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Machiavel

 
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Julie


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MessagePosté le: Dim 24 Fév - 11:50 (2013)    Sujet du message: Machiavel Répondre en citant

Voilà l'exposé sur Machiavel !!
Bonne lecture Smile



Nicolas Machiavel 

« Aucun éloge n’atteindra jamais à la grandeur de ce nom. » Voilà ce qui est gravé sur la tombe de Nicolas Machiavel, homme politique de la Renaissance italienne. Cette inscription nous donne un visage positif de ce florentin, que l’on connaît souvent assez peu et mal. Ce que l’on retient de Machiavel, c’est la pensée philosophique qu’il a apporté à ses contemporains, et encore à nous-mêmes, mais nous retenons surtout cette image mythique, presque diabolique associée à Machiavel et à son œuvre le Prince. Alors que l’inscription dresse un portrait de grandeur de Machiavel, d’autres l’associe à un philosophe sans scrupule, d’où le terme « machiavélisme ».
Quel homme se cache derrière le mythe ? Machiavel est d’abord un homme forgé par son temps. Il a eu plusieurs vocations au cours de sa vie, mais reste encore aujourd’hui mal connu, alors machiavel est-il si machiavélique ?
I. Machiavel, forgé par son temps. 
Machiavel vit entre deux époques ; il est à la charnière entre la période de gloire de l’Italie au Quattrocento, et un temps de guerre qui va mettre à genoux l’Italie. A.  Une Italie divisée.
• Machiavel naît à Florence le 3 Mai 1469 dans une Italie divisée. Cette division n’est pas nouvelle : la péninsule, en effet, a perdu son unité politique depuis la chute de l’Empire Romain (Vème siècle). Depuis, l’Italie s’est sans cesse divisée sous le coup d’invasions et de luttes internes. Une multitude de petits états se sont formés autour de puissantes cités, entrant en conflit ou s’alliant pour mieux se surveiller. A la fin du XVème siècle, à l’époque de Machiavel, l’Italie est ainsi constituée d’une multitude de cités-états. Cette carte représente l’Italie en 1494, à l’aube des Guerres d’Italie qui vont opposer les cités italiennes aux grandes puissances européennes.
Dans cette Italie divisée, cinq états sont particulièrement puissants (éclat culturel important grâce au mécénat au Quattrocento) qui sont en constante compétition pour avoir la suprématie en Italie.
  * Le Royaume de Naples couvre toute l’Italie méridionale. Il est sous la domination des Aragonais qui ont chassé de là le roi René d’Anjou.
  * Les Etats Pontificaux se trouvent au centre de la péninsule, autour de Rome. Les papes ont non seulement un pouvoir religieux, mais aussi culturel (ce sont de grands mécènes) et politique. Ils jouent un rôle important dans les alliances et les conflits italiens et européens. Les papes de la Renaissance sont connus pour leur vie scandaleuse (Alexandre VI Borgia a le plus marqué les esprits).
* Le Duché de Milan, au nord, est un fief du Saint Empire créé par les Visconti en 1395. En 1450 le duché revient aux Sforza.
* La République de Venise, au nord-est de la péninsule, est une grande puissance maritime (navires marchands + flotte de guerre).
* La République de Florence : voir le B.
• L’Italie a beau être la plus riche d’Europe, Machiavel voit dans ses divisions internes la grande fragilité politique de la péninsule. Ses observations des grandes actions et des erreurs des princes d’Italie lui servent d’exemples lorsqu’il écrit Le Prince, où il montre ce qu’un prince doit faire pour maintenir l’équilibre dans son état.
Il déplore surtout la fragilité militaire de l’Italie, due à l’utilisation des mercenaires pour régler les conflits entre états. Dans le Prince, il dit clairement que « qui tient son Etat fondé sur les troupes mercenaires n'aura jamais stabilité ni sécurité ».  Il montre que les mercenaires se battent pour l’argent et qu’on ne peut pas s’assurer de leur fidélité (puisqu’ils ne se battent pas pour leur pays). Il estime que celui qui mène son pays doit avoir ses propres armes et combattre auprès de ses citoyens. Il propose de changer les mercenaires en une milice de florentins (et devient le secrétaire de la nouvelle commission formée).
 
B.  Florence, ville de Machiavel.
• Parmi les cinq états les plus puissants d’Italie se trouve Florence, où vit Machiavel. Il y est issu d’une famille de petite noblesse souvent mêlée au gouvernement. Son père est proche des cercles humanistes, et c’est ainsi qu’il reçoit une éducation humaniste. Les 30 premières années de sa vie sont méconnues. Il est donc important de comprendre dans quoi il a grandi et ce qu’il a connu pour savoir ce qui a pu influencer sa pensée politique.
• Machiavel grandit dans la Florence de Laurent de Médicis, un grand mécène et diplomate qui fait de cette ville le centre culturel du Quattrocento. Florence est ainsi le berceau de la Renaissance et de l’Humanisme. Le grand-père de Laurent était Cosme de Médicis, le premier qui a mené la banque des Médicis au pouvoir de Florence, et qui a donc transformé la République de Florence en Seigneurie, sans en changer pour autant les institutions. Théoriquement, le pouvoir appartient à une foule de conseils et de magistratures, d’où émerge le gonfalonier, maître de la politique. Mais en réalité ce sont bien les Médicis qui tirent toutes les ficelles du pouvoir. Pierre II de Médicis succède à son père Laurent en 1492. Il est considéré comme un piètre souverain. Lorsque le roi de France Charles VIII menace la ville en 1494, il cède à toutes les conditions, et est chassé de ce fait par les Florentins influencés par Savonarole.
• Savonarole est un  frère dominicain et prédicateur qui exhorte les florentins à la pénitence et au regret de leurs vanités. Après la fuite de Pierre de Médicis, il instaure une nouvelle République, mais une République théocratique. Cependant le pape Alexandre VI trouve qu’il va trop loin dans ses exhortations et ses prédictions, et le condamne comme hérétique. Il est torturé et emprisonné,  puis brûlé et pendu sur la place de la Seigneurie à Florence en 1498. En 1502, les Florentins souhaitent donner plus de stabilité à leur République et élisent un gonfalonier à vie, Pier Soredini. Machiavel est ambassadeur sous ses ordres ; il a 29 ans. En 1512, Louis XII, roi de France, qui était en campagne en Italie, est expulsé de la péninsule. Les Espagnols, ennemis des Français, s’en prennent aux alliés de Louis XII, dont Florence. Ils forcent Soderini à s’exiler. Les Médicis reprennent la cité dont ils sont les maîtres jusqu’en 1527 (notamment Laurent II de Médicis et Jules de Médicis).  En 1527, les florentins profitent d’une crise grave entre Clément VII (Médicis) et Charles Quint, pour renverser les Médicis et réinstaurer la République
• Machiavel a ainsi vraiment vécu dans une ville qui a connu une grande agitation politique. Il a vraiment une âme de patriote, et s’attache toute sa vie à être fidèle à Florence et à la défendre. Ses réflexions se nourrissent de toutes ses observations des différentes politiques (de Florence et des autres états).  Pour lui, l’idéal politique est la République. Il la considère comme la plus adaptée pour maintenir l’équilibre dans un état.
 
C.  Le temps de Machiavel : un temps de guerres.
Il écrit dans une de ses lettres : « Toujours, d'aussi loin que remontent mes souvenirs, soit on a fait la guerre, soit on en a parlé ».  Nicolas Machiavel connaît effectivement l’Italie dans un état de guerre quasi-permanent, et cela jusqu'à sa mort.
• L’Italie, belle, riche, mais faible à cause de son manque d’unité politique et militaire, est une proie facile pour les autres puissances européennes.
En 1494, Charles VIII, roi de France depuis 1483, part en campagne contre l’Italie afin de faire valoir ses prétentions sur la couronne de Naples (héritées de la Maison d’Anjou). Il traverse les Alpes à la tête d’une importante armée, et est accueilli comme un libérateur à Florence, qui est prise facilement puisque Pierre de Médicis ne négocie aucune des demandes du roi. Les Médicis sont donc chassés par les Florentins, et c’est conduit par Savonarole, qui acclame l’envoyé de Dieu, que le peuple accueille Charles VIII. Il entre à Naples le 24 février 1495, et est accueilli comme un sauveur. Le peuple de Naples se soumet à lui et abandonne complètement Ferdinand II, roi de Naples. Mais dès mars 1495, le roi de France doit faire face à la Ligue de Venise, une coalition voulant lutter contre la présence française en Italie, regroupant Milan, l’empereur Maximilien du Saint Empire, les rois catholiques d’Espagne, et le pape Alexandre VI Borgia, menés par Venise. Les Français battent en retraite.
La France reprend ses campagnes avec Louis XII, roi de France en 1498. Il est l’héritier des prétentions françaises sur Naples, mais aussi des prétentions sur le duché de Milan, par sa grand-mère qui était une Visconti. Il s’empare de Milan, capture Ludovic Sforza (l’homme fort de Milan), et s’empare de Naples en 1501, aidé par les Aragonais. Cependant, ceux-ci se retournent contre lui et face à eux, il perd le Royaume de Naples récemment obtenu. Face à la Sainte Ligue, il laisse échapper le Milanais.
Les Français ne s’arrêtent pas là, et François Ier reconquiert le Milanais en 1515 face aux Suisses, avec l’aide des Vénitiens (les alliances se sont renversées). Naples est à l’Espagne. En 1519, Charles Quint, roi d’Espagne, est couronné Empereur du Saint Empire et convoite le Milanais. Il bat François Ier à Pavie en février 1525. Charles Quint cherche à s’étendre dans la péninsule et ses troupes mettent à sac Rome, la ville sacrée, en 1527. C’est cette même année que meurt Machiavel.
 
• Il s’agit d’un nouveau type de guerre. L’artillerie plus légère permet une guerre rapide. On parle de « brutalisation » de la guerre, les campagnes des puissants d’Europe en Italie étant rapides et sanglantes. Ces puissances européennes sont vues comme des « barbares » par bon nombre d’italiens, et notamment par Machiavel qui les appelle dans Le Prince. On voit dans la péninsule, l’émergence d’une nouvelle vision de la politique et l’histoire. La guerre est ainsi mise au centre des réflexions politiques sur l’histoire. Des penseurs de la politique, comme Machiavel, ont ainsi eu besoin de comprendre et de faire comprendre l’histoire d’un présent bouleversant.
 
II. Machiavel, un homme aux multiples vocations. 
  A.  Un diplomate humaniste. (1498-1512)


En 1498, Machiavel devient secrétaire de la deuxième chancellerie. Il est à la tête de cette chancellerie, et devient l’homme de confiance de Pierre Soderini, le gonfalonier. Il reçoit des charges extérieures. (40 au total) (15ans au service de l’Etat)  ce qui l’amène à voyager avec l’ambassade pour des missions diplomatiques, en Italie et à l’étranger.

• Voyage à travers l’Europe.
Il se rend en France en juillet 1500, à la Cour du roi Louis XII. Parce que les pisans s’étaient révoltés en 1496, pour empêcher Florence d’être indépendante, les français décident d’aider les Florentins. La reconquête de la cité est un échec. Machiavel retourne une deuxième fois en France, Louis XII explique qu’il ne peut pas faire confiance à une cité déliquescente. Machiavel comprend que les français n’ont pas d’estime pour Florence.
Il reste à Florence quelques temps, il a des problèmes familiaux. Il se marie avec Marietta Corsini en 1501, avec qui il a 6 enfants.
 Puis il reçoit un ordre de mission le 5 octobre 1502, il doit se rend à Immola, dans le Nord de l’Italie, à 75km de Florence  car César Borgia, devenant une puissance militaire menaçante pour la Signoria, demande alliance avec Florence. C’est à cette période que Machiavel a un statut de diplomate fécond. César lui explique ses visées politiques et lui montre son ambition.
(+ autres voyages moins importants (en Allemagne par exemple)).
• Personnalités qui l’influencent.
César Borgia, prince italien, est l’un des hommes politiques qui a le plus marqué Machiavel. Lors de son séjour à Immola, il l’observe et constate son courage, son habileté puis en octobre 1503, il voit les limites des capacités du Duc. César Borgia veut voir le cardinal Giuliano della Rovere devenir pape Pour recevoir la charge du capitaine général des armées du Pape. Ainsi il peut commencer une série de campagnes militaires.. Giuliano della Rovere élu, il prend le nom de Jules II. Machiavel perçoit la faiblesse de Borgia qui avait oublié que Giuliano, sous Alexandre VI, avait été maltraité. Jules II, maltraité dans le passé sous Alexandre V,  refuse alors de se lier facilement avec le Duc. Machiavel voit alors les faiblesses du Duc, n’ayant pas pensé à ce retournement de situation. Dans le Prince, Machiavel retrace au chapitre 7 la carrière de Borgia.
Jules II marque aussi Machiavel. Il veut récupérer Pérouse et Bologne, Machiavel, devant le surveillé, est impressionné par cet empereur qui, par toute attente, réussit à récupérer la Pérouse. Prince p 197.
Il rencontre aussi Maximilien du Saint Empire. Entre 506 et 510 l’empereur demande une aide financière à Florence, désirant traverser l’Italie pour se faire couronner à Rome. Machiavel séjourne à la Cour pendant 2mois. Le projet est abandonné, ce qui révèle à Machiavel l’incompétence de Maximilien. (Il n’aurait aucune des qualités indispensables pour gouverner.)
Confronté à ces trois personnes, Machiavel observe, et conclut que le gouvernant doit savoir s’adapter à chaque circonstance. Mais, Machiavel a une préférence pour César Borgia. Il éprouve un grand respect pour lui qui arrive à gérer des situations de crise avec force et assurance.
Quentin Skinner, dans son essai sur Machiavel, cite un moment en particulier qui a impressionné le secrétaire. Le Lieutenant de Borgia, Rimirro de Orco, = répression contre la Romagne qui ne l’accepte pas et voit monter une haine envers lui. Machiavel est étonné de voir la force et la violence dont Borgia fait preuve : Il demande à ce que Rimirro se retrouve en deux tronçons sur la place publique.

• Fin de la diplomatie.
Machiavel connaît par la suite un événement historique qui marque la fin de son rôle diplomatique.
Le 4octobre 1511, Jules II signe le traité de la Sainte Ligue avec Ferdinand d’Espagne. Ce dernier le soutient dans sa croisade contre la France. Mais en 1512, les espagnols ratent leur intervention, et se vengent sur Florence, en mettant à sac Prato (le 20août), qui n’avait pas voulu prendre position. Florence capitule et les Médicis reviennent après 18ans d’absence. La République est abolie. Machiavel reste à Florence alors que le Gonfalonier Pierre Soderini s’enfuit.
Machiavel doit quitter ses fonctions à la chancellerie,  rester sur le sol florentin pendant 1an, et donner une grande caution de 1000 florins.
En 1513 : il est accusé d’avoir participé à une conjuration d’Agostino Capponi et de Perpaolo Boscoli, conspiration contre le gouvernement des Médicis. Il connaît la torture judiciaire de l’estrapade (torture pour faire avouer)  puis est emprisonné. Dans le Prince, il écrit qu’il avait été atteint par une « grande et continuelle malignité de la Fortune. »
Le 11 mars 1513, Machiavel est libéré grâce à la liesse générale. Le cardinal Giovani de Medicis, est élu Pape. Il devient le pape Léon X, premier Florentin à le devenir. C’est l’amnistie qui rend la liberté à Machiavel. Les troubles à Florence le condamne à l’exil, il se rend alors à la campagne, à San Andrea in Percussina, près de San Casciano. (En Toscane)
 
B.  Un homme rejeté de la scène politique (1512-1520).
 
• Il devient plus un homme de lettres.
Machiavel, après 1513, perd l’espoir d’une nouvelle carrière politique. Il se rend dans la campagne, et se tourne vers les lettres. Vers 1516, Il fréquente un groupe d’humanistes, dans les jardins de Cosimo Rucellai, dans les faubourgs de Florence. Il y fréquente les Orti Oricellari. Machiavel y lit ses œuvres, dont le discours sur la première décade de Tite-live (débuté en 1513) dédié à Rucellai et à Buondelmonti. Et il lit aussi la Mandragola, pièce de théâtre terminée en 1518 ( ou encore la Clizia).
En 1519, Machiavel commence l’Art de la guerre, qu’il termine en 1521 : sous la forme d’un dialogue passé chez les Orti Oricellari. Ce cercle est important pour lui. Il écrit à Rucellai et Buondelmonti dans les Discours : « « C’est vous qui m’avez forcé à écrire ces choses que sans vous je n’aurais jamais écrites de moi-même. » Le prince et les discours, sont à l’état de manuscrits, puis publiés en 1531 et 1532.

• Un philosophe qui veut servir la politique.
Machiavel est aussi connu pour son apport à la philosophie. Il réfléchit beaucoup sur la politique et veut trouver le meilleur moyen de gouverner un Etat. Pour ce faire, il se tourne vers l’Antiquité et découvre la pensée des historiens et moralistes romains. Machiavel traite en particulier de deux notions importantes, développées dans le Prince : la Fortuna et la Virtù.
La Fortuna, que l’on peut traduire par la « chance », est une déesse pour les anciens, dont il faut se méfier. Gagner le pouvoir grâce à la Fortune, ne signifie pas qu’elle puisse être dangereuse. Pour s’attirer des faveurs de la déesse, qui est femme, il faut faire preuve de vir, ou virilité. Pour lui plaire, il faut être brave, hardis et courageux. Tite Live cite souvent l’adage « La Fortune favoriserait les braves. »  Mais la Fortune préfère surtout la virtù. 
La virtù, du latin « courage », signifie l’ensemble des qualités indispensables pour atteindre l’honneur, la gloire et la renommée. (Prince idéal)

• Ecrire pour servir le pouvoir.
Lorsqu’il quitte Florence, après l’arrivée des Médicis, il refuse d’être inutile.  Dans une lettre du 9 avril 1513, il écrit à François Vettori : « La Fortune a fait que ne sachant parler ni de l’art ni de la soie, ni de celui de la laine, ni des gains, ni des pertes, il me faut parler de la politique, ou bien me taire. »
Il commence donc le Prince, ou II Principe, en août 1513, et le finit en décembre.
 C’est un court essai politique dans lequel il expose l’art et la manière de gouverner. Il ne décide pas par hasard de l’écrire. Cette œuvre est un prétexte pour se faire remarquer des Médicis. Il veut leur montrer, grâce au prince, qu’il peut leur être utile. Il dédie son livre d’abord à Julien, puis à Laurent de Médicis, duc d’Urbino.
Dans sa correspondance avec Vettori, il lui demande de présenter son œuvre aux Médicis. Vettori refuse. Alors, Machiavel perd tout espoir de reprendre son poste diplomatique.


C. « L’historien de Florence » (1520-1527)
• L’importance de l’histoire à Florence. Ses débuts.
En 1520, Machiavel reprend espoir. Le Pape Clément VII connaît des amis de Machiavel, dont Lorenzo Stozzi, à qui il voulait dédier l’Art de la guerre. Il est reçu par le Pape à la Cour du roi qui lui demande d’écrire l’histoire de Florence. Il écrit le Istorie Fiorentine, ou Histoires Florentines, la plus longue de toutes ses œuvres, qu’il présente au Pape Clément VII en 1525.
Les Florentins portent une grande importance à l’écriture de l’histoire. De nombreux hommes humanistes sont sollicités. François Guichardin (Guicciardini), gouverneur de Molène,  écrit une Histoire d’Italie. Ces deux hommes se rencontrent à Carpi, lors d’une mission diplomatique. Ils tissent des liens et débutent une correspondance.
Histoires florentines raconte ce qu’a connu Florence, depuis le XIIIème siècle.
Dans les livres VII et VIII, Machiavel parle de l’ascension des Médicis. Il laisse comprendre implicitement à son lecteur qu’il est hostile à cette famille. Il évoque Cosme de Médicis, homme illustre, et Pierre, à ses débuts louables puis perd son honneur peu à peu. Mais c’est Laurent le Magnifique qui reste le plus critiqué des trois. Il explique qu’à cause de la corruption du peuple, les Médicis ont rendu la liberté inconnue dans Florence. Machiavel ne ment pas en écrivant l’histoire.
Dans une lettre du 30août 1524, Machiavel écrit à Guichardin : "j'ai travaillé et je travaille dans ma maison de campagne à écrire pour l'histoire de florence, et je paierai bien 10 sous (...) pour que vous soyez près de moi et que je puisse vous montrer où j'en suis. Car ayant à donner certains détails, j'aurais besoin d'entendre de votre bouche si j'offense, exalte ou abaisse un peu trop les choses. Je devrai donc me conseiller moi même et m'ingénier à faire en sorte que, disant la seule vérité, personne ne puisse s'en plaindre".

• La fin de l’historien : la fin de Machiavel.
Puis, en 1526, Machiavel redevient secrétaire, auprès de la nouvelle magistrature de Florence.
Mais il ne peut pas empêcher les soulèvements contre les Médicis.
Florence tombe de nouveau dans une tyrannie, et est attaquée par les Barbares. Ils ne réussissent pas à mettre sous leur joug les grandes villes italiennes. Machiavel écrit, dans l’Art de la guerre, « Tortona a été mis à sac, mais pas Milan, Capoue mais pas Naples, Brescia mais pas Venise, Ravenne mais pas Rome. »
En 1526, François 1er et Charles V s’associent pour combattre en Italie.
Rome est mise à sac en 1527, (Pape Clément VII) les Médicis fuient le 5mai, et la République est proclamée le 16 mai. Machiavel est refusé par le nouveau gouvernement anti médicéen. (Etait secrétaire du conseil des Dix). Il tombe malade la même année, et meurt le 21 juin. Il est enterré à Santa Croce (basilique à Florence où reposent les grandes gloires italiennes).
 
III. Machiavel : machiavélique ? 
Après avoir cherché à comprendre l’époque et le personnage de Machiavel, nous pouvons nous demander, si, en fin de compte, il est ou non machiavélique. A.  Des avis divergents.
• Le nom même de Machiavel est toujours présent dans notre langage. L’adjectif machiavélique désigne quelque chose ou quelqu’un de rusé, perfide, plein d’artifice et de mauvaise foi quand il s’agit de parvenir à ses fins. L’expression « c’est un machiavel » peut même être utilisée telle quelle pour désigner un homme perfide. Le machiavélisme est retenu comme étant l’art de gouverner sans préoccupation morale quant au moyens. Le sens de ces mots témoigne de la mauvaise image que l’on a retenu de lui, et fonde les a priori que l’on peut avoir sur Machiavel avant même d’avoir lu une seule ligne de ses livres.
Le Prince de Machiavel déchaîne les passions depuis 500 ans. Ecrit en 1513, il est publié en 1532. Il est immédiatement abondamment lu et commenté, et subit des attaques très violentes notamment de la part des autorités religieuses qui critiquent son immoralité. Il est mis à l’index en 1559. Certains s’acharnent contre lui comme Thomas Campanella qui traite son auteur d ‘ « âme impie polluée par tous les crimes », et Innocent Gentillet qui traite Machiavel de « puant menteur (…) sans religion ». Mais Francis Bacon, lui, affirme que « nous lui sommes reconnaissants d'avoir décrit ce que les hommes font et non ce qu'ils devraient faire ». Au siècle des Lumières, Machiavel est peu apprécié des philosophes. Pour eux, si l’on considère que machiavélique et tyrannique ont un seul et même sens, c’est la preuve même du « délire » de Machiavel. Mais Rousseau se reconnaît en lui et voit dans Le Prince, « le livre des républicains ». Le Prince ne cesse de faire couler de l’encre. Léo Strauss, philosophe du XXème siècle, écrit des Essais sur Machiavel.
• Le Prince a beaucoup été lu et commenté par les hommes au pouvoir. De Charles Quint à Hitler en passant par Henri IV, Richelieu,Talleyrand, et Catherine II de Russie, ils sont nombreux à l’avoir eu comme livre de chevet. Frédéric II de Prusse est scandalisé par sa lecture et publie un « antimachiavel ». Napoléon a aussi commenté le prince, mais pour dire que « beaucoup l’ont lu et que peu l’ont compris ». A chaque tournant politique dans l’histoire, Le Prince fait l’objet de nouveaux commentaires, comme dans l’Italie fasciste de Mussolini. Cette œuvre est aussi utilisée pour analyser la politique de grands hommes ayant précédés Machiavel, comme Jules César. En fait, on fait de Machiavel le père de ce qu’on appelle le machiavélisme, alors que cela existe déjà avant Machiavel : il se sert de ce qu’il connaît et observe pour tirer des leçons sur ce qu’il faut faire et ne pas faire en tant que Prince.
B.   Ces avis ont-ils lieu d’être ?
 
• Une critique de la pensée des hommes antiques et de la religion.
Machiavel revient sur les principes antiques pour en modifier certains. Ainsi, il va à l’encontre de la pensée commune, en écrivant une pensée qui lui est propre.
Après s’être inspiré des valeurs de la virtù et de la Fortuna des hommes antiques, Machiavel s’oppose à certaines de leurs paroles.
Les Romains considèrent 4 vertus « cardinales » : 1) la sagesse, 2) la justice 3) la fermeté 4) la modération. (cf. Cicéron Devoirs) Cicéron ajoute l’honnêteté, qualité princière.
Or, dans le chapitre XV du Prince, Machiavel explique qu’un souverain doit savoir agir en oubliant les règles morales et avoir une politique déraisonnable, lorsqu’il souhaite atteindre des objectifs élevés. Machiavel garde donc la définition du terme de virtù, « somme des qualités qui permettent au prince de s’allier à la Fortune pour obtenir honneur, gloire et renommée. » Mais il se débarrasse des vertus cardinales. Le prince doit être à la fois lion, pour la force, et renard, pour la ruse. (septième sévère).
Il explique qu’il vaut mieux être craint qu’aimé, alors que Cicéron (Devoirs) affirmait le contraire, puisque que la crainte empêche l’homme d’agir, alors que l’amour n’empêche pas la trahison.
Il s’oppose aussi à la religion, en expliquant qu’elle est un instrument du pouvoir. Saint-Thomas d’Aquin écrit dans le De regimine principum, que le souverain ne doit pas chercher la gloire et la richesse terrestre pour être accepté par Dieu, Machiavel montre que l’objectif suprême du souverain est d’arriver à cette gloire et à cette richesse.
• Il Prône le Mal par nécessité.
Machiavel est jugé négativement, à cause de ce qu’il écrit dans le Prince. Il informe le souverain sur la manière dont il doit gouverner pour atteindre la gloire. Il explique essentiellement que le Prince doit savoir agir instantanément, et maîtriser la Fortune grâce à la vertu. Il écrit au chapitre 25 : « je juge en revanche ceci, qu’il est meilleur d’être impétueux que circonspect, parce que la fortune est femme et il est nécessaire de la battre et de l’affronter, quand on veut la soumettre. » Il n’a pas peur de pousser le prince à la violence, il lui dit d’être cruel, en évitant de se faire détester. Il vaut mieux être craint plutôt qu’aimé, mais surtout, ne pas se faire haïr.
Le prince doit donc savoir être cruel quand il le faut. Il écrit que « la force est juste quand elle est nécessaire. »

• Machiavel et la République.
Machiavel n’est pas si machiavélique qu’il n’y parait.  Machiavel est un homme réaliste qui sait que Florence a besoin d’un régime fort, même si un souverain est à la tête du pays. C’est pourquoi il écrit le Prince pour les Médicis.
Ce n’est pas parce qu’il explique comment un Prince doit gouverner, qu’il défend son idéal politique. Quentin Skinner, écrit justement qu’en écrivant le Prince, Machiavel démontre qu’il n’est pas possible qu’un souverain règne sans cruauté. Machiavel est en fait plus attaché à la république.
Il explique que la cité ne peut être prospère qu’à partir du moment où la cité est libre. Skinner donne l’exemple d’Athènes, libérée par les Pisistratides au Vème siècle, et qui connaît son apogée.
Dans le chapitre II des Discours : Machiavel montre qu’il préfère la République à la Monarchie : « C’est le bien général et non l’intérêt particulier qui fait la puissance d’un Etat ; et, sans contredit, on n’a vraiment en vue le bien public que dans les républiques. »  Machiavel rêve de voir une Italie unifiée, sous une république, dans laquelle un Prince s’intéresse plus au bien commun qu’à son bien personnel.
 
 Conclusion
Ainsi Machiavel a lutté corps et âme pour protéger la République de Florence dans le contexte difficile des Guerres d’Italie. Celles-ci ne se terminent qu’en 1559 et ont pour résultat l’accélération de la diffusion de la Renaissance dans toute l’Europe. L’Italie y perd la place centrale qu’elle avait au Quattrocento. Voir Machiavel en perfide serviteur des tyrans, c’est méconnaître sa pensée et sa vie. Il ne faut pas en effet, s’arrêter à son livre, mais il faut chercher à comprendre le personnage qu’était Machiavel et l’époque dans laquelle il s’est inscrit afin de nuancer son portrait. Cela  permet de mettre en lumière son œuvre, qui, après avoir été violemment critiquée, est maintenant considérée comme fondamentale pour la philosophie politique. On appelle machiavélisme ce qui, pour Machiavel, n’est là, en fin de compte, que pour servir un but plus élevé. Avec un jugement plus juste sur sa pensée, il conviendrait presque de dire que machiavélique ne signifie pas « tyrannique », mais « patriote ».
 


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