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Le cartographe à la Renaissance

 
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Isa perrot


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MessagePosté le: Sam 23 Fév - 21:28 (2013)    Sujet du message: Le cartographe à la Renaissance Répondre en citant

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Exposé : 
  
LE CARTOGRAPHE à la Renaissance 
 
 
 
 
 
Introduction :    « Un homme se propose la tâche de dessiner le monde. A mesure que les années passent, il peuple un espace d’images de provinces, de royaumes, de montagnes, de paix, de navires, d’iles, de poissons, de chambres, d’instruments, d’astres, de chevaux, de personnes. Un peu avant de mourir il découvre que ce patient labyrinthe de lignes trace l’image de son propre visage. »
 Cette citation de  Jorge Luis Borges (un écrivain argentin de prose et de poésie au XXe siècle cartographe de l’esprit) montre bien qu’à la Renaissance, l’envie de se représenter le monde devient plus forte qu’avant : les progrès techniques en Europe permettent aux scientifiques de devenir de plus en plus précis. Les rivalités entre les peuples sont grandissantes et la course aux explorations apparaît.  Les grandes découvertes apportent une connaissance du monde plus détaillée et les nouvelles pensées qui en résultent construisent un homme que le cartographe peut symboliser.
C’est en retrouvant des cartes de l’Antiquité que les cartographes de la Renaissance sont devenus les héritiers de ses premiers savoirs.  En effet, Ératosthène est un des cartographes emblématique, il a représenté une première image du monde connu, selon ses connaissances restreintes de l’époque, c’est-à-dire le monde.
En quoi le cartographe influence-t-il et est-il influencé par la Renaissance ?
Le cartographe apparaît comme un homme de la Renaissance et apporte des progrès de la cartographie en tant que scientifique mais on le découvre aussi comme véritable artiste.
 
 
I. Le cartographe : homme de son temps 
Le début du XVe siècle fut l’une des rares périodes de l’Histoire où une combinaison de connaissances, d’idées et d’individus favorise des progrès si rapides que l’on peut parler d’avènement d’un âge d’or, entre autres dans l’exploration et la cartographie.

Le siècle commence par la redécouverte en Europe occidentale de la Géographie de Claude Ptolémée (IIe siècle). Les cartographes européens étaient désormais en mesure d’étudier les fondements de la cartographie mathématique de celui, notamment ses méthodes de calcul de positions géographiques, de détermination de coordonnées et de projections cartographiques.
L’évolution de l’imprimerie par la suite modifia la manière dont l’information était reproduite et propagée.
Les premières cartes furent souvent réalisées au moyen de planches. Grâce à l’invention de Gutenberg (entre 1450 et 1455), des lettres de métal y étaient souvent insérées afin de réaliser des cartes associant les meilleures techniques d’imprimerie.

Le philosophe anglais Francis Bacon écrivit plus tard que ces progrès avaient je cite : « changé le visage et l’état des choses dans le monde entier ». Cependant il ne faut pas confondre les termes de cartographe, chorographe et cosmographe qui sont des spécialités très différentes l’une de l’autre.
Les deux dernières sont vues plutôt comme des compléments de la première. Le Cartographe est le spécialiste qui dresse et dessine les cartes de géographie. Tandis que la chorographie est la partie de la géographie chargée de la description et de la localisation des contrées et la cosmographie traite de la description astronomique, géométrique de l’univers.
Elles apportent chacune des nouveautés à la carte, une vision différente et plus de précision mais nous nous intéresserons sur la cartographie et le cartographe en particulier.
A) « Portrait-robot » d ‘un cartographe.   Nous allons donc premièrement nous intéresser au possible archétype que nous pourrions faire du cartographe de la Renaissance de façon objectif. Quels sont ses qualités, ses particularités qui montre que cette profession en devient une à part entière ?
 
Le cartographe de la Renaissance est principalement un scientifique qui met en avant des théories mathématiques et géométriques. Il se familiarise avec elles en utilisant de nombreux instruments, mis en avant d’abord par le marin avec ses voyages. Il est rigoureux dans son travail et très érudit puisqu’il sort d’une éducation  d’école d’humaniste principalement.
C’est un homme de la Renaissance qui est représentatif de la mentalité de l’homme nouveau, de l’homme moderne. Il est devenu curieux et plus intellectuel.
C’est avant tout un voyageur, pas forcément physique mais mental qui peut imaginer les lignes et les contours des terres pour compléter son travail Mais il faut savoir que durant cette période deux groupes de cartographes se différencient. L’un étant le navigateur/voyageur qui est sur le terrain. L’autre théoricien dans un cabinet, où il réfléchit plus et peut imaginer certains détails précis.
L’Homme cartographe est manuel et pour cela il a un besoin d’outils, comme nous le montre cette représentation d’un géographe – cartographe dans son cabinet (cf. diaporama), il est entouré de nombreux éléments qui apportent différentes techniques et approches de la cartographie.
Principalement des instruments de navigation comme le compas à pointe sèche, c’est un instrument de tracé ou de mesure composé de deux branches articulées à une extrémité. Il est utilisé pour calculer et reporter des distances sur des cartes.
Mais aussi la boussole, cette dernière se compose d’une aiguille magnétique pivotant librement qui surplombe une rose des vents indiquant les points cardinaux, le tout inséré dans un boitier fermé. On peut voir ici qu’il était composé aussi d’un cadran solaire.
L’astrolabe constitue la seconde avancée majeure dans le domaine des instruments. Il montre la révolution apparente de la sphère céleste autour de la Terre et permet d'établir la position relative des astres à un moment quelconque.
Il permet de mesurer la hauteur du soleil par rapport à l'horizon et ainsi de calculer l'heure.
Le bâton de Jacob était utilisé entre autre pour déterminer la latitude par les marins au Moyen Age appelé également arbalète et l’astrolabe de mer. Au XVIe siècle cela s’appelle Le nocturlabe, Ancêtres de l’octant et du sextant qui permettaient de mesurer par visée des distances.
L’utilisation de ce matériel au XVe siècle, a apporté des détails à la création des mappemondes (qui existent déjà depuis le XIIe siècle). → Mappemonde céleste
La sphère armillaire donne à l'observateur une représentation du mouvement apparent du ciel selon toutes les latitudes. Le cartographe utilise ce genre de sphères pour calculer des mesures.


 
B) Les principaux grands cartographes de la Renaissance.

  On peut remarquer que tous les cartographes de cette période possèdent différentes spécialités de mathématicien en passant par astronome. Ils sont les acteurs de ce renouveau du développement des cartes et du monde entier.
 
Paolo Toscanelli est né à Florence en 1397 et mort en 1482. C’est un géographe mathématicien et astronome florentin au XVe siècle. Vers 1474, après les reconnaissances faites par Magellan, il réalise une nouvelle carte du monde qui devait servir de référence à son propre projet de navigation vers les Indes en passant par l’ouest. Par la suite il la propose à Christophe Colomb, qui l’emporte au cours de son voyage pour le Nouveau Monde, sans savoir que Toscanelli avait commis des erreurs de calcul. (Que l’on appela Novi Orbis).
 
Martin Behaim quant à lui est né à Nuremberg en 1459 et mort à Lisbonne en 1507, Il est le médecin personnel du roi Jean II, ni astronome, ni cartographe de métier, mais passionné de navigation, Behaim prône l’idée d’une liaison directe des Indes par l’ouest. Behaim est le concepteur, en 1492, d’un globe terrestre où figure l’état des dernières connaissances géographiques du monde à la veille du voyage de Christophe Colomb vers les Amériques, l’Erdapfel, il s’agit du plus ancien globe terrestre européen existant qu’on appellerait en français pomme terrestre. Il est constitué d’une boule en métal recouverte d’une carte peinte par Georg Glockendon Behaim. Aujourd’hui il se trouve au musée germanique de Nuremberg.
 
Martin Waldseemüller  serait celui qui a donné le nom d’Amérique au continent actuel. Il est né en 1470 à Wolfenweiler en Allemagne, et mort le 16 mars 1520 à Saint-Dié-des-Vosges en France Il est un cartographe souabe allemand de la Renaissance. Dans une de ses productions de carte en 1507, apparaît une terre bientôt nommée America, à l’ouest de l’Asie.
 
Oronce Finé : né à Briançon en 1494 et mort à Paris en 1555. Scientifique français du XVIe s. Il est avant tout le mathématicien du roi, qui enseigne successivement au Collège de Navarre, et au Collège royal créé par François Ier, où voisinent  lettres et sciences. Il imagine, en 1531, de faire une projection de la terre en double cœur. En 1542, Finé publie, en latin, un livre de cosmographie, intitulé : «  De mundi Sphaera, sive Cosmographia libri V » ; ouvrage qui traite non seulement de l’astronomie, mais contient en plus des rudiments de géographie physique et d’hydrographie. Finé se préoccupe du calcul des longitudes et des latitudes, proposant d’utiliser un «  méthéoroscope géographique » formé d’un astrolabe et d’une boussole, et il construit des cartes en expérimentant de nouvelles projections. Il donne, dans le De cosomographia publié dans sa Protomathesis de 1532, une liste des coordonnées des principales villes d’Europe dont plus de la moitié concernent la France. Il publie aussi deux cartes du monde.
 
Sébastien Münster né en 1488 à Ingelheim, mort en 1552 à Bâle Théologien et érudit polyvalent : cartographe, historien, astronome, mathématicien et professeur d'hébreu. Allemand du XVIe s. Mais aussi Cartographe très fécond, nous lui devons près de 150 cartes. En 1528, il publie un petit traité dans lequel il décrit l’utilisation de la boussole pour lever les cartes. Puis, en 1532, il donne dans le recueil de Grynaeus-Hüttich, « Novus Orbis » (situé page 85 du livre), une mappemonde en projection elliptique accompagnée d’un bref commentaire. L’œuvre « historique » de Münster culmine, en 1540 avec une nouvelle édition de Ptolémée.
 
Gerhard Kremer dit Mercator est né à Rupelmonde en 1512 et mort à Louvain en 1594. Il est un très grand visionnaire du monde latin, précurseur de la géographie nouvelle. Mercator est à l’origine de nombreuses découvertes fondamentales, dont les plus connues : la projection du globe terrestre, dite de Mercator – la mappemonde stéréographique (figure sphérique compensé de la Terre) – et, les fuseaux horaires (projection des lignes imaginaires du globe terrestre). Il sera appelé le père de la géographie moderne.
 
Abraham Ortélius est né à Anvers en 1527 et mort à Louvain en 1598, cosmographe et cartographe flamand. Ortélius fut l’ami, le confident et l’associé de Mercator, de père en fils. De son immense production, il édite à Louvain, en 1570, en collaboration avec Rumold Mercator (fils), l’Atlas « Theatrum Orbis Terrarum » qui contient 70 cartes, en 53 planches gravées sur cuivre ; il est le premier Atlas de cartes systématiquement dressées avec la participation de géographes contemporains et d’après les travaux d’explorations terrestres les plus récents du XVIe s., et propose ici une vraie image du monde de par sa conception graphique de longitudes et latitudes, qui est empruntée directement au principe de Mercator, son mentor dont Tipus Orbis Terrarum.. 
 
C) Le cartographe dans la Société du XVe-XVIe siècle.
Dans l’ouvrage de Eugenio Garin, l’Homme de la Renaissance « Jacob Burckhardt dit : « la civilisation de la R découvre la première et met en lumière dans sa totalité et sa richesse la figure de l'homme ». Mais il mêle 2 choses : La première est l'attention portée à l'homme pour le décrire, l'exalter, le placer au centre de l'univers soit une nouvelle philosophie de l'homme. Le cartographe en est l’un des acteurs principaux. La seconde est l'apparition durant la transformation de la société d'une singulière richesse de types sociaux qui sont liés à des nouvelles activités. On peut qualifier la cartographie parmi celles-ci. Ce sont des figures originales dans les ateliers ou les écoles des humanistes, les hommes nouveaux. Le cartographe du XVIe siècle fait partie de ses scientifiques qui, durant cette période, ont apporté à l’homme en général, une toute nouvelle vision du monde.
La réflexion théorique sur l'homme, sa nature et son destin, ses sentiments, ses fonctions et ses activités, ses rapports avec la société et avec l'Église contribue à sa transformation et à celle de la société. C’est ce qui caractéristique l’homme de la Renaissance et en l’occurrence le développement du cartographe en particulier ici.
Enfin, il apporte aussi à la société de nouvelle limite par son travail à travers les cartes et autres moyens de représentations de l’espace du monde. Celui-ci s’agrandit ce qui élargit la mentalité et la vision de la population de la Renaissance.
Enfin il côtoie les navigateurs et les rois. D’une part, il apporte aux navigateurs des calculs de latitude et longitude pour leur voyage et les endroits pas encore découverts grâce aux instruments que l’on a vus précédemment. Tandis que les navigateurs quant à eux apportent aux cartographes des éléments de terrain à ajouter aux cartes en particulier grâce à l’influence des grandes découvertes. C’est quelqu’un aussi très proche du Roi puisqu’il travaille pour lui et lui crée des cartes d’après des commandes.
Enfin Si l’essor de la cartographie fut surtout influencé par les découvertes géographiques, il n’en demeure pas moins que le commerce, le perfectionnement de la navigation maritime par l’évolution des connaissances techniques et la création de nouveaux bateaux, sur lesquels les navigateurs pouvaient prendre le large avec l’espoir de retourner à bon port, par exemple, furent autant de facteurs qui y contribuèrent.
II) Les progrès en cartographie à la Renaissance   La renaissance apporte des progrès très nombreux grâce aux découvertes de continents nouveaux et aux connaissances de plus en plus précises du monde.
 
A) Les différentes cartes à la Renaissance   Cosmographie de Ptolémée : On redécouvre en 1405 la cosmographie de Ptolémée, géographe grec du IIème siècle, qui montre tout ce que l’on sait du monde à l’époque, cette carte ne sera pas actualisée jusqu’aux grandes découvertes. Celle-ci est donc rééditée de nombreuses fois (7 rééditions jusqu’en 1500). La cosmographie de Ptolémée est, certes incomplète, mais elle met en application pour la première fois la conception géocentrique du monde. Ptolémée utilise un tracé graphique d’une géniale innovation avec méridiens et parallèles, un mouvement de lignes courbes dans les deux directions de façon à reproduire au mieux la sphéricité de la Terre.
 
Portulans : avec l’intensification de la navigation en Méditerranée, apparaît un renouveau dans la cartographie, les marins développent des portulans. Ces cartes marines figurent le tracé précis des côtes (aucune description des terres) et précisent les emplacements des ports (écrits obliquement par rapport aux côtes). Le nord est en haut de la carte, et l’échelle semble variante selon le parchemin.
 
Nouvelles projections : on s’aperçoit que de nouvelles projections graphiques sont nécessaires pour représenter au mieux le monde
 
Mappemondes : Après les grandes découvertes continentales par mer, la Terre est apparue dans sa vraie forme sphérique. Le portulan était détrôné par la carte « mappe du monde » qui représente le globe en deux hémisphères distincts. C’est une carte plane représentant en projection les deux hémisphères du globe terrestre placés côte à côte. Les continents apparaissent légèrement déformés, suite à la projection particulière qui est effectuée (on aperçoit la forme des continents comme si on observait la Terre de loin)
 
Planisphères : Le planisphère peut au début s’apparenter à un portulan (on représente également des droites concourantes pour aider à la navigation), mais il figure très précisément l’intérieur des terres. La projection des planisphères montre les continents « aplatis »
Projections en fuseau : une des projections de Waldseemüller
 
Cartes bibliques : cartes historiques représentant la Terre Sainte qui explicitent des passages de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elles apportent au lecteur du XVI ème siècle tout ce qu’il  désire savoir sur la région et son histoire, en particulier son histoire religieuse. Ainsi, le contenu religieux apparait sur la carte comme une info essentiellement historique, en bon ordre tant chronologique que spatial. L’information « historique » dérive de la Bible.
 
Carte topographiques plus précises : carte de France d’Oronce Fine Nova totius Galliae descriptio, la carte comprend une meilleure situation des lieux principaux, côtes, fleuves et montagnes. Gravée sur bois
 
B) Cartographie et grandes découvertes   Ceux qui voyagent (Christophe Colomb par exemple) ont une connaissance très précise des cartes de leur époque, ils en ont besoin pour préparer leurs voyages. C’est grâce aux erreurs des cartes (car le monde n’est pas encore bien connu) que les explorateurs vont se lancer dans des expéditions qui vont permettre de les corriger.  Comme ils ne connaissent pas les distances (et qu’ils les imaginent donc beaucoup plus courtes) ils partent dans des expéditions gigantesques, au-dessus de leurs moyens et de leurs mesures.
Les portugais s’aventurent en Afrique et apportent donc une connaissance de plus en plus détaillée du continent
Les récits de voyages, les portulans et toutes les données de l’expérience des marins et des marchands. Il est, au début, possible de simplement rectifier les tracés et d’emplir les vides, sans se préoccuper des différences grandissantes entre ce que l’on croit et ce que l’on observe.  Mais la découverte de l’Amérique porte un sérieux coup aux théories de Ptolémée et l’on est forcé de changer radicalement les cartes. Juan de la Costa, qui avait accompagné Christophe Colomb lors de ses voyages, en réalise une des premières représentant à la fois l’Europe et le Nouveau Monde. La couronne d’Espagne possède, dans la casa de Contratacion à Séville un secteur de cartographie, où l’on représente les espaces, les routes, les lieux nouvellement découverts. Etablissements similaires au Portugal, dont un secret pour conserver le monopole (ce qui freine la diffusion des nouvelles connaissances cartographiques).
Lors de l’arrivée chez les Aztèques, on utilise même les cartes de ce peuple qui sont assez précises et aident à conquérir ces territoires. Voir livre
Waldseemüller donne son nom à l’Amérique
La cartographie et les grandes découvertes sont en relation très étroite, chacune poussant et aidant l’autre à avancer toujours de plus en plus.
 
C) Renaissance et cartographie   Le renouveau de la cartographie s’inscrit dans le courant humaniste de la renaissance. Les remises en cause de toutes les disciplines sont également présentes en cartographie, notamment à partir de la découverte de nouveaux continents. Les paradigmes précédemment établis sont chamboulés et les redécouvertes des savoirs de l’Antiquité permettent de redonner une rigueur scientifique à une discipline précédemment très imprégnée par l’obscurantisme du Moyen Age.
L’imprimerie permet de répandre les cartes partout en Europe, on réédite/copie les cartes de Ptolémée. Sans l’imprimerie, la diffusion de ces connaissances aurait été bien moins étendue et rapide.
On note l’apparition en 1525 d’une carte dans une bible imprimée. A partir du milieu du siècle, les cartes devinrent une composante normale de nombreuses éditions de la bible : un quart des bibles imprimées à Genève contiennent des cartes. Avec la Réforme, les calvinistes (principalement) ont un désir de vérification scientifique des affirmations de la Bible, cela se montre par la production de cartes de la Terre Sainte pour prouver et expliquer les événements relatés dans la Bible. On les trouve seulement dans les Bibles imprimées dans le Nord de l’Europe, jamais dans les Bibles catholiques espagnoles et italiennes.
La Renaissance montre un tournant dans l’étude et la réalisation des cartes, les représentations du monde évoluent considérablement et les cartes en sont le témoin principal.
ANNONCE DE L’AXE : Le mouvement de rénovation culturelle et artistique de la renaissance a pris sa source en Italie au XVème siècle comme une vague qui a permis à la géographie de se répandre dans toute l’Europe.
 On parle souvent du cartographe entant que scientifique mais on n’oublie souvent de parler de lui entant qu’artiste.


Le cartographe apparaît donc comme un artiste à part entière.
III) Le cartographe, un artiste à part entière.   A) Des cartes uniques : ce personnage atypique, crée des œuvres uniques.   Ces œuvres sont tellement particulières qu’il est impossible de les reproduire.  En effet, la carte du cartographe est unique, c’est ce qui la rend si spéciale. Chaque carte est créé d’une manière différente : le cartographe peut choisir de mettre telle ou telle chose en avant. Même si elle veut se rapprocher le plus possible de la réalité en multipliant des signes, la subjectivité est omniprésente. C’est pour cela, que rien n’est donné au cartographe et il se doit de tout construire. La carte a pendant longtemps représentée le monde tel qu’il pourrait être mais en réalité, il s’agit d’une médiation entre deux images mentales entre le créateur (le cartographe, l’artiste) et le récepteur (le spectateur). Le ressenti ne sera donc pas le même car la carte se prête à la contemplation et à la médiation. C’est pour cela que la manière dont un spectateur observe l’œuvre est essentielle. En effet, il existe différents modèles de perceptions : le regard mobile, regard lent qui s’attarde sur la carte, le regard blasé ou pressé qui balaie avec indifférence leur surface, regard rapproché saisissant la moindre information, regard éloigné qui capte l’architecture globale. Plusieurs variables peuvent agir sur la perception de l’exposition de la carte comme les conditions d’éclairage, la foule environnante.  Ainsi le regard joue un rôle important: il peut s’agir d’un œil qui survole simplement le monde comme Dédale ou Icare, mais il peut aussi vivre en imagination sur la carte des voyages de Marco Polo.
 
B) Les cartes entant qu’œuvres artistiques   Gusdorf  (philosophe épistémologue français issu d’une famille allemande : 1912-200) définit la carte : « La carte possède un pouvoir de persuasion sensiblement plus fort que l’écrit. » Il s’agit donc  pour le cartographe de véhiculer des idées à travers son œuvre. Des cartes appelées « carte d’église » apparaissent de plus en plus à la Renaissance notamment au sein de l’église catholique. Plusieurs exemples sont frappants :
 Le palais du Vatican offre deux cycles cartographiques : la premières se trouve sur les murs intérieurs de ce qui est à l’origine une série de galeries ouvertes. Les deux premiers étages sont peints par Raphaël et les peintres de son école. Pour décorer le troisième étage, le pape Pie IV  fait peindre le long du mur intérieur sous les voûtes, une frise de paysages et de scènes historiques. Sous la frise, 34 cartes ont été peintes et seules 24 nous sont restées. Les cartes, comme la frise des paysages ont pour fonction de dire l’immensité et l’universalité de la création de Dieu. L’autre cycle se trouve dans la « Galleria delle carte geografiche » peinte en 1580-1581 à l’instigation de Grégoire XIII. (Cartes provinces + grandes cités d’Italie)
La mappemonde de Fra Muro (Géographe italien du XVe s. religieux camaldule (ordre religieux) du monastère de l’île de Murano, dans la lagune de Venise) datant de 1459, atteint presque deux mètres de diamètre, a longtemps été exposée à l’église San Michele à Venise. Il la réalise à la demande du roi Alphonse V (1438-1481). Cette création comporte des informations sur l’Asie (issues des récits de Marco Polo) mais également le contour des côtes connues de l’Afrique Orientale et Occidentale, même si les parties méridionales de l’Afrique n’étaient pas représentées avec précision, cette célèbre carte favorise la croyance selon laquelle il est possible d’accéder aux richesses d’Orient en contournant le continent par le bateau. Elle est au fond, face à l’assistance. C’est un lieu où vient  fixer les regards, durant la prière ou l’audition des sermons. C’est une encyclopédie qui participe à la sacralité de l’endroit. Aux yeux de ceux qui la regardent, elle offre l’expansion et l’ouverture infinie du monde dans le lieu clos de la prière. Elle rappelle l’infinie diversité de la création divine et incite au recueillement. Aujourd’hui elle se trouve à la Bibioteca Nazionale Marciana à Venise. (Autre vision le nord remplace par le sud et le sud par le nord)
L’art de la cartographie est une perfection qui existe sous plusieurs formes :
- Les cartes sur tissus : En 1421, une délégation polonaise offre au pape Martin V une carte qui est malheureusement aujourd’hui perdue, peinte sur un tissu montrant les provinces septentrionales  du pays. En 1440, on fit cadeau au Duc d’Orléans d’un tissu assez long pour faire le tour d’un cloître, montrant le cours de la Loire, avec ses villes et ses ponts.
-(Les cartes en métal : Entre 1550 et 1650, des orfèvres réalisent en argent ou en or des coupes cosmographiques où deux hémisphères accolés l’un à l’autre forment le globe terrestre. En soulevant l’hémisphère supérieur, on obtient une coupe ordinaire. Les indications géographiques de ces globes sont gravées avec la plus grande précision et le lettrage utilisé reproduisant parfois celui d’Ortelius ou de Mercator.)
Ces cartes mobilisent donc un savoir-faire artisanal des plus rares. Tel des artistes, les cartographes ont des mécènes et ainsi leurs œuvres peuvent être dédiées à des personnes précises : en 1552, l’atlas de Jean Rotz,  intitulé Book of Hydrography, ou encore l’Atlas de Guillaume le Testu datant de 1556 comprend 56 planches. On parle de son atlas « les cartes régionales toutes peintes à la même échelle au recto du Vélin, pouvaient être posées à plat, et assemblées en une carte générale, de grandes dimensions, offrant au regard du royal lecteur, une vision totale du monde connu ».  Ces atlas, sont créés à l’intention d’un destinateur prestigieux : ces recueils sont par définition des ensembles uniques, non reproductibles. Ortelius  vend des cartes après les avoir enluminées et collées sur toile. Grâce à son réseau de contact, il arrive à en réunir des centaines entre 1555-1560 qui lui servent pour sa collection personnelle ou pour faire du commerce. Le cartographe est donc un homme aux multiples visages à la fois commerçant et artiste dont les œuvres sont commanditées.
Ces artistes hors du commun peuvent parfois avoir recourt à l’excès : Les cartographes ont horreur du vide  et leurs lacunes sont donc masquées par une iconographie exubérante.  L’Atlas Miller en est le parfait exemple. Les cartes sont surchargées car l’on n’hésite pas à remplir toutes les espaces : la mer est envahie de navires, ils sont si rapprochés qu’ils n’ont plus de place pour manœuvrer entre les roses des vents et les blasons et même les îles ont des couleurs vives. C’est le produit du vraisemblable plutôt que du véridique. Comme évoquée précédemment, la dynamique imaginaire est propre au lecteur-spectateur.
 
C) Des cartes : symbole de l’imaginaire    Le cartographe reconnaît parfois explicitement le rôle de l’imagination dans son tracé car pour lui, le plus important est d’éviter les failles et les blancs. La carte raconte alors l’aventure de la découverture : elle invite au voyage.  Tout d’abord, le titre joue un rôle cruciale car il peut parfois se présenter comme un inventaire du contenu de la carte, et alors donner à imaginer tout ce qu’elle referme. Il brise les limites du cadre et du support matériel et laisse se déployer un espace infini. Elle se prête à une expansion infinie, grâce aux dérives imaginaires suscitées par la profusion des détails.  Mais la carte reste un récit de voyage. Elle peut être utilisée comme un outil de fiction romanesque, centre du récit. La carte tracée par Robert Louis Stevenson constitue le cœur de son roman : « j’ai tracé la carte d’une île ; elle était soigneusement (et je le pensais) magnifiquement coloriée ; sa forme charmait mon imagination au-delà de toute expression : elle comportait des ports qui me plaisaient comme des sonnets ; et avec l’inconscience des prédestinées, j’appelai ma réalisation île aux trésors ». En trouvant la bonne forme, les bonnes couleurs, il réunit les conditions pour une parfaite fiction.  Elle condense ainsi l’intrigue du récit et elle est le récit dans sa totalité. Jim, le jeune protagoniste, avant de s’embarquer dans les aventures dont il sera le héros, rêve lui aussi longuement de cette carte. (P362) : «  Des heures entières je rêvais à la carte, dont je me rappelais nettement tous les détails. Assis au coin du feu, j’abordais cette île en imagination par tous les côtés possibles ; j’explorais chaque pouce de sa surface ; j’escaladais à milles reprises la haute colline dite Longue-vue, et découvrait de son sommet des paysages aussi merveilleux que divers. Tantôt l’île était peuplée de sauvages qu’il nous fallait combattre, tantôt pleine d’animaux féroces qui nous pourchassaient ; mais aucune de mes aventures imaginaires ne fût aussi étrange et dramatique que devait l’être pour nous la réalité. » Stevenson démontre alors qui ne s’agit plus de voir une carte comme un simple objet, mais il faut sortir du point de vu terre à terre pour laisser place à l’imagination. Petite anecdote : le roman paraît sans illustration dans un journal pour enfant : the young folks. Pour procéder à une nouvelle édition, Stevenson envoie la carte et son manuscrit à son imprimeur mais ce dernier arrive seul chez l’imprimeur. Le romancier est obligé d’en tracer une nouvelle et par conséquent de reprendre la totalité du processus à l’envers. Il dit : « C’est une chose que de tracer une carte de manière aléatoire, de mettre une échelle dans un coin au hasard, et de rédiger une histoire en fonction de ses mesures. C’est une autre histoire d’avoir à examiner un livre entier, à faire l’inventaire de toutes les allusions qu’il renferme, et avec une paire de compas, à dessiner péniblement une carte pour qu’elle s’adapte à ses données. Je l’ai fait, et la carte fut une seconde fois dessinée dans le bureau de mon père, avec embellissement des baleines soufflant et de navires voguant et mon père lui-même, me fit bénéficier de sa maîtrise de différentes écritures et contrefit avec art la signature du Capitaine Flint et les indications nautiques de Billy Jones. Mais d’une certaine manière, ce n’était plus l’Ile au trésor pour moi. » Pour lui, la deuxième carte, ne peut pas reproduire fidèlement la première. De plus, l’île mystérieuse de Jules Verne est très importante. C’est une œuvre emblématique. Elle nous offre une scène exemplaire : l’aveuglement du voyageur perdu dans un espace inconnu où tous les repères sont à construire et cède la place à une vision cartographique : « Il me paraît bon de donner un nom à cette île, ainsi qu’aux caps, aux promontoires et aux cours d’eaux que nous avons sous les yeux. L’île était là sous nos yeux comme une carte déployée et il n’y avait qu’à nom à mettre(…) Gédéon et Spilett les inscrivaient à mesure et la nomenclature géographique de l’île serait définitivement adoptée ». 
 
Le cartographe est donc un artiste accompli : ses cartes sont uniques, véritables œuvres d’art, symbole parfois de l’imaginaire.
 
Conclusion   Il faut insister sur le rôle capital joué par la géographie de la Renaissance, à la suite de la découverte des nouveaux mondes, dans l’éducation spatiale de la conscience européenne.
Plus précisément, on doit reconnaître que la géographie, grâce à la rationalisation  de la cartographie, à la compilation des récits de voyage, à l’invention de l’atlas et à l’élaboration des grandes cosmographies descriptives, a fourni à cette époque à l’Europe savante les éléments fondateurs d’un nouveau savoir de l’espace. »
La cartographie a évolué, au fur et à mesure des progrès techniques et théoriques, ainsi qu’en fonction des représentations mentales. L’utilisation des cartes a aujourd’hui dépassé même dans le grand public, la seule fonction de repérage. Mais si les cartes sont devenues des produits de consommation courante, elles restent parfois contrôlées par les Etats. 


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