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La photographie de 1848 à 1914

 
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youna.c-abily


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MessagePosté le: Ven 10 Mai - 00:36 (2013)    Sujet du message: La photographie de 1848 à 1914 Répondre en citant

I. Les débuts de la photographie




A. Prémisses et aboutissement.


           → Les premières visions de l'optique:


Avant de voir la véritable forme de la photographie apparaître, il y a eu des précédents historiques, qui prouvent que l'optique était une question faisant l'objet de nombreuses études. Un intérêt scientifique précoce et certain a donc poussé des individus à poser les bases sans le savoir de l'invention de la photographie. LeTraité d'optique (en persan Kitab al-Manazir) est un ouvrage en sept volumes, traitant de domaines scientifiques variés, l’optique, la physique, les mathématiques, la médecine, l’anatomie et la psychologie, écrit par le scientifique iranien, Alhazen (nom latinisé d'Ibn al-Haytham) entre 1015 et 1021. Le livre a eu une influence importante sur le développement de l'optique et de la science en général. Le Traité d'optique a été classé aux côtés du Philosophiae Naturalis Principia Mathematica d’Isaac Newton comme l'un des livres les plus importants de l’histoire de la physique, à l’origine d'une véritable révolution scientifique dans le domaine de l'optique et de la perception visuelle. Néanmoins, ces premières observations bien que précieuses, manquaient d'expérimentation, faisant la part belle aux théories qui ne demandaient qu'à être confirmé dans la réalité du monde. Louis Daguerre fut d'abord peintre avant de se convertir au métier de décorateur de théâtre pour lequel il exécuta des tableaux remarquables (notamment les décorations d'Aladin et la lampe merveilleuse à l'Opéra). Il fut l'élève de Pierre Prévost (peintre) et contribua à réaliser des panoramas. Il connaît son premier succès grâce au Diorama un spectacle conçu avec son associé Charles Marie Boulon en 1822.  Ces très grandes toiles translucides peintes en trompe-l’œil et animées par des effets d'éclairage variés donnent aux spectateurs une illusion de réalité. Selon l'éclairage, la scène, représentée sur une toile de vingt-deux mètres sur quatorze, passe du jour à la nuit, change de climat, etc. Daguerre et Boulon utilisent une chambre pour peindre ces immenses toiles de façon aussi réaliste que possible.




  1. →L'association Niepce-Daguerre



En 1839, la création de deux procédés photographiques furent rendus publiques, presque au même moment en Angleterre et en France, le Daguerréotype de Louis Jacques Mandé Daguerre et le procédé négatif-positif de William Henry Fox Talbot. Grâce au procédé de Daguerre, on pouvait produire une image très détaillée, sur une plaque de cuivre recouverte d'une couche d'argent, tandis que le procédé négatif-positif de Talbot permettait de travailler sur papier et de produire plusieurs épreuves à partir d'un seul négatif. Les deux procédés reposent sur deux principes fondamentaux de physique chimie et la création d'une image quand la lumière passe à travers une ouverture, dans une chambre ou une boite obscure. Dès 1727, la sensibilité à la lumière de certains composés chimiques avait été l'objet d'expériences réalisés par l'allemand Johann-Heinrich Schulze, philosophe et biologiste. On trouve trace d'expériences optiques dans les écrits d'Aristote au Vème siècle avant JC. L'invention de la photographie finirait d'unir la chimie et l'optique et c'est la lumière elle même qui dessinerait l'image. Ainsi naitraît une nouvelle technique artistique.
A l'âge de 13 ans, Daguerre fait son apprentissage chez un architecte. Il développe un talent précoce pour le dessin. Après avoir travaillé dans l'administration fiscale, il devient décorateur de théâtre et peintre. De 1822 à 1850: il dirigea en association avec Charles Marie Bouton (1781-1853) les dioramas qui connurent un grand succès à Paris et à Londres. Il portait un intérêt tout particulier aux illusions d'optique. En 1829, il s'associa avec Joseph Nicéphore Niepce (1765-1833) que l'on considère comme le créateur de la première photographie permanente. Ce caractère immuable est important à souligner puisqu'il constitue l'avancée majeure produite par Niepce. En effet, les dits «miroirs magiques» obtenus au procédé de la chambre noire étaient capables de reproduire une image,mais tout l'enjeu était de la fixer. L'héliographie, c'est ainsi qu'on nomme cette technique, développée pour la première fois en 1822 répond donc à cette attente. Pour fixer l’image, Niepce équipa son appareil d’une plaque d’étain enduite d’une fine couche de bitume et d’huile. Cette substance durcissait à la lumière après 8 à 10 heures d’exposition au soleil. Lorsqu’il extirpait enfin la plaque de l’appareil et la lavait à l’huile essentielle de lavande, on pouvait distinguer l’empreinte du dessin formé par la lumière sur le bitume. Avec Niepce et son fils Isodore, Daguerre se livra à des expériences pendant une dizaine d'années. Enfin, en Janvier 1839, l'Académie des sciences annonca l'invention du Daguerréotype. Daguerre fait la démonstration de son invention à Francois Arago, homme politique et savant célèbre. Vivement intéressé, Arago perçoit le potentiel du nouveau procédé et annonce officiellement cette découverte par une communication à l' Académie des Sciences, le 7 Janvier 1839. Durant l'été 1839, à l'instigation d'Arago, une loi est votée par laquelle l'État français acquiert le nouveau procédé contre une pension annuelle de 6000 francs à Daguerre et de 4000 francs à Isidore Niepce. La manie du Daguerréotype se répandit dans toute l'Europe, et le ce dernier  devint la méthode la plus utilisée au monde. C'est à ce titre que Daguerre fut fait officier de la légion d'honneur 




           →William Henry Fox Talbot et le calotype:


Le succès rapide et la disponiblité immédiate du Daguerréotype, tout de suite délivré des contraintes du brevet, puisque racheté par l'Etat français, ne doivent pas faire oublier que la naissance d'un autre procédé photographique fut annonçé en 1839. William Henry Fox Talbot, un scientifique amateur anglais, avait entretenu avec son ami et collègue Sir John Herschel (1762-1871) une correspondance qui traitait de leurs découvertes respectives dans l'usage de la «camera obscura» et de leurs expérience sur la sensibilité de la lumière. En Janvier 1839, poussé à l'action par l'annonce de l'invention de Daguerre, Talbot annonça le développement de ses dessins photogéniques qui lui avaient valus un certain succès en 1835. En fait, Talbot fut le premier à exposer publiquement ses photographies le 25 Janvier 1839, lors d'une exposition. En 1841, ce dernier fit breveter ce procédé par lequel une image latente, produite par l'exposition dans une chambre noire d'un papier sensibilisé avec des solutions d'iodure de potassium et de nitrate d'argent, est ensuite développée dans l'acide gallique et le nitrate d'argent. On obtient les positifs en exposant par contact ces négatifs papier avec des papiers salés sensibilisés au nitrate d'argent et au sel de cuisine. Ces deux inventions, totalement indépendantes l'une de l'autre, ont servis de base afin de développer la photographie. Les années suivantes, les innovations n'ont cessées de se multiplier, afin d'améliorer cette technique appelée à un futur glorieux.




B. Perfections et innovations.


           →Modèles


L'ambrotype de James Cutting, crée en 1854 jouit d'une très grande popularité en Europe et aux États-Unis entre 1854 et 1865. L'image qui en résulte est du même format que celle du daguerréotype, le résultat produit est néanmoins moins coûteux et plus rapide d'obtention. Le négatif issu de la plaque de verre est plongé dans un bain de développement au fer, l'image est blanchie par traitement chimique. Cela permet d'obtenir, une fois posée sur fond noir, une image positive qui est ensuite élégamment encadrée. Ce modèle est surtout utilisé dans les studios modestes et commerciaux en alternative au daguerréotype. A l'instar de son «ancêtre», l'image produite est unique et ne peut être produite en plusieurs exemplaires. La présentation de la photo est identique (derrière du verre, avec un étui décoré), ce qui fait par conséquent que l'on confond les deux modèles ainsi que leurs clichés. L'ambrotype souffre de la comparaison avec le modèle de Daguerre car l'image qui en résulte est terne et grise, elle manque de détail et de rendu. Le ferrotype (ou tintype), inventé par Hamilton Smith en 1856 partage beaucoup de traits communs avec l'ambrotype. En effet, c'est également une alternative bon marché au daguerréotype. Il produit également une image unique. Cependant, la plaque de verre est supplantée par une plaque de fer noircies, la qualité de la photo qui en résulte reste similaire à celle de l'ambrotype. Le ferrotype remplace le modèle de Cutting à partir de 1865 et connaît beaucoup de succès jusqu'au début du XXe siècle. Ce modèle est surtout utilisé par les photographes itinérants, comme les forains.




           →Papier photographique


Le papier albuminé mis au point par François Louis Désiré Blancquart Evrard en 1850 est la technique phare d'impression de photos pendant une longue période du XIXe siècle. Ce papier est trempé dans une solution d'albumine mélangée à des chlorures d'argent. Ensuite, le papier est mis en contact avec le négatif puis exposé à la lumière pendant une période pouvant varier de quelques minutes à quelques heures. L'image se forme ensuite par l'action naturelle de la lumière. Il faut la laver, la virer (l'or est souvent utilisé pour le virage car il permet une meilleure conservation) , la fixer puis la relaver. La photo ainsi obtenue est plus stable que sur du papier salé, préalablement employé, car elle est protégée par la couche d'albumine. De ce fait, elle vieillit mieux que sur le papier salé. Le rendu des couleurs est généralement brun, au ton chaud, pouvant tirer sur des teintes jaunes crème qui brillent, ce qui confère à la photo une qualité distincte par rapport aux autres procédés de l'époque. En 1871, Richard Leach Maddox révolutionne le monde de la photographie avec son émulsion de gélatino-bromure d'argent. En effet, à partir de 1880, elle remplace toutes les autres techniques pour la préparation des plaques sensibles, en particulier pour le négatif. Elle est préparée à partir d'une suspension de cristaux de sels d'argent dans la gélatine, qui est coulée sur le support. Cela permet une sensibilité accrue. Facile utilisation, inégalée pour l'époque, elle peut se conserver très longtemps avant utilisation. Son atout majeure est qu'elle permet l'instantanéité de la prise. 




           →Autres procédés


La photographie couleur connaît ses premiers développements dans le dernier tiers  du XIXe, bien qu'Antoine Becquerel, physicien de carrière, effectue des travaux expérimentaux à la fin des années 1840. La France est encore pionnière de cette innovation: Louis Ducos du Hauron et Charles Cros proposent des solutions similaires en 1869. Leur procédé consiste en une prise de trois clichés ( chacun correspondant à une couleur primaire) qui sont ensuite superposés pour obtenir le cliché de couleur. Seul Ducos du Hauron effectue un développement expériemental. Il met au point un appareil à trois objectifs. Grâce à un jeu de miroirs contenus dans l'appareil, les trois images sont identiques et superposables. Il utilise la gélatine aisni que des colorants naturels, ce qui donne pour résultat une photo au ton assez doux et fidèle à la scène photographiée. Cependant, ce procédé beaucoup trop compliqué ne connaît pas de succès. Le véritable premier appareil photo en couleurs pratique d'utilisation est l'autochrome des frères Lumière datant du 17 décembre 1903, qui est commercialisé à partir de 1907.Son utilisation est simple, mais sa sensibilité est très faible et oblige à des poses de quelques secondes, sur des plaques de format 9x12cm qui impose donc un matériel lourd à porter. La véritable démocratisation de la photographie en couleur est en 1935 avec le Kodachrome. En 1887, l'Allemand Adolf Meithe met au point le dispositif du flash. Celui-ci produit une lumière intense sur un laps de temps très court (1/1000e de seconde). On l'utilise pour illuminer une scène très sombre ou afin de fixer des mouvements rapides. Il s'utilise également en extérieur en guise d'éclairage d'appoint pour atténuer les ombres, notamment lors d'une prise en contre jour. Les premiers flashs nécessitent de la poudre de magnésium qui était brûlée. A ces débuts, le procédé se révèle dangereux car la poudre de magnésium est extrêmement inflammable. De plus, son activation s'effectue manuellement, et il arrive qu'il ne se déclenche pas au moment voulu ( trop tôt ou trop tard). En 1930, il est finalement placé sous verre pour une utilisation plus sûre. Les années qui suivent l'invention de la photographie connaissent un véritable engouement vis-à-vis de ce concept. Cependant, le problème rencontré est que cette distraction nécessite de la patience et un matériel encombrant. Georges Eastman, en 1888, crée un appareil facile d'utilisation, à l'intérieur duquel il équipe un rouleau muni d'un film papier sur lequel pouvait figurer jusqu'à 100 images. Une fois le rouleau complet, l'utilisateur n'a qu'à envoyer son appareil aux usines Eastman près de New-York. Ici, le film y est manipulé en chambre noir et remplacé par un film neuf puis renvoyé à son propriétaire. La pellicule est fabriquée en nitrate de cellulose, un compiosé dangereux car hautement inflammable, voir explosif. Elle se décompose si elle n'es pas conservée à l'abri de la chaleur et de l'humidité.




C. La photographie influence d'autres domaines.


           →Police et photographie


Au XIXe, les villes occidentales accueillent des populations de plus en plus hétérogènes. Un besoin d'établir des preuves d'identification individuelles justifie le développent de la signalétique judiciaire de la photographie. Cette méthode est toujours en application aujourd'hui. C'est Albert Bertillon, fonctionnaire de police à Paris qui en 1885 réunit les éléments d'un système global d'information qui associe divers mesures du corps. Les fiches signalétiques sont désormais accompagnées de deux photos (face et profil), voir d'autres si l'individu interpellé à un signe particulier sur le corps (cicatrices, tatouage, etc). Un fichier d'environ 90000 photos est constitué en 1890. Le bertillonage consiste surtout à identifier un individu récidiviste. Le problème majeur est la comparaison ardue dans la mesure où la police de l'époque ne dispose pas encore de fichier informatique permettant une rapidité accrue pour l'identification. Les phots sont donc couplées aux empreintes digitales, faute de mieux.




           →Cinéma et photographie 


Ces deux domaines pénètrent plus ou moins en même temps dans le quotidien des Français. La volonté d'obtenir une image animée suscite beaucoup d'intérêt au début du XIXe, avec déjà des tentatives proches du dessin animé. Le physicien Joseph Plateau pose déjà en 1829 des bases théoriques lorsqu'il étudie la persistance rétinieene. Beaucoup d'appareils sont inventés comme le zooscope, le phantascope, le phémakistiscope, sans pour autant donner un quelconque résultat. Étienne Jules Marey fait réellement avancer les choses en 1882 grâce à son fusil photographique. Celui-ci permet de capturer 12 images en une seule seconde sur une plaque. Il ne restitue pas le mouvement pour autant. Thomas Edison en 1894 avec son kinétoscope arrive à restituer le mouvement à l'aide d'une suite de plusieurs clichés. Finalement, Louis Lumière en 1895 pousse toutes ces innovations pour réussir à créer le premier appareil cinématographique.




           →Radiographie photographie


Les rayons lumineux issus d'un objet inscrivent sur la surface sensible de nombreuses caractéristiques visuelles, selon les nombreuses lois physiques auxquels nous sommes soumis. La vison humaine est très sélective en raison de limites biologiques, elle est limitée dans la perception des rayons. Un physicien Allemand du nom de Wilhem Röntgen parvient en 1895 à mettre en évidence des rayons X invisibles à l’œil nu grâce à une plaque photographique. Il démontre que les rayons passent à travers tout avec plus ou moins de difficulté. Son expérience montre que le régime photographique est différent du régime oculaire. La plaque photo à un grand pouvoir de détection: tout point qui émet de la lumière peut être détecté pourvu que l'intensité  et le temps de la pose soient suffisants.




II. Quel statut pour la photographie?




A. Une volonté précoce d'élever la photographie au rang d'art.


Depuis son invention, la photographie faisait l'objet d'un débat ininterrompu: un moyen de reproduction mécanique pouvait-il prétendre à la création d’œuvres d'art? C'est à la grande époque du Calotype en France que plusieurs artistes s'efforcèrent de hausser le genre au statut d'un des beaux arts en le libérant du joug de la peinture et du dessin. Parmi eux se trouvait Gustave Le Gray, qui se fit fort de se donner en pratique les moyens de cette ambition. Il avait étudié la peinture dans l'atelier de Paul Delaroche et il enseigna la photographie à des hommes comme Henri Le Secq, Charles Nègre et Adrien Tournachon, tous peintres de formation. Sa carrière de photographe ne dura guère plus d'une dizaine d'années, mais il n'en fut pas moins l'une des figures les plus marquantes du XIXème siècle dans ce domaine. Il contribua à fonder la Société héliographique, première association mondiale de ce type, et publia un Traité Nouveau (de photographie) Théorique et Pratique, destiné aux artistes et qui paraît également en Angleterre et aux États Unis. On y trouvait des règles pour rendre les modèles plus vivants pendant les séances de pose, ainsi que des explications techniques portant sur la manière de photographier le sujet. Gustave Le Gray  affichait un mépris souverain pour les ravages de l'exploitation commerciale de la photographie et témoignait d'un dévouement infaillible à sa nature artistique: «le progrès de la photographie -écrivait-il- n'est pas dans le bon marché, mais bien dans la qualité d'une épreuve. Si une épreuve est belle, complète et durable, elle devient d'une valeur intrinsèque devant laquelle le prix de revient disparaît entièrement. Pour moi, j'émets le vœu que la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l'industrie, du commerce, rentre dans celui de l'art. C'est là sa seule, sa véritable place, et c'est dans cette voie que je chercherai toujours à la faire progresser.» Cette vision poétique que nous délivre ce photographe à propos de la photographie, contrebalance avec la nature première de ce domaine considéré au premier abord comme technique. En effet, la photographie en tant qu'art ne fut pas une chose évidente à concevoir pour beaucoup durant les premières années d'existence de cette dernière. 




B. Des efforts qui persistent malgré les fortes oppositions.

Une dizaine d'années après sa création, la photographie est une petite industrie essentiellement portée par le commerce du portrait au daguerréotype. Il était bon de posséder une carte de visite à son nom agrémentée d'un portrait de soi même, cela faisait le plus bel effet. Aucun débat esthétique n'agite le domaine de la photographie. Les rares publications spécialisées relèvent du registre du mode d'emploi technique. Mis à part les devantures des studios, il n'existe aucun moyen de voir des photographies exposées, encore moins publiées. Pourtant en 1851, tout semble basculer lors de l'Exposition universelle de Londres, la première dans l'histoire. En l'espace de quelques années en France et en Angleterre, une pratique sans histoire se hisse au rang d'objet culturel,mais encore loin de concurrencer les arts. La photographie a ses maîtres, et ses chefs d’œuvres de premier rang desquels Gustave le Gray (précédemment évoqué) et Félix Nadar. Avec eux, d'autres passionnés s'associent dans cette même volonté d'élever la photographie au statut d'art à part entière. C'est pour donner une traduction concrète à ce souhait que sera fondé au tout début de l'année 1851, la Société Héliographique. La première association de photographes au monde n'a rien d'un regroupement professionnel ou syndical. Elle réunit une petite élite de riches amateurs, de savants et de peintres, voués à la défense d'une pratique nouvelle, définie comme un art: la photographie sur papier. Les relations peintres et photographes se détériorèrent lorsque ces derniers prétendirent au statut d'artiste et obtinrent de l'empereur d'exposer au palais de l'Industrie en 1859 dans des salles proches de celles qui étaient réservées au Salon annuel de peinture. C'est l'époque de la belle et célèbre diatribe de Baudelaire qui remet la photographie à sa place de "servante de la peinture". La pétition de 1862 est bien révélatrice de cet état d'esprit. Elle fut signée par Ingres, Flandrin, Fleury-Richard, Nanteuil, Troyon, Bida, Isabey et Puvis de Chavannes (mais Léon Cogniet et Delacroix refusèrent de signer) pour empêcher toute assimilation de la photographie à une œuvre d'art: la question avait été soulevée lors d'un procès entre les photographes Mayer et Pierson, pour une question de droit d'auteur. Vers la même époque, il est vrai, la photographie se commercialise par les soins d'hommes comme Disderi, et la création de nombreux clubs de photographie ne fait que renforcer l'isolement des photographes, par rapport aux peintres, malgré les prétentions "artistiques" des premiers. Cela n'a pas empêché les seconds de suivre avec intérêt les nouvelles découvertes: lorsque le photographe américain Muybridge (1830-1904), en 1877-78, arriva à décomposer les mouvements de l'homme et de l'animal en une série d'images statiques, il reçut un accueil chaleureux, dans son pays et en Europe, de la plupart des artistes.




C. (......) Et qui payent par la reconnaissance de cette dernière au titre d'art.


Malgré tous les efforts déployés par Le Gray, Julia Cameron, Emerson et un nombre incalculable d'autres photographes, la photographie n'avait pas encore été reconnue comme une activité artistique au même titre que la peinture dans les années 1890. Les musées en acquéraient peu et ils n'en exposaient pas régulièrement. En 1887, Emerson avait présidé le jury du concours organisé par la revue Amateur photographer sur le thème Vacances/Travail. Il avait attribué le 1er prix à un photographe américain qui étudiait alors en Allemagne, Alfred Stieglitz. En retournant dans son pays natal trois ans plus tard, celui çi trouva une communauté d'amateurs florissante, mais qui ne souffrait en rien la comparaison avec la volonté européenne d'élever la photographie au statut d'un des beaux arts. Il adhéra à la Society of Amateurs photographers de New York et exposa à sa galerie attitrée certains clichés comme "Le terminus". Jusqu'à ce moment là, la photographie d'artiste était associée au pictorialisme plus ou moins flou qui ressemblait à la peinture ou au dessin. En renouvelant les sujets abordés et les approches empruntées, le travail de Stieglitz était empreint d'un réalisme plus proche du quotidien. En 1893, Alfred Stieglitz devint rédacteur en chef de la revue American Amateur Photographer. Puis en 1897, lorsque fusionnèrent la Society of amateur photographers et le Camera club de New York, il prit la tête du comité éditorial. Il lança Camera notes, "organe officiel du Camera club, qui paraissait 4 fois par an et comportait un album de photogravures détachables. Par l'entremise de la revue, Alfred Stieglitz entra en contact avec les photographes Gertrude Kasebier, Edwars Steichen, Eva Watson-Schütze et Clarence White. En Mars 1902, il organisa une exposition de photographies pictorialiste pour le National arts club de New york et lui donna le nom de American pictorial photography, arranged by "the photo-Secession. Le nom même de l'association affichait la volonté de rompre d'avec les principales communauté d'amateurs issues de clubs, et de s'aligner sur des groupuscules d'art photographique épars comme la confrérie brittanique du Linked ring. Edward Steichen, peintre et photographe autoditacte surnommé "le porte drapeau officiel de la photo-sécession" fut l'artiste le plus représenté et le plus dicscuté dans les pages du Camera work. Sous sa pression Stieglitz ouvrit les petites galeries de la photo sécession au numéro 291 de la cinquième avenue. Stieglitz y exposa aussi des peintures, des sculptures et des dessins du modernisme européen, et ce n'est autre que lui qui est représenté, appareil à la main, en route vers la gloire, dans le tableau de Steichen qui porte en grosses lettres le nom du mouvement. L'autoportrait de Steichen lui même, affirme avec aplomb le rôle qu'il entend jouer pour inscrire la technique récente de la photographie dans une tradition artistique séculaire. Parmi les membres les plus doués et les plus respectés du mouvement pictorialiste, il faut citer l'éditeur bibliophile Frederick Holland Day qui vivait dans le Massachussets. Dans sa maison d'édition, Copeland and day, il publia les travaux du célèbre écrivain irlandais Oscar Wilde. C'était aussi un défenseur passionné du statut artistique de la photographie et un essayiste qui fit paraître des articles sur l'art et la photographie dans Camera notes. Plus surpenant encore, des artistes d'autre univers, comme ceux de la littérature se sont prêtés à ce jeu de la photographie. Ainsi, on peut trouver des clichés pris par Lewis Carroll. Ce dernier, en épousant une brillante carrière d'écrivain, fut un photographe reconnu pour la qualité de son travail.
Les objets d'étude favoris des photographes furent, en dehors des paysages, les célébrités, dont le souvenir a pu être retransmis par l'image. Ainsi on peut observer des photos qui représentent Zola, Baudelaire, Hugo.....




III. Photographie et société


A. Une industrie florissante


La photographie connaît un succès auprès de tous, amateurs comme professionnels. Elle possède un potentiel qui ne demande qu'à être exploité, avec des perspectives encourageante pour quiconque voudrait se lancer dans le commerce de la photo. Georges Eastman est celui que l'on pourrait appeler le «mécène de la photo». Il perfectione d'abord les plaques sèche. Par la suite, il se lance dans la fabrication industrielle de plaques en créant Eastman Dry Plate Company, dont le slogan est «You press the button, we do the rest». Il instaure une proximité avec ses clients au travers son appareil avec une capacité de 100 clichés qu'il faut envoyer à l'usine pour développer ses photos. En 1892, il rebaptise Eastman Kodak Company. En 1990, il lance un nouveau modèle d'appareil appelé Brownie. Simple d'utilisation, il est destiné à une jeune clientèle, et coûte la somme symbolique d'un seul dollar. Il a su «surfer» sur la vague qu'est le phénomène de la photographie. En 1927, Kodak a le monopole de l'industrie photographique aux États Unis.




B. La guerre et la photographie


Photographie et Guerre: Le caractère documentaire de la photographie la prédestine à couvrir les guerres dès que l'invention au Collodion le permet malgré les difficultés d'opérer. La guerre crée littéralement ce genre nouveau qu'est le reportage. Le conflit de Crimée est photographié par Roger Fenton dès 1855, puis la guerre de l'opium en Chine par Felice Beaton. C'est surtout la guerre de Sécession (1861-1865) qui est le premier conflit à être entièrement photographié, et faisant l'objet d'un compte rendu photographique réalisé principalement par Brady, Gardner et O' Sullivan. Ils n'occultent ni horreurs ni massacres (Death Hardvest en 1863), à l'aide des méthodes précise et nouvelles. Partout dans le monde, journaux et magazines rendent compte des guerres: Illustrated American, de Howard Russel, portant sur la guerre de Crimée. Les limites techniques, interdisant l'instantanéité, donnent un caractère profondément contemplatif aux images de guerre à cette époque. Le fonds photographique du musée de l'armée, crée à Paris en 1896 par ses archives et ses collections de dizaines de milliers de clichés (la plupart amateurs), permet de croiser les points de vue avec les photographes officiels de l'armée. Ces derniers informent moins, à cause des effets de la propagande et de la censure.


C. Le photojournalisme.


Le photojournalisme recouvre les activités de production photographique dans le domaine de l'information destinée à l’illustration de médias, en particulier ceux de la presse. La photo a immédiatement séduit le monde de la presse. Elle a une valeur de traduction objective du réel. Elle suscite également l'engouement de la part des lecteurs qui peuvent désormais avoir des nouvelles illustrées. Le développement de la presse (parallèle à celui de la photo dans les années 1830) conduit rapidement à utiliser le document photographique comme source d'information, soit par des gravures ou des lithographies. En 1880, le New York Daily Graphic devient le premier journal à publier une photo en première page. Le couple journaliste/photographe est très vite remplacé par le reporter photographe. En effet, le reporter seul est libre de ses mouvements, et la rédaction n'a plus qu'un salaire à verser. Il devient journaliste à part entière et n'a plus besoin de la caution d'une plume. L'appareil photo est au journaliste ce que le micro et la caméra sont aux reporters d'aujourd'hui.
C'est grâce à cette qualité de témoignage que l'Américain Jacob August Riis utilise la photo dans ses reportages. Il souhaite dénoncer dans la presse les conditions de vie des enfants, des immigrés, des chômeurs, des réfugiés, des exploités vivants dans des milieux insalubres. Grâce à l'invention récente du flash, il entrevoit l'opportunité d'intervenir de nuit dans les taudis, dortoirs ou ateliers clandestins. En 1890, il publie How Other Half Lives, livre dans lequel ses clichés illustrent son enquête, montrant des sujets pris sur le vif. Son intervention est qualifiable de brutale, son désir de saisir  l'illustration à tout prix sans que les sujets ne posent ni ne soient consentants, vécu comme une agression, pose les bases d'une nouvelles question: le droit à l'image. En France, le droit de disposer de sa propre image date du 23 juillet 1881.
 


Conclusion:


La photographie, a été dès ses débuts, sujet à controverse. Quel statut lui donner? Peut-on considérer comme une œuvre d'art le résultat d'un procédé pour le moins technique? Certains considèrent que ces images obtenus par un procédé technique, n'impliquaient pas d'avoir un talent spécifique. La photographie gagnant en popularité, et soutenue sans cesse par de grand noms, dans sa démarche qui consistait à l'élever au rang d'art, tendit à s'imposer comme un objet culturel, au point qu'aujourd'hui est est considérée comme le 8ème art (il partage ce statut au sein d'une catégorie: «les arts médiatiques» avec la radio et la télévision) . De cet avis ou non, il semble évident, que la photographie peut parfois obtenir d'incroyables résultats qui justifient cette qualification. Cependant, l'art étant aussi question de subjectivité et de sensibilité singulière, les dissensions sont inhérentes au domaine artistique, et en ce sens, la question du beau est inéludable.




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