rassemblés au sein des compagnonnages aristocratiques, avaient profité de l'absence de la flotte et d'une partie de l'armée pour renverser la démocratie et établir une constitution censitaire.
En 404, la flotte athénienne était définitivement battue pas la flotte péloponnésienne. Athènes était contrainte d'accepter la paix imposée par les Spartiates, et, pour la seconde fois en moins de 10 ans, la démocratie était renversée, la cité livrée à un collège de trente magistrats qui allaient pendant qqs mois faire régner la terreur à Athènes, arrêtant, torturant, massacrant devant un démos impuissant tous ceux des chefs démocrates qui n'avaient pu s'enfuir. Parmi ces Trente, celui qui les dominait et se montrait à la fois partisan des mesures les plus extrêmes, Critias, était à la fois un ami personnel de Socrate et l'un des plus brillants représentants du courant sophiste.
Socrate refusa d'obtempérer à l'ordre que lui avait donné les Trente de s'emparer avec quatre autres citoyens de la personne d'un certain Léon de Salamine, qu'ils avaient condamné à mort. Si le gouvernement des Trente n'avait pas été renversé un peu plus tard, Socrate eût sans doute payé cher son refus de s'associer à ce qu'il tenait pour un acte d'arbitraire.


Les « Guêpes » et les trois oboles.


Fonctionnement de la justice athénienne : chaque année, 6000 noms étaient tirés au sort. Ceux que le sort avait désignés formaient le tribunal de l'Héliée, lequel ne siégeait qu'exceptionnellement au complet. Le plus souvent, un nv tirage au sort, extrêmement compliqué, permettait de désigner, parmi les héliastes, les membres du tribunal appelés à siéger pour juger telle ou telle affaire : le plus svt 501 ou 1001. C'est un tribunal de 501 membres qui eut à juger Socrate. Les juges étaient rétribués par un salaire de trois oboles pour chaque jour de séance – salaire institué par Périclès afin de permettre à tous d'être juges, même aux plus pauvres.
La célèbre comédie d'Aristophane, les Guêpes, laisse entendre que, pour bien des pauvres, ces trois oboles n'étaient pas négligeables et que, de ce fait, les procès étaient devenus un aspect essentiel de la vie de la démocratie athénienne. Un autre aspect de la justice athénienne doit aussi être souligné : l'absence de ministère public. Il était nécessaire de rappeler ces faits pour comprendre l'atmosphère dans laquelle se déroula le procès de Socrate.

Le procès de Socrate.

C'est donc en 399, 5 ans après la restauration de la démocratie, qu'un personnage obscur, un certain Mélétos, dont on nous dit qu'il était poète, déposa devant l'archonte-roi, magistrat héritier des fonctions religieuses de l'ancien roi et chargé en particulier d'instruire les actions publiques d'impiété, une plainte contre Socrate, dont les termes étaient, aux dires de Platon, à peu près les suivants : « Socrate est coupable de corrompre les jeunes gens, de ne pas croire aux dieux auxquels croit la cité et de leur substituer des divinités nouvelles. » Deux griefs par csqt, le premier visant l'enseignement de Socrate et l'influence néfaste qu'il avait ainsi sur les jeunes athéniens, le second faisant à Socrate un procès d'intention quant à ses croyances religieuses. Dans les deux Apologie de Platon et de Xénophon rédigées après la mort de Socrate, ces griefs sont évoqués et discutés par ce dernier.
Le premier – l'accusation de corrompre la jeunesse – s'inscrivait dans ce que nous avons dit précédemment de l'enseignement des sophistes.

« Tu ne crois à aucun dieu... »



Le second grief, en revanche, est à première vue plus surprenant. La religion grecque en effet n'était pas une religion fondée sur un dogme auquel il fallait souscrire sous peine d'être un mécréant, et l'on sait avec quelle relative facilité les divinités étrangères étaient accueillies dans le Panthéon grec. Mais la religion était aussi affaire civique : il n'était pas de manifestations de la vie pol à laquelle ne soit associée l'accomplissement d'actes religieux : libations, prières, sacrifices. S'abstenir de participer à ces manifestations à la fois civiques et religieuses était donc un acte d'hostilité envers la cité, et comme tel, passible d'une condamnation pouvant aller jusqu'à la mort.
La philosophie de Socrate était d'abord une morale, et c'est l'hô, plus que le cosmos, qui était au coeur de sa démarche.

Le « démon » de Socrate

Xénophon, tant dans l'Apologie que dans les Mémorables, rejette complètement l'accusation d'impiété : Socrate y apparaît comme un hô pieux, respectueux des dieux de la cité, accomplissant les sacrifices et les rites. Mais le Socrate de Platon, lui, est sur ce plan plus complexe. Il reste que Socrate avait sûrement de la divinité une conception plus abstraite que la plupart de ses contemporains, mais cela suffisait-il à justifier l'accusation d'impiété.
Il me paraît significatif en tous cas que dans l'Apologie de Platon, composée peu de temps après la mort du philosophe, le pb du dieu de Socrate soit évoqué rapidement, comme si ce n'avait été pour Socrate qu'un pb tout à fait secondaire par rapport à ce qui, pour lui, demeurait l'essentiel : s'efforcer constamment de mettre en garde ses concitoyens contre toutes les injustices.
Mais, pour la raison qui a déjà été dite, on ne pouvait immédiatement procédé à l'exécution : il fallait attendre le retour du navire sacré. Un dialogue de Platon, le Criton, évoque les pressions qu'exercèrent alors sur le vieux philosophe certains de ses amis près à favoriser son évasion, et le refus de Socrate de se prêter à ce qu'il jugeait indigne de lui et de la cité à laquelle il entendait demeurer fidèle jusqu'à sa mort.

« Un de ces sommeils où l'on ne voit plus rien »



Dès lors, il n'y avait plus qu'à attendre l'inéluctable, la mort qui ne serait finalement « … qu'un de ces sommeils où l'on ne voit plus rien, même en songe. »
Mais, alors que devant ses juges Socrate l'avait ramené à un banal incident de la vie, il élabora ce jour-là une véritable doctrine de l'immortalité de l'âme. Les critiques s'accordent généralement pour penser que, malgré les nbx détails accumulés par Platon pour donner à la scène une réelle authenticité, la discussion menée par Socrate reflète en réalité la conception platonicienne de l'âme. La mort de Socrate est l'un de ces modèles de comportement humain propres à entrer dans la légende, à inspirer artistes et moralistes. Son procès reste pour l'historien un de ces pbs sur lesquels on peut débattre sans fin. En tous cas, il est certainement l'indice d'un évident malaise, d'une « crise » dont on n'entrevoit mieux les dimensions pol que les résonances spirituelles, mais qui constituent assurément un tournant dans l'hist de la civilisation grecque.
Avec la mort de Socrate s'annonce la fin de la démocratie athénienne.



LA VIE DES CITES ET DE LA DEMOCRATIE



6. La démocratie athénienne

Par Claude Mossé



Ce sont les Grecs qui ont inventé la démocratie, non seulement le mot, mais aussi la chose. Et ceux sont eux aussi qui, les premiers, se sont interroger sur les fondements et la légitimité du pouvoir populaire. Ce n'est pourtant pas à Athènes que s'est d'abord affirmer le pouvoir populaire, mais, semble-t-il, dans l'île de Chios. Malheureusement, hormis la mention d'un conseil populaire dans uns inscription trouvée il y a qqs décennies, nous ignorons tout de la démocratie chiote. En revanche, le régime qui fut établi vers 508 avant J-C à Athènes par Clisthène nous est bien connu, et aussi son dvpt, qui devait aboutir à remettre toute la souveraineté entre les mains du démos, du peuple citoyen, selon un processus d'évolution dont Aristote a retracé les étapes dans la première partie de son analyse de la constitution d'Athènes.

Pèricles chef de faction ?



Périclès, en qui chacun s'accorde à reconnaître le chef démocrate prestigieux et à travers les paroles que lui prête Thucydide, le théoricien du pouvoir populaire, n'aurait été lui aussi qu'un chef de faction ; l'institution de la mistophorie, cad la rétribution des charges publiques, en quoi les Modernes ont coutume de voir l'équivalent d'une indemnité parlementaire qui permettait aux plus pauvres de se consacrer à la pol, n'aurait été qu'un moyen de s'opposer à son adversaire Cimon qui s'était constitué une clientèle en laissant tous ceux qui le voulaient profiter des fruits de ses riches domaines.

Athènes et la IIIème Rép



Quant aux conflits de la fin du Vème et IVème siècles, ils sont plus manifestement encore des conflits de personnes.
De même Clisthène : Hérodote dit bien qu'il « fit entrer le démos dans sa clientèle », et cela renvoi à une structure sociale bien précise où les relations personnelles étaient déterminantes. Mais en remodelant l'espace de la cité, en instituant la boulè des Cinq-Cents, il créa bien les conditions de l'établissement d'une démocratie réelle. En ce qui concerne Périclès, il ne faut certes pas rejeter la tradition, et il n'est pas a priori exclu que l'institution de la rétribution des fonctions publiques ait d'abord répondu au désir de se créer une clientèle pour faire pièce à Cimon. Par ailleurs, il est vrai aussi que, constamment réélu stratège pendant 15 ans, son autorité dans la cité était, comme le remarque Thucydide, quasi monarchique. Il n'en reste pas moins quand dvpt l'empire Périclès assurait du même coup à des milliers d'Athéniens des salaires qui leur permettaient de vivre.

La politique des démagogues

D'un côté, l'on nous dit qu'alors les assemblées dont les réunions se multiplient sont toutes-puissantes, cpdt que la justice populaire constitue une menace permanente pour quiconque rempli une fonction au service de la cité. Mais, d'autre part, on insiste sur le rôle des démagogues, ces orateurs sans scrupules qui se partagent les faveurs populaires à coup de basses flatteries, irresponsables par définition puisque le plus svt ils ne sont investis d'aucune charge, et qui mènent le peuple aux pires aventures, tout en jouissant eux-même de l'impunité.

La convergence des critiques à l'encontre de ces démagogues interdit de nier leur rôle, et il n'est pas douteux que ces hô, de part l'ascendant de leurs paroles, pouvaient déterminer les votes de l'assemblée. Mais, précisément, il fallait, pour toute décision, un vote.

« Riches et pauvres, indifféremment »



On ne peut donc nier que le démos athénien est effectivement exercer sa souveraineté, et l'on comprendrait mal, s'il n'avait que spectateur de luttes de factions qui ne le concernaient pas, son attachement à un régime dont il faut bien admettre qu'il avait le sentiment d'être la maître.
D'après Platon :

  • la souveraineté populaire s'exerçait de façon absolue pour tout ce qui concernait la pol proprement dite, cad d'une part les lois qui régissaient ce que Platon appelle le gouvernement de la cité, et qui pour être effectives devaient être ratifiées par un vote du démos. D'autre part, ce que nous appellerions la pol extérieure.
  • lorsqu'il s'agissait de prendre une décision de kt technique, construction d'un temple ou d'un arsenal, ou construction de navires, le démos n'était appelé à se prononcer qu'après consultation, dans le cadre de l'assemblée, des artisans compétents. Et l'on voit qu'alors son choix était pol. Car engager des dépenses pour tel ou tel emploi impliquait en dernier ressort que l'on accordait la priorité à la sécurité (les navires) ou au prestige de la cité (les constructions publiques)



Le cordonnier et le mangeur d'hommes


Les procès qui se multiplient au IVème siècle traduisaient les deux gdes options qui s'offraient alors à une démocratie affaiblie par la défaite de 404 : reconstituer l'empire qui au siècle précédent avait été le nécessaire corollaire du régime, ou se contenter d'assurer le ravitaillement de la cité, tout en pratiquant par ailleurs une pol de repli sur soi, d'éco et de sage emploi des revenus de la cité. Et que ces deux options engageaient les intérêts de groupes sociaux antagonistes au sein du démos, la masse des pauvres et du démos urbain d'une part, les riches et les gens de la campagne de l'autre.
Ce qui me conduit à poser le second pb que fait surgir une lecture actuelle de la démocratie antique, celui qui peut-être est le plus déroutant pour un esprit moderne, cad celui des fondements sociaux de cette démocratie. Et aussitôt apparaît le mot clé : esclavage.
On sait comment cet embarrassant pb fut contourné. Les uns admirent que certes les esclaves constituaient une part importante de la pop de l'Attique, mais que, s'ils étaient exclus de toute décision, en revanche la relative douceur des traitements auxquels ils étaient soumis atténuait ce que leur condition pouvait avoir de choquant. Par là, la démocratique Athènes se distinguait de sa rivale Sparte, modèle de tous les conservatismes. D'autres s'efforcèrent, en triturant les indications chiffrées que leur kt fragmentaire et incertain rendait malléables, de minimiser l'importance numérique de ces esclaves et, par ce biais, de laver la démocratie athénienne de cet affreux péché.
C'est l'esclavage qui permet au citoyen de libérer une partie de son temps pour le consacrer au service de la cité. C'est parce qu'il y a des esclaves non seulement sur les gds domaines ou dans les mines, mais aussi chez les petits paysans et dans les ateliers d'artisans, que, pour reprendre la formule de Platon, cordonniers et forgerons pouvaient participer aux prises de décisions qui engageaient la cité.

Une démocratie urbaine



Mais tous les athéniens, il s'en faut, n'étaient pas des rentiers vivants des revenus que leur rapportait le travail de leurs esclaves. La plus gde partie d'entre eux – on pense généralement qu'ils formaient au début du IVème siècle au moins les quatre cinquièmes du corps civique – étaient des paysans, tirant péniblement leur subsistance du petit lot de terre qu'ils cultivaient eux-même avec l'aide d'un ou deux esclaves, et complétant leurs maigres revenus par les divers salaires qu'ils percevaient, soit comme marins ou soldats en temps de guerre, soit en participant aux assemblées et aux tribunaux en temps de paix.
Et il est vraisemblable que le démos urbain formait l'essentiel de ceux qui siégeaient sur le Pnyx. Ce démos urbain, il comprenait ceux qu'énumère Socrate dans le Protagoras de Platon, des forgerons, des charpentiers, des cordonniers, de petits marchands qui tenaient boutique sur l'Agora, gens de condition modeste qui, comme les paysans et sans doute plus qu'eux, trouvaient dans les salaires publics un complément à leurs maigres revenus.

Qui profite de l'empire ?

Il est bien clair qu'au Vème siècle, pauvres et riches trouvaient dans l'empire des satisfactions tant psychologiques que matérielles. L'hégémonie exercée par Athènes sur les cités de L'Hégée les remplissait d'orgueil.
La guerre du Péloponnèse, avec ses destructions, puis la perte de l'empire, allait rompre se bel équilibre. Seul le démos urbain, dans sa majorité, souhaitera le rétablissement de l'hégémonie athénienne dans l'Hégée.

Le « modèle athénien »



Il est frappant en particulier de constater que ce qui était alors considérer comme la revendication révolutionnaire par excellence, le partage des terres et l'abolition des dettes, était tjrs associé à la disparition de la démocratie. A Athènes, parce qu'ils étaient la majorité et que cette majorité était souveraine, les pauvres ne réclamaient ni partage des terres ni abolition des dettes.


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MessagePosté le: Sam 5 Nov - 17:40 (2011)    Sujet du message: Publicité

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